Un projet ferroviaire turco-saoudien reliant la Jordanie à la Syrie, sans passer par Israël
D'ici 4 ans, le train reliera à l'Europe la région, la voie sera peut-être étendue aux pays du Golfe et au Yémen
La Turquie et l’Arabie saoudite souhaitent construire une ligne ferroviaire dans le but de relier leurs deux pays avec la Jordanie et la Syrie d’ici trois ou quatre ans, a déclaré dimanche le ministre turc des Transports, Abdulkadir Uraloglu, ajoutant que d’autres pays du Golfe se joindraient au projet.
C’est à l’antenne d’Al Jazeera qu’Uraloglu a affirmé que le chemin de fer permettrait d’atténuer les problèmes susceptibles de surgir, à l’avenir, du fait de perturbations dans le détroit d’Ormuz, comme celles qui ont été causées par la guerre en Iran.
Ce projet est décrit dans le protocole d’accord qu’Ankara et Ryad ont conclu la semaine dernière en matière de coopération logistique et ferroviaire.
Ankara a fait savoir que le projet contournerait Israël, ce qui aurait pour effet de le marginaliser au niveau régional. Du côté de la monarchie saoudienne, il se dit que le projet portera un « coup fatal » au projet américano-israélien de 2023 visant à relier l’Inde au Moyen-Orient, Israël et l’Europe – un projet qui reposait sur la normalisation des relations israélo-saoudiennes, une normalisation qui est encore hors de portée dans la mesure où Ryad exige pour ce faire des progrès irréversibles en direction de la création d’un État palestinien, ce à quoi Israël se refuse.
Toujours à l’antenne d’Al Jazeera, Uraloglu a indiqué que cette liaison ferroviaire permettrait, dans sa phase initiale, le transport de marchandises, de pétrole, de gaz naturel et de personnes entre l’Arabie saoudite, la Turquie, la Jordanie, la Syrie et l’Europe. Il a ajouté que les Émirats arabes unis, le Koweït, le Qatar, l’Oman et éventuellement le Yémen pourraient se joindre ultérieurement au projet initial.
« Les trains au départ d’Arabie saoudite, de Riyad, peuvent déjà se rendre dans plusieurs régions d’Arabie saoudite. Notre projet consiste à leur permettre de rallier la Turquie via la Jordanie et la Syrie. Sur cet itinéraire à destination de l’Europe pourra transiter tout type de fret », aurait déclaré Uraloglu, selon les propos rapportés.
Il a ajouté que le tronçon entre l’Arabie saoudite et la frontière jordanienne était terminé et que, côté turc, la liaison était achevée entre Islahiye, Kilis et Gaziantep, dans le sud-est de la Turquie, non loin de la frontière avec la Syrie. Ce qui laisse 400 kilomètres à couvrir entre la Syrie et la Jordanie, a-t-il précisé.
Au-delà du commerce, Uraloglu a indiqué que le chemin de fer pourrait également être utilisé par les fidèles pour se rendre, chaque année, au pèlerinage musulman du hajj.
Limitrophe de la Syrie, la Turquie a noué de bonnes relations avec le gouvernement de Damas depuis la chute du président Bachar al-Assad, fin 2024, et annoncé qu’elle aiderait le pays à se reconstruire.
Uraloglu a déclaré à Al Jazeera qu’un projet financier viendrait adosser le projet ferroviaire, l’investissement comprenant près de 100 millions de dollars pour reconstruire les routes entre la Turquie et Alep en Syrie, de façon à créer i¡une liaison directe avec Damas.