Un mécène de l’opéra de Hamburg a refusé l’examen de sa collaboration avec les nazis
Kühne + Nagel, une entreprise présidée par le milliardaire Klaus-Michael Kühne, avait collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, transportant des biens volés aux Juifs
JTA – L’Opéra d’État de Hambourg a annoncé avoir le projet de lancer une nouvelle maison d’opéra, un projet qui sera soutenu par l’argent donné par un milliardaire allemand dont la famille avait accru sa fortune en collaborant avec le régime nazi.
Le nouveau bâtiment de l’opéra d’État devrait être construit aux abords du front de mer et il devrait coûter environ 340 millions d’euros. Il a été financé en grande partie par un don important du milliardaire allemand Klaus-Michael Kühne, qui s’est engagé à verser 300 millions d’euros pour la construction du bâtiment, au mois de janvier dernier.
L’origine de la fortune de Kühne a toutefois jeté une ombre sur le projet dans la mesure où l’entreprise familiale, Kühne + Nagel, qui est l’une des plus grandes sociétés de logistique au monde, avait collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, assurant le transport de biens qui avaient été volés à des Juifs.
Kühne, âgé de 88 ans, est actuellement le président honoraire de l’entreprise et, selon Bloomberg, il est également son actionnaire majoritaire. L’entreprise a désormais son siège en Suisse.
Alors que de nombreuses grandes entreprises allemandes – comme la Deutsche Bank, Volkswagen ou Bertelsmann – ont reconnu leur collaboration avec le régime nazi et qu’elles ont mis leurs archives à la disposition des historiens, Kühne, de son côté, a rejeté les appels lancés en faveur de l’ouverture d’une enquête sur l’entreprise familiale.
« À un moment donné, il faut laisser les choses derrière nous », a commenté Kühne lors d’un entretien accordé au journal suisse Tages-Anzeiger alors qu’il évoquait, en 2022, son refus d’un audit de sa firme par des historiens. « C’est un principe fondamental chez moi. Mais il est important de tirer les leçons de ce qui s’est passé à l’époque ».
Dans les années 1990, de nombreuses entreprises allemandes avaient officiellement commencé à présenter des excuses pour leur rôle dans la Shoah. Mais cela n’est qu’en 2015, 70 ans après le génocide nazi, que Kühne + Nagel avait diffusé un communiqué reconnaissant son passé nazi avant la diffusion d’un court documentaire qui était consacré à son histoire.
« Comme d’autres entreprises qui existaient déjà avant 1945, Kühne + Nagel était impliquée dans l’économie de guerre et avait dû garantir son existence et sa survie dans des temps sombres et difficiles », avait écrit l’entreprise dans un communiqué qui avait été rédigé seulement en allemand, selon Vanity Fair.
« L’entreprise Kühne + Nagel est consciente des événements honteux qui sont survenus sous le troisième reich et elle regrette profondément d’avoir mené certaines de ses activités pour le compte du régime nazi. Les conditions de la dictature de l’époque et le fait que Kühne + Nagel ait survécu à la tourmente de la guerre avec toute sa force, maintenant ainsi son existence, doit être pris en compte », disait la déclaration.
Annette Jael Lehmann, qui est professeure d’études culturelles à l’université libre de Berlin, a déclaré au New York Times que l’utilisation des fonds de Kühne dans le cadre de la construction du nouvel opéra n’était pas compatible avec la culture allemande de commémoration de la Shoah.
« On pourrait bien dire que l’art est destiné à blanchir la société Kühne », a-t-elle confié au Times.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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