Un programme de prévention informatisé réduit le taux de TSPT à 1 % chez les soldats
Selon un scientifique de l'université de Tel Aviv, une étude à comité de lecture montre une réduction des symptômes chez les soldats participant au nouveau protocole, 18 mois après
Une nouvelle étude a révélé qu’une série d’exercices d’entraînement spécialisés à effectuer sur ordinateur contribue à réduire considérablement le risque de syndrome de stress post-traumatique (TSPT) chez les soldats combattants de l’armée israélienne.
Évaluée par des pairs, cette étude menée par l’université de Tel Aviv (TAU), le corps médical de l’armée israélienne et le département américain de la Défense, est l’un des premiers programmes de prévention du TSPT au monde à avoir été testé et reproduit dans le cadre d’essais contrôlés et aléatoires.
Cette recherche a été développée par le professeur Yair Bar-Haim, professeur de psychologie et de neurosciences à l’Université de Tel Aviv et directeur du Centre national pour l’étude des traumatismes et de la résilience ainsi que par Chelsea Gober Dykan, doctorante.
Selon cette étude, sur plus de 500 soldats, seulement 1 % de ceux qui avaient participé au programme d’entraînement à l’attention avaient développé un TSPT, contre 5,3 % dans le groupe témoin, soit une réduction du risque de près de cinq fois.
« C’est un programme simple, qui détourne l’attention du soldat vers la menace à l’écran », a indiqué Bar-Haim au Times of Israel.
Cette étude intervient alors que le Service de réadaptation du ministère de la Défense a annoncé lundi avoir pris en charge quelque 22 000 soldats blessés depuis le 7 octobre 2023, parmi lesquels 58 % souffrent de TSPT et d’autres troubles mentaux.
D’après Bar-Haim, le programme fonctionne parce que « l’attention portée à la menace est un mécanisme fondamental de la survie humaine ».
Étonnamment, selon lui, les personnes qui ne sont pas assez attentives aux menaces risquent de développer un trouble de stress post-traumatique (TSPT) pendant et après leur déploiement. Il a précisé que « lorsqu’elles subissent un traumatisme, elles n’ont probablement pas suffisamment de ressources attentionnelles pour y faire face ».
Le programme d’entraînement a été adopté par l’armée israélienne en 2018. Il a toutefois pris fin peu avant le déclenchement de la guerre entre Israël et le Hamas en octobre 2023.
Les conclusions de l’étude ont récemment été publiées dans la prestigieuse revue American Journal of Psychiatry.
Biais attentionnel envers la menace
La recherche a débuté il y a 17 ans, lorsque Bar-Haim a entamé des études à très grande échelle sur le TSPT au sein de l’armée israélienne, auprès de plus de 1 000 soldats.
Le TSPT est un trouble psychologique qui peut se développer après que des soldats ont été témoins d’attaques terrifiantes, d’explosions ou ont vu d’autres personnes blessées ou tuées. Ils peuvent, même après avoir quitté le champ de bataille, avoir des flashbacks, faire des cauchemars et ressentir un sentiment constant de menace.
« Notre objectif était d’évaluer ceux qui ont fini par développer un TSPT », a déclaré Bar-Haim.
L’un des facteurs qui aggravent le TSPT est ce que l’on appelle le biais attentionnel envers les stimuli menaçants. Ce phénomène se produit lorsque les soldats continuent à rechercher le danger et à percevoir des menaces même après que le danger est passé.
Les scientifiques ont donc conçu ce que Bar-Haim a qualifié de « intervention informatique » dans le but de détourner l’attention des soldats vers le danger et de les habituer aux menaces. Cette intervention, a-t-il indiqué, « se manifeste dans le cerveau, dans les systèmes neuronaux ».
La première étude, menée en 2012 par le chercheur post-doctorant Ilan Wald, a testé le programme d’entraînement assisté par ordinateur auprès de quelque 800 soldats des brigades d’infanterie de l’armée israélienne pendant leur formation de base et durant leur premier déploiement.
« L’entraînement est très simple. Il s’effectue sur des ordinateurs portables et des ordinateurs de bureau, avec des sessions d’environ sept minutes chacune » a expliqué Bar-Haim. « Il suffit de le suivre quatre fois lors de différents jours. »
Dans la première étude, on a présenté aux soldats des paires de mots, neutres et menaçants. Dans la deuxième étude, on leur a montré des visages neutres et menaçants. Dans ces deux études, des cibles apparaissaient ensuite à côté des images, ainsi que des flèches pointant vers la gauche ou vers la droite. Les soldats devaient réagir en appuyant sur la touche correspondante du clavier aussi rapidement que possible, sans compromettre la précision requise.
Chaque session d’entraînement comportait 160 répétitions. « C’était une sorte de jeu », a raconté Bar-Haim.
Grâce à cet entraînement, les soldats ont progressivement appris à accorder davantage d’attention aux menaces potentielles dans leur environnement.
Peu après, à l’été 2014, la majorité des soldats ont été envoyés au combat dans le cadre de l’opération « Bordure protectrice » menée par Israël.
Quatre mois après la fin des combats, en août 2014, Bar-Haim et son équipe ont constaté que, parmi ceux qui avaient participé au programme d’entraînement, seuls 2,6 % souffraient de TSPT – contre 7,8 % des soldats qui n’avaient pas suivi le programme -, ce qui représente une réduction considérable du risque de TSPT.
« Même si ces résultats étaient prometteurs, je n’étais pas tout à fait convaincu qu’il ne s’agissait pas d’un simple hasard », a avoué Bar-Haim. « J’ai estimé qu’il fallait vérifier la reproductibilité, avec un meilleur contrôle. »
Bar-Haim, en collaboration avec Dykan et leur équipe de recherche, a apporté de légères modifications à l’étude, et l’a menée en 2022-2023.
Parmi les soldats, un tiers a suivi le protocole original, un autre tiers a suivi un protocole révisé, et le tiers restant, le groupe témoin, a reçu un entraînement placebo.
« Nous avons essayé la version originale de l’intervention et une nouvelle version qui, nous l’espérions, se révèlerait plus efficace », a ajouté Bar-Haim.
Les scientifiques ont constaté que 2,7 % des membres du groupe ayant suivi le protocole révisé d’entraînement à l’attention souffraient de TSPT, contre 5,3 % dans le groupe témoin. Moins de 1 % des soldats ayant suivi la version originale ont cette fois-ci développé des symptômes de TSPT au bout de 18 mois environ.
« La version originale est réellement la meilleure », a souligné Bar-Haim.
Selon des prévisions du ministère de la Défense, d’ici la fin 2026, ses centres de réadaptation accueilleront 10 000 anciens combattants blessés supplémentaires, dont la plupart souffriront de TSPT ou d’autres troubles psychologiques.
Le budget du Service de réadaptation s’élève à 8,3 milliards de shekels, parmi lesquels 4,1 milliards sont consacrés au traitement des personnes souffrant de problèmes de santé mentale, a indiqué le ministère.
Dans une réponse au Times of Israel, le Dr Dennis S. Charney, doyen émérite de l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai, qui a mené des recherches approfondies sur le TSPT et n’a pas participé à l’étude, a estimé que les recherches de Bar-Haim « démontrent que la modification du biais d’attention peut avoir des effets préventifs importants en réduisant les impacts du combat sur le développement du TSPT ».
Même s’il n’existe aucune méthode universellement reconnue qui permette de prévenir complètement le TSPT, Charney a souligné que la « méthode pratique » de Bar-Haim pouvait être intégrée à un programme global de renforcement de la résilience.
Ces deux dernières années, le domaine de la santé mentale dans l’armée s’est « développé grâce à l’élargissement des cadres existants et à la mise en place de nouveaux cadres importants », a rapporté un porte-parole de l’armée israélienne au Times of Israel.
En mars 2024, l’armée israélienne a créé une branche dédiée à la résilience mentale, dans laquelle « des outils sont développés et mis en œuvre pour renforcer la résilience des militaires », a ajouté le porte-parole. À l’heure actuelle, toutefois, le programme de Bar-Haim n’y est pas inclus.
« Les résultats concernant l’efficacité de ce programme sont désormais très clairs », a affirmé Bar-Haim. « L’armée israélienne l’a mis en œuvre dans le passé, et elle devrait le faire à nouveau. »
comments