Pour un musée londonien, les lois nazies ne visaient que les Juifs pratiquants

L'Imperial War Museum refuse de modifier sa description des lois de Nuremberg, alors même que des universitaires ont qualifié de 'non-sens' la légende utilisée dans une exposition

Une vue de la nouvelle galerie de la Shoah à l'Imperial War Museum de Londres, le 30 septembre 2021. (Crédit : avec l'aimable autorisation de l'IWM)

Un musée londonien refuse de modifier sa description des lois raciales nazies, qui selon lui ne visaient que les Juifs « pratiquants », alors même que des universitaires ont qualifié de « non-sens » la légende utilisée dans une exposition, ont rapporté les médias britanniques.

Selon la description de l’Imperial War Museum (IWM), conformément aux lois de Nuremberg de 1935, « une personne était définie comme juive en fonction du nombre de pratiquants de confession juive parmi ses grands-parents ».

Mais dans ses critères, la loi antisémite ne faisait pas référence à la pratique religieuse, considérant plutôt comme Juif toute personne enregistrée comme ayant trois ou quatre grands-parents juifs. Une personne ayant un ou deux grands-parents juifs était pour sa part définie comme métisse, ou Mischlinge.

Les Juifs, par cette loi, ont été privés de leur nationalité allemande et interdits de mariage ou de relations sexuelles avec des personnes d’origine allemande.

Une universitaire new-yorkaise à la retraite, qui a préféré conserver l’anonymat, a déclaré au Guardian, dans un article publié la semaine dernière, qu’elle avait remarqué cette légende lorsqu’elle avait visité le musée l’an dernier.

Elle a fait savoir à l’IMW que, bien qu’elle ait été « extrêmement impressionnée » par le reste de l’exposition, « la formulation faisant référence aux grands-parents juifs pratiquants, qui manque de précision historique, devait être modifiée ».

Graphique publié par le régime nazi en 1935, après le vote des lois raciales de Nuremberg, qui montre la classification des juifs selon leur hérédité. (Crédit : domaine public)

« Une telle description ignore la grande majorité de la population juive, qui n’est pas pratiquante », a-t-elle expliqué au quotidien britannique, soulignant que l’objectif des nazis était d’éradiquer tous les Juifs, quel que soit leur niveau de pratique religieuse.

« C’est une représentation tellement trompeuse de la vision nazie, que je trouve répréhensible de la laisser ainsi dans le domaine public », a-t-elle ajouté.

En réponse à l’universitaire, la directrice générale de l’IWM, Caro Howell, a déclaré que l’institution avait décidé de « maintenir les choix effectués par les conservateurs et vérifiés par ses experts », selon un e-mail cité par The Guardian.

Dans cet e-mail, Howell a expliqué que l’intégrité du musée risquerait d’être compromise s’il apportait des modifications à chaque fois que des « questions de nuance interprétative » étaient évoquées.

Selon The Guardian, l’universitaire à la retraite a demandé des éclaircissements à Christopher Browning, historien spécialiste de la Shoah et témoin expert dans le procès en diffamation de David Irving en 2000, ainsi qu’à Timothy Snyder, historien et auteur d’ouvrages sur les crimes nazis.

« La question n’était pas de savoir si le grand-parent était pratiquant, mais si sa naissance avait été enregistrée auprès de la communauté juive », a précisé Browning. « Le grand-parent pouvait même s’être converti au christianisme par la suite, mais s’il avait été enregistré comme juif à sa naissance, alors cela constituait un facteur déterminant pour les nazis. »

Vue de la nouvelle galerie consacrée à la Shoah à l’Imperial War Museum de Londres, le 30 septembre 2021. (Autorisation de l’IWM)

Et Snyder de souligner : « Peu importait que les grands-parents soient ou non pratiquants… Personne n’a été épargné par la persécution, comme le laisse à tort penser ce texte, du fait que ses grands-parents n’étaient pas pratiquants. »

« Telle qu’elle est formulée, cette légende laisse entendre que les ‘mauvais Juifs’, c’est-à-dire ceux qui avaient un passé laïc (ou même réformé), auraient été épargnés par les persécutions qui ont précédé la Shoah, tandis que les ‘bons Juifs’, ceux qui avaient un passé religieux (ou orthodoxe), en auraient été les victimes. C’est un véritable non sens », a ajouté Snyder.

Après que l’universitaire a transmis les avis de ces spécialistes à l’IWM, Howell a annoncé qu’elle ne répondrait plus, et que ce débat « risquait de semer la division parmi des personnes qui devraient réellement rester unies ».

Le Dr Robin Douglas, membre du London Centre for the Study of Contemporary Antisemitism (Centre londonien d’étude de l’antisémitisme contemporain), a confié au journal britannique Jewish News que la description de l’IWM interprétait de manière erronée la loi « comme signifiant que le grand-parent devait avoir été un Juif pratiquant pendant sa vie adulte, alors qu’elle [la loi] voulait en réalité dire que le grand-parent devait avoir été inscrit sur les registres religieux juifs à sa naissance ».

« Le fait que les nazis aient finalement utilisé un critère religieux pour définir la judéité révèle le vide de leurs prétendues théories scientifiques », a-t-il affirmé.

Réagissant à ces informations, un porte-parole du musée a indiqué au Guardian que le fait que des questions d’interprétation soient soulevées par le public était « inévitable ». Il a défendu le choix des mots utilisés dans l’exposition.

« Avant d’être imprimé, le [panneau d’information] a été rigoureusement examiné et corrigé par les conservateurs de l’IWM, plusieurs éminents chercheurs internationaux et des membres des communautés juives », a souligné le porte-parole.

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