Un Iranien, agent du Mossad, évoque son rôle lors des 12 jours de guerre en 2025
Sous couvert d'anonymat, l'agent a expliqué à la télévision israélienne qu'il avait dirigé une équipe avec des armes de contrebande, qui était chargée de mener une frappe préventive
Un agent iranien du Mossad, chargé de mener depuis l’Iran des attaques préventives au moment où Israël lançait des frappes pour détruire les infrastructures nucléaires iraniennes, l’an dernier, est revenu sur ses actions et sur ce qui l’a amené à travailler pour le service de renseignement israélien dans le cadre d’une interview accordée à la télévision israélienne.
L’homme, dont le nom est tenu secret, s’est exprimé à l’antenne de l’émission d’investigation « Uvda », sur la chaîne N12, émission qui a été diffusée jeudi soir.
Il a évoqué les raisons qui l’ont conduit à vouloir devenir agent du Mossad et ses déplacements en Israël, jusqu’à ce qui s’est passé le 13 juin 2025 – lorsqu’Israël a attaqué ce que le pays considérait comme la « menace immédiate et existentielle » posée à l’État juif par le programme de développement nucléaire iranien.
Aux premières heures du jour, le 13 juin, au moment où décollaient les avions de chasse israéliens qui devaient frapper l’Iran, des attaques de roquettes et de drones, lancées depuis le territoire iranien, ont détruit d’importants systèmes de défense antiaérienne et des lance-missiles balistiques tout en ciblant par ailleurs des hauts responsables militaires iraniens et des scientifiques nucléaires.
Ces attaques ont ouvert la voie aux frappes aériennes qui ont suivi et ont entravé les capacités iraniennes à contre-attaquer en utilisant ses missiles et ses drones – ripostes qui ont eu lieu quelques jours plus tard.
L’agent, dont le pseudonyme est « Arash », était lourdement grimé de manière à être méconnaissable. « Uvda » n’a pas précisé à quel endroit l’interview a eu lieu, se bornant à dire qu’elle avait été accordée avant les récentes manifestations contre le régime iranien qui ont éclaté à la fin du mois de décembre dernier.
Arash qui, selon « Uvda », aurait une quarantaine d’années, a expliqué avoir commencé à se désolidariser du régime iranien sur les bancs de l’école, lorsqu’on a tenté de l’endoctriner à la haine envers Israël et les États-Unis. Un soir, alors qu’il avait 11 ans, sa sœur âgée de dix-sept ans a été arrêtée et battue parce qu’elle ne portait pas le hijab. Son père a payé sa caution pour la faire libérer mais cet incident a convaincu la famille de quitter l’Iran pour partir s’installer dans un pays occidental non précisé.
Mais Arash tenait, a-t-il dit, à faire quelque chose contre le régime iranien et il voulait aider ses amis qui y vivaient encore. Lorsqu’il a eu 30 ans, sur un coup de tête, il a fait une recherche sur le Mossad sur Google et il a atterri sur le site Internet de l’agence. Il leur a envoyé un message, ne sachant pas ce qui allait se passer, mais au bout de quelques jours, un agent l’a contacté et en 2015, il a commencé à travailler pour le Mossad après une formation à l’étranger.
L’émission n’a pas donné de détails sur la question mais il est évident qu’Arash s’est rendu en Israël et qu’il parle un peu hébreu.
Avant l’attaque de juin dernier, il a été envoyé en Iran pour prendre la tête de l’une des équipes en charge des attaques internes. Ils ont reçu l’ordre de transporter à bord d’une voiture un missile et son lanceur jusqu’à une certaine destination.
Arash a évoqué sa traversée des rues de Téhéran et le moment où, arrêté à un feu rouge, une voiture de police s’est immobilisée juste à côté.
« À la moindre erreur, tout était fichu », a-t-il confié en parlant de ses craintes à ce moment-là. Mais la voiture de patrouille a repris sa route.
Avec son équipe, ils ont ensuite dû assembler l’arme et attendre de nouvelles instructions. Arash a expliqué qu’il était alors en contact direct avec le Mossad en Israël, sans préciser la manière dont ce contact a été maintenu. L’équipe ignorait tout de sa cible, n’ayant à sa disposition que les coordonnées pour diriger l’arme.
Pendant deux heures, l’équipe a attendu les ordres dans l’obscurité.
« J’avais peur, peur de tout », a-t-il confié.
C’est à 3 heures du matin que l’ordre est finalement arrivé, et Arash a appuyé sur le bouton de lancement. Le missile était équipé d’une caméra, a-t-il précisé, ce qui lui a permis d’identifier la cible juste avant l’impact.
Cette cible, a-t-il souligné, était un missile balistique prêt à être tiré en direction d’Israël.
Il a dit au Mossad : « C’est fait », ce à quoi ils ont immédiatement répondu : « Oui, en effet. »
L’équipe s’est alors réfugiée dans un appartement où elle est restée cachée. Le lendemain, Arash a croisé à Téhéran des gens ravis que le régime ait encaissé un coup sévère. Par la suite, l’équipe a été exfiltrée d’Iran et Asrah a été conduit en Israël, où, a-t-il dit, il a porté un toast avec ses responsables.
« Ça aurait été la plus grande opération de tous les temps »
Lors des 12 jours de guerre qui s’en sont suivis, Israël a mené plusieurs attaques contre des installations nucléaires et balistiques iraniennes, ce à quoi l’Iran a riposté par des tirs de missiles sur des infrastructures militaires et des villes israéliennes.
Une emprise clé restait toutefois hors de portée d’Israël : l’usine d’enrichissement d’uranium de Fordo, enfouie sous une montagne, invulnérable aux frappes aériennes israéliennes.
C’est précisément cette difficulté qui a poussé le Mossad à passer des années à fomenter un plan complexe qui visait à faire passer en contrebande de grandes quantités d’explosifs à Ford, les faisant exploser de l’intérieur.
D’anciens responsables du Mossad et de la Défense se sont entretenus avec « Uvda » au sujet de ce projet – à commencer par les ex-chefs du Mossad Yossi Cohen et Tamir Pardo, qui ont dirigé l’agence de renseignement respectivement entre 2016 et 2021 pour l’un, et entre 2011 et 2016 pour l’autre. Tous deux ont dit qu’Israël avait pris connaissance de ce qui se passait à Fordo dès 2010, suite à quoi le Mossad s’était lancé dans l’organisation d’une opération grandiose qui, si elle avait été menée, « aurait été la plus grande opération de toute l’histoire du pays, » a noté Cohen.
Le plan aurait suscité des interrogations en raison de l’importante quantité de ressources requise, de son incroyable complexité, de la nécessaire synchronisation fine d’un grand nombre d’opérations, du nombre d’agents à mobiliser et aussi de la manière de les exfiltrer du territoire iranien après l’attaque.
Le Mossad souhaitait en outre privilégier le recours à ses propres agents sur place et non à des agents recrutés à l’étranger, ce qui compliquait la mission et portait le besoin humain à plusieurs dizaines de personnes, explique Cohen.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui était déjà Premier ministre à ce moment-là, aurait beaucoup aimé le plan et il se serait montré favorable à sa mise en oeuvre.
Mais au moment où Cohen a pris les rênes du Mossad, en 2016, l’administration Obama a signé un accord nucléaire avec l’Iran et à ce moment-là, Cohen a vu d’un moins bon oeil cette opération, qui a donc été enterrée, l’attention se portant plus volontiers sur l’armée israélienne et ses projets de frappes contre l’Iran.
En 2018, lorsque la première administration Trump s’est retirée unilatéralement de l’accord avec l’Iran, Israël a de nouveau pu réfléchir sérieusement à un plan d’attaque contre l’Iran. Lorsque le directeur actuel du Mossad, David Barnea, a pris la direction de l’agence, il a relancé le projet du Mossad, ont indiqué des responsables.
Mais lorsque le Hamas a perpétré son pogrom en Israël, le 7 octobre 2023, ce qui a déclenché la guerre de Gaza, il est apparu que les moyens militaires nécessaires à la mise en œuvre du plan du Mossad seraient mobilisés par les combats dans la bande de Gaza, ce qui a contraint Barnea à reporter de nouveau ce plan.
Lorsqu’Israël a mené ses frappes en 2025, il n’y avait pas de solution pour Fordo, ont expliqué les responsables. Il espérait que les États-Unis, qui disposent des moyens militaires nécessaires pour s’en prendre à une cible profondément enfouie, se joindraient aux hostilités.
Un temps réticents, inquiets du danger pour ses personnels militaires déployés au Moyen-Orient en cas de riposte iranienne, Washington a, le 22 juin 2025, donné l’ordre de procéder à des frappes sur plusieurs infrastructures nucléaires iraniennes, dont Fordo, suite à quoi les États-Unis ont négocié un cessez-le-feu qui a mis fin à la guerre.
Le cabinet de Netanyahu — qui a, en sa qualité de Premier ministre, une autorité directe sur le Mossad — a réagi aux révélations faites lors de l’émission de la chaîne N12 que « contrairement à ce qui a été dit, le Premier ministre a dirigé les préparatifs de différents plans d’éradication de la totalité du programme. »
Au sujet de Fordo, le cabinet du Premier ministre a reconnu que « des plans d’attaque avaient été élaborés, certains d’entre eux impossibles à mener à cause du 7-octobre », non sans rappeler la coopération entre Israël et les États-Unis pendant cette guerre.