Un vaste arsenal houthi pour frapper l’Arabie saoudite
Aguerris par des années de conflit, les combattants houthis peuvent tenir dans la durée avec leurs armes - et ils ont multiplié les frappes contre le territoire saoudien
Les Houthis du Yémen, qui multiplient les frappes de missiles et de drones contre l’Arabie saoudite, soutien du gouvernement yéménite internationalement reconnu, s’appuient sur un vaste arsenal patiemment accumulé avec le soutien de l’Iran.
Stratégie de frappes
Depuis début septembre, les Houthis multiplient les frappes contre le territoire saoudien, aussi bien contre les sites énergétiques du premier exportateur mondial de brut que des aéroports, dont celui de Ryad, ciblé à 20 reprises en octobre.
Ils sont également accusés d’avoir visé, sans succès, les villes saintes de Médine et La Mecque, ce qu’ils démentent.
A l’origine de cette campagne, après quatre ans de trêve dans le conflit yéménite déclenché en 2014, le bombardement saoudien en juillet de l’aéroport de Sanaa, la capitale yéménite sous contrôle houthi, pour maintenir le contrôle de l’espace aérien par Ryad.
Depuis c’est « oeil pour oeil », décliné en « blocus contre blocus, un aéroport pour un aéroport, une escalade pour une escalade » explique à l’AFP April Longley Alley, spécialiste du Yémen au Washington Institute.
Un éventail d’armes varié
Les Houthis disposent d’un large éventail de missiles et drones pour frapper à longue distance, en Arabie saoudite comme dans le détroit de Bab el-Mandeb qui commande, au sud de la mer Rouge, l’accès au canal de Suez.
C’est « un mélange de systèmes saisis lors de la prise de Sanaa en 2014, de systèmes complets introduits clandestinement, ou encore d’équipements fabriqués par le groupe lui-même à partir de composants — eux aussi introduits illégalement au Yémen, principalement via la mer d’Arabie », explique Niranjan BS, analyste de systèmes d’armes stratégiques pour la société de renseignement britannique Jane’s.
Selon la base de données Military Balance, les Houthis disposent de plusieurs types de missiles balistiques de moyenne portée (1 000 à 3 000 kilomètres), dont plusieurs dérivés de modèles iraniens.
Ils ont aussi des missiles balistiques à courte portée, comme le missile antinavire Asef (ou Asif), équivalent du Khalij Fars iranien, rappelle le centre de recherche Wilson Center.
Le groupe militaire a aussi une gamme de missiles de croisière avec la série des Quds, dont la version 4 a une portée maximale de 2.000 kilomètres, selon le Wilson Center.
Enfin, ils disposent de toute une gamme de drones, aériens – dont la gamme Samad a une portée de plus de 1.300 km – ou navals, dont certains sont des « copies locales » de modèles iraniens, souligne Niranjan BS.
Mais dans un pays ravagé par des années de guerre, « il existe trop peu d’informations vérifiables sur le terrain pour évaluer avec précision la taille des stocks du groupe ou déterminer quelle est sa capacité de production », prévient-il.
Les Houthis sont également soupçonnés d’essayer d’améliorer l’efficacité de leurs armes grâce à l’IA.
Dans un rapport en septembre, Anthropic a annoncé avoir identifié une cellule menant trois programmes de développement d’armes dans le nord du Yémen et utilisant Claude Code à la place d’ingénieurs « pour développer le logiciel de guidage, de navigation et de contrôle (GNC) qui pilote et stabilise un véhicule volant ».
Le soutien iranien
« L’Iran a fourni une assistance militaire cruciale aux Houthis, notamment par la livraison de missiles et systèmes de drones », rappelle le Middle East Institute.
Leurs composants « sont conçus et fabriqués en Iran, puis acheminés clandestinement au Yémen (…) où ils sont assemblés », souligne le centre de recherche dans un rapport.
Toutefois, les Houthis « ne sont pas des supplétifs de l’Iran. Ils se considèrent comme des partenaires de Téhéran et non comme des intermédiaires agissant pour son compte », rappelle l’analyste israélien Danny Citrinowicz.
« Les Iraniens disposent d’une présence solide au Yémen », via la force Al-Qods des Gardiens de la Révolution chargée des opérations extérieures, qui « conseille mais ne décide pas », a-t-il récemment expliqué lors d’un colloque de la Fondation Jean-Jaurès à Paris.
Le groupe est aussi soupçonné d’essayer de se fournir en Chine ou en Russie.
En juin 2024, le département du Trésor américain a évoqué le cas d’un homme soupçonné d’être affilié aux Houthis mais basé en Chine et jouant « un rôle clé dans l’acquisition de matériaux permettant aux forces houthies de fabriquer des armes conventionnelles avancées à l’intérieur du Yémen ».
Une capacité à durer
Aguerris par des années de conflit, les combattants houthis peuvent tenir dans la durée avec leur arsenal.
« Ils ont déjà résisté à des campagnes aériennes extrêmement violentes menées par les Saoudiens, les Américains et les Israéliens », pointe April Longley Alley.
« Ils ont moins à perdre que les Saoudiens », selon elle, et « font probablement le calcul qu’ils peuvent tenir plus longtemps, parce qu’ils sont habitués à subir ces frappes ».