Un groupe anti-Israël demande à la CPI d’enquêter sur des responsables sanitaires israéliens pour crimes de guerre à Sde Teiman
Dans un communiqué publié le 7 octobre, la Fondation Hind Rajab accuse ces professionnels d'avoir participé à un système de mauvais traitements infligés à des détenus palestiniens dans un centre de détention militaire
La Fondation Hind Rajab, anti-Israël, a déclaré cette semaine avoir déposé un recours auprès de la Cour pénale internationale (CPI) afin qu’elle enquête sur des médecins israéliens, des administrateurs d’hôpitaux, l’Association médicale israélienne (IMA), ainsi que les ministères de la Santé et de la Défense pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide, suite à des allégations de mauvais traitements infligés à des détenus palestiniens au centre de détention militaire de Sde Teiman.
Cette annonce a été faite le mercredi 7 octobre, jour du troisième anniversaire du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza.
Parmi les personnes visées par le recours figurent les anciens ministres de la Santé Moshe Arbel et Uriel Busso, ainsi que le président de l’IMA, Zion Hagay, la PDG de l’association, Leah Wapner, et le président de son comité d’éthique, Yosef Walfisch, a précisé le groupe anti-Israël.
La Fondation Hind Rajab affirme que « des médecins, des infirmiers et des ambulanciers ayant exercé à l’hôpital de campagne, ainsi que d’anciens détenus, ont documenté les exactions commises au sein de ce système ».
Le groupe anti-Israël accuse l’IMA de « légitimer les mauvais traitements et la torture perpétrés à Sde Teiman ».
La Fondation Hind Rajab appelle les procureurs de la CPI à « enquêter sur une chaîne de responsabilité s’étendant des hauts responsables politiques qui ont conçu la politique et des fonctionnaires qui ont émis des directives contraignantes, jusqu’aux commandants militaires, aux professionnels de santé et aux organismes professionnels qui ont mis en œuvre ou légitimé ce système ».
Sde Teiman, dans le sud d’Israël, a fait l’objet à plusieurs reprises d’accusations de mauvais traitements et de torture à l’encontre de détenus de Gaza qui y étaient incarcérés à la suite du 7-Octobre.
Tout au long de la guerre, divers médias et organisations de défense des droits de l’Homme ont dénoncé le recours excessif à des moyens de contention physique, des amputations dues à l’utilisation prolongée de menottes, des passages à tabac et la négligence face à des problèmes médicaux au sein de l’établissement.
L’armée israélienne réfute toute forme d’abus systématique ou de mauvais traitements, affirmant que tous les cas de ce type ont fait l’objet d’enquêtes approfondies.
Cinq réservistes en service à Sde Teiman ont été arrêtés et inculpés l’an dernier après avoir été accusés d’avoir gravement maltraité un détenu palestinien pour des raisons de sécurité en 2024, ce qui a déclenché une vive polémique politique. Ce scandale a finalement conduit à la destitution de la procureure générale militaire de l’époque, Yifat Tomer-Yerushalmi, après qu’elle eut admis avoir divulgué aux médias des images de mauvais traitements présumés, tout en ayant vraisemblablement menti à ce sujet en prétendant enquêter sur cette même fuite.
Plus tôt cette année, le procureur général militaire, le général de division Itai Ofir, a ordonné l’annulation de l’acte d’accusation contre les cinq suspects, invoquant « la complexité des éléments de preuve existants », le renvoi du détenu lui-même à Gaza lors du cessez-le-feu d’octobre 2025 sans qu’il ait pu témoigner sur l’affaire, ainsi qu’une allégation « d’abus de procédure » formulée par les accusés en raison du scandale lié à la fuite.
Dans une enquête de la BBC réalisée en 2025, d’anciens prisonniers détenus à Sde Teiman et qui ont finalement été libérés et renvoyés à Gaza ont affirmé avoir été soumis à des actes de torture, notamment « avoir été déshabillés, les yeux bandés, menottés et battus », ainsi qu’ « avoir subi des décharges électriques, avoir été menacés par des chiens et s’être vu refuser l’accès à des soins médicaux ». Parmi les allégations figuraient des abus sexuels et l’utilisation de produits chimiques et du feu comme moyens de torture.
Certains ont affirmé avoir été témoins de la mort de codétenus.
Le reportage faisait également état de mauvais traitements infligés par le personnel médical israélien. Un ancien détenu a notamment déclaré avoir été enchaîné à un lit d’hôpital et contraint de porter une couche au lieu d’être autorisé à utiliser les toilettes, alors qu’il recevait des soins pour des blessures subies à Sde Teiman.
Outre les témoignages des détenus, le reportage de la BBC s’appuie sur les récits d’un avocat qui a rencontré deux d’entre eux pendant leur détention, ainsi que sur ceux de secouristes qui ont par la suite soigné plusieurs d’entre eux et ont fourni des détails supplémentaires sur leur état.
L’avocat a expliqué qu’un des prisonniers qu’il avait visités avait été « victime de violents passages à tabac, d’humiliations, d’actes dégradants et de déshabillage lors de son arrestation, jusqu’à son transfert en prison ».
L’armée israélienne a alors déclaré qu’elle « rejetait catégoriquement les accusations d’abus systématiques à l’encontre des détenus ». Elle a indiqué qu’elle « prenait très au sérieux toute action contraire à ses valeurs ». L’armée a ajouté qu’elle transmettait aux autorités compétentes, pour examen, les plaintes spécifiques concernant des comportements inappropriés de la part du personnel des centres de détention ou des conditions de détention insuffisantes, et qu’elle y donnait suite en conséquence.
« Dans les cas qui s’y prêtent, des mesures disciplinaires sont prises à l’encontre des membres du personnel de l’établissement et des enquêtes pénales sont ouvertes », a précisé Tsahal.
Dans son communiqué, la Fondation Hind Rajab a déclaré : « La plainte déposée aujourd’hui n’est qu’un début », ajoutant qu’elle « préparait des dossiers sur des professionnels de santé israéliens ayant la double nationalité qui ont participé directement au génocide perpétré par Israël à Gaza. Nous porterons chaque affaire devant les procureurs nationaux de toutes les juridictions dont ces individus possèdent la nationalité ».