Un proche de Netanyahu fustige la famille Bibas et les auteurs d’un livre accusateur
Yinon Magal s'en est pris aux auteurs de l'ouvrage « M. Abandon » qui reprochent à Netanyahu la mort des otages, ainsi qu'à la veuve du navigateur disparu Ron Arad
Mardi, la personnalité de droite Yinon Magal a déclaré que les personnes qui reprochent au Premier ministre Benjamin Netanyahu d’être responsable de la mort d’otages à Gaza étaient « les personnes les plus méprisables qui soient en Israël ». Parmi les personnes visées figuraient des membres de la famille Bibas ainsi que la veuve du navigateur disparu Ron Arad.
C’est dans son émission matinale, aux côtés du journaliste Ben Caspit, sur la station 103FM, que M. Magal — l’un des principaux soutiens de M. Netanyahu — a affirmé que, pour les personnes ayant contribué au livre sur Netanyahu intitulé « M. Abandon — L’histoire de l’homme qui a abandonné les otages », la seule façon de se faire pardonner était de voter pour son parti, le Likud, lors des élections du 27 octobre prochain.
M. Magal a ensuite lu les plus de 160 noms de personnes ayant contribué à l’ouvrage, produit par le Forum Haim des familles d’otages, opposé à Netanyahu, et vendu lors des manifestations contre le gouvernement réclamant la libération des otages entre 2024 et 2025.
« Tous les noms que je viens de lire resteront gravés dans l’infamie, sur le pilori de la honte », a déclaré M. Magal. « Ce sont les personnes les plus méprisables qui soient en Israël : elles propagent la calomnie contre Benjamin Netanyahu en le traitant de « M. Abandon ». »
Parmi les contributeurs figurent une vingtaine de personnes directement touchées par le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 – des familles qui ont perdu un être cher, des proches d’otages et plusieurs femmes enlevées puis libérées à la faveur de l’accord sur les otages conclu fin novembre 2023.
Parmi ces contributeurs figurent Ofri Bibas Levy, sœur de Yarden Bibas, libéré à la faveur de l’accord sur les otages du début 2025, mais dont l’épouse, Shiri, et leurs jeunes fils, Kfir et Ariel, ont été assassinés « à mains nues » un mois environ après le début de leur captivité. La dépouille de la mère et de ses enfants ont été restituées en application de ce même accord.
A également contribué à l’ouvrage Tami Arad, épouse de Ron Arad, navigateur de l’armée de l’air israélienne capturé après le crash de son avion de chasse au-dessus du Liban en 1986.
Lorsque Ben Caspit, incrédule, lui a demandé si Tami Arad et la famille Bibas devaient vraiment présenter des excuses à M. Netanyahu, M. Magal a continué à camper sur ses positions.
« La douleur de Tami Arad face à la tragédie ne l’autorise pas à calomnier Benjamin Netanyahu », a répondu M. Magal.
« Pas plus que la famille Bibas — Bibi ne les jamais laissés tomber », a-t-il ajouté en utilisant le surnom du Premier ministre.
Invité de nouveau par Ben Caspit à préciser en quoi la famille Bibas devait s’excuser, M. Magal a répété, en parlant de M. Netanyahu : « S’ils ont propagé des contrevérités sur son compte, oui. Ils n’ont aucun droit de propager des contrevérités. »
Mme Bibas Levy, qui s’est souvent élevée contre le gouvernement lors des manifestations en faveur des otages, a réagi plus tard sur Facebook : « Les seules personnes auxquelles je présenterai des excuses, jusqu’à mon dernier souffle, sont Shiri, Ariel et Kfir. »
M. Magal est un fervent et très influent supporter de M. Netanyahu. Il anime « Les Patriotes », l’émission de débat de la Quatorzième chaîne, notoirement pro-gouvernement.
Il a brièvement siégé à la Knesset en 2015 au sein d’un parti de droite dirigé par celui qui allait devenir Premier ministre, Naftali Bennett, mais a démissionné une fois accusé de comportement inapproprié par plusieurs ex-collègues.
M. Magal a déjà été accusé d’avoir banalisé le sort des victimes du 7-Octobre, notamment lorsqu’il a déclaré en 2024 qu’en tant qu’homme religieux, cela le « dérangeait » qu’il y ait eu une statue de Bouddha au festival de musique Nova, où des centaines de personnes ont été assassinées le 7-Octobre.
Mardi, l’organisation « 255 », qui représente d’anciens otages et leurs familles — et dont le nom fait référence au nombre d’otages ramenés, vivants ou morts, de Gaza à la suite du 7-Octobre —, a vivement condamné les propos de M. Magal.
Qualifier les otages et leurs proches de personnes méprisables et honteuses, et affirmer qu’ils devraient s’excuser, « ce n’est jamais, et encore moins à la veille du 7-Octobre, de la critique », a déclaré l’organisation. « C’est de la maltraitance envers des gens qui ont déjà payé le prix le plus lourd qui soit. »
Les partis d’opposition ont eux aussi fustigé M. Magal.
Yair Golan, ex-chef d’État-major adjoint de l’armée et dirigeant du parti de gauche HaDemocratim, a déclaré que la station 103FM devrait immédiatement suspendre l’animateur, qu’il a traité de « porte-parole méprisable qui choisit de faire de la douleur des familles un outil au service de Netanyahu ».
Le chef de l’opposition, Yair Lapid, qui se présente aux élections en tant que partenaire minoritaire au sein du parti Beyahad de Naftali Bennett, a indiqué que « rien ne rachètera les péchés de Yinon Magal. C’est un ennemi d’Israël et un traître de l’intérieur. »
Le parti Yashar, dont le dirigeant, l’ex-chef d’État-major Gadi Eisenkot, a perdu un fils et deux neveux lors de la guerre à Gaza, a déclaré que M. Magal et d’autres « béni-oui-oui de Netanyahu » s’en prenaient à « des familles endeuillées pour le seul fait d’avoir osé faire entendre leur voix. Et Netanyahu voit tout cela, à la veille du 7- Octobre, sans rien dire. »
Rafi Ben Shitrit, candidat du parti Yisrael Beytenu dont le fils Shimon Alroy est mort au combat le 7-Octobre, a accusé M. Magal de diffuser des « mensonges et de la propagande » pour le compte de « son patron » Netanyahu, « le père fondateur de la doctrine qui nous a conduits à la plus grande catastrophe de toute notre histoire ».
Des figures de l’opposition reprochent à M. Netanyahu d’avoir facilité le pogrom du Hamas en autorisant le Qatar à financer le groupe terroriste à grands renforts de millions de dollars en liquide versés chaque mois, pendant des années, jusqu’à l’attaque surprise.
M. Netanyahu est par ailleurs accusé d’avoir contrecarré la conclusion d’un accord avec le Hamas sur la question des otages et d’avoir préféré prolonger la guerre pour satisfaire ses partenaires de coalition d’extrême droite.
L’opposition exige que le gouvernement forme une commission d’enquête d’État statutaire sur les causes de l’attaque et la conduite de la guerre, ce à quoi M. Netanyahu se refuse obstinément, ses membres étant désignés par le pouvoir judiciaire, qu’il accuse de parti pris à son encontre.