Un homme arrêté à l’Université hébraïque pour avoir traité Ben Gvir de « raciste »
Alec Yefremov a crié au ministre d'extrême droite, venu voir sa femme recevoir son diplôme, qu'il était 'responsable de nombreuses morts'
Jeudi, un homme a été arrêté par la police à l’Université hébraïque de Jérusalem, pour avoir chahuté le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, venu assister à la remise du diplôme de son épouse.
Sur des images de l’incident, on voit et entend l’homme en question traiter le ministre d’extrême droite de « raciste », de « responsable de nombreuses morts » et de « kahaniste » – allusion à l’idéologie du rabbin extrémiste Meir Kahane, né aux États-Unis, chantre de l’expulsion des Arabes d’Israël.
Selon Haaretz, l’homme – identifié plus tard comme étant Alec Yefremov – a également traité Ben Gvir de « fan de Goldstein », cette fois en référence à Baruch Goldstein, résident d’implantation né aux États-Unis qui, en 1994, a tué 29 Musulmans dans un attentat terroriste au Tombeau des Patriarches, à Hébron. Durant de nombreuses années, Ben Gvir a eu une photo de Goldstein chez lui.
Yefremov était venu pour être aux côtés de sa petite amie, venue recevoir son diplôme, selon le doyen de l’université.
Immédiatement après l’incident, la police l’a expulsé et menotté. Une deuxième vidéo, tournée dans un parking, le donne à voir menotté et entouré de policiers.
Selon Haaretz, Yefremov a ensuite été conduit au poste de police pour un interrogatoire pour trouble à l’ordre public et insultes à un fonctionnaire.
Yefremov a été remis en liberté jeudi soir, après quoi il a écrit sur X : « Je n’ai qu’une chose à dire : Ben Gvir est un kahaniste et un raciste responsable de la mort de nombreux Juifs et Arabes. »
Le doyen de la faculté des sciences humaines de l’Université hébraïque a dénoncé cette interpellation.
« Je regrette profondément la décision prise par la police d’arrêter [cette personne », a écrit la professeure Elisheva Baumgarten dans un courriel adressé au personnel de l’université, affirmant qu’elle n’avait pas eu conscience de ce qui se passait « en temps réel » car elle se trouvait sur scène.
« Le droit de manifester est un droit important, et la décision prise par la police d’arrêter cette personne est totalement contraire à la tolérance et à la liberté d’expression, des soubassements communs à l’université et à l’État démocratique qu’est Israël État », peut-on lire dans ce courriel.
Selon Baumgarten, l’université avait pris ses dispositions pour assurer la sécurité du ministre d’extrême droite, conscient que sa présence risquait de susciter des réactions de la part de certaines personnes. Sa femme et lui se trouvaient assis à l’écart du reste de la foule, près de la scène.
Ben Gvir et les administrateurs de l’université avaient, semble-t-il, convenu que le service de sécurité de l’université se chargerait des problèmes susceptibles d’être occasionnés par sa présence. Le service de police qui escorte le ministre n’était supposé intervenir que dans l’hypothèse d’un « problème grave », a déclaré Mme Baumgarten.
Dans le public donc, un homme venu accompagner sa conjointe, qui recevait un diplôme, a commencé à crier à l’attention du ministre, ce qui a perturbé le déroulement de la cérémonie. Une fois l’intéressé expulsé par le service de sécurité de l’université, il n’a pas tenté de revenir, a-t-elle précisé.
C’est après son expulsion de la cérémonie que le service de police de Ben Gvir l’a arrêté, a souligné Baumgarten.
Ni Ben Gvir ni la police n’ont, à ce stade, fait de commentaire sur la question.
Yair Lapid, qui est chef de l’opposition, a réagi à l’incident en écrivant sur X : « À Jérusalem, un manifestant a été arrêté parce qu’il a traité Ben Gvir de ‘kahaniste’. Ben Gvir est un kahaniste autoproclamé et sans vergogne. La police ne peut pas continuer à procéder à de telles arrestations. Israël n’est pas une dictature dans laquelle il est interdit de dire la vérité aux personnes qui exercent le pouvoir. »
Le député Gilad Kariv, membre du parti de gauche HaDemocratim, a déclaré dans un communiqué que « la police israélienne a fait tout ce qu’elle pouvait, ces derniers mois, pour faire comprendre qu’il n’y avait plus de droit de manifester en Israël, surtout pour critiquer un ministre criminel. Nous exigeons que la police remette immédiatement en liberté cet étudiant. Israël n’est pas la Russie, et Ben Gvir n’est pas Poutine ».
Au moment de diffuser sur X la vidéo tourné dans le parking, Kariv a écrit : « Ce jeune homme devrait recevoir un doctorat honorifique de cett université. Tout comme le policier responsable de cet incident, qui a ordonné le menottage et l’arrestation. Mais dans ce cas, un diplôme de l’académie de formation des policiers de Russie. »