Une enfant palestinienne renversée par la voiture d‘un résident d’implantation, un témoin juif américain expulsé
L'enfant, âgé de 5 ans, a été hospitalisé ; la police a arrêté trois militantes des droits civiques juives américaines pour raisons politiques. L'une d'entre elles a été expulsée
Vendredi après-midi, une fillette palestinienne de 5 ans a été renversée par la voiture d’un Israélien sortant de l’implantation de Carmel, en Cisjordanie. Elle a été hospitalisée pour des blessures au visage.
La fillette, du nom de Siwar Salem Hthaleen, a été renversée par une voiture dans le hameau d’um al-Khair, dans les collines du sud d’Hébron, un foyer de résidents d’implantation activistes extrémistes. Elle est sortie de l’hôpital plus tard dans la journée après sept points de suture au visage, et se repose chez elle, a déclaré un habitant du hameau.
Dans un premier temps, le conducteur a pris la fuite sans attendre l’arrivée de la police, mais il s’est ravisé et est revenu, ont déclaré les militants des droits civiques témoins des faits, ajoutant que le conducteur n’avait pas été arrêté sur les lieux de l’accident.
La police a refusé de répondre aux questions du Times of Israel portant sur l’arrestation ou non du conducteur et son interrogatoire par les services de police. La police n’a pas indiqué si une enquête avait été ouverte, déclarant seulement que l’« examen préliminaire » des circonstances de l’accident avaient permis de conclure que le conducteur « n’était pas responsable », puisque la fillette de 5 ans « s’était jetée sur la route ».
Les trois activistes présents à Um al-Khair et témoins de l’accident, juifs américains, ont été arrêtés et interrogés au poste de police de Kiryat Arba.
La police a répondu aux questions sur cet accident en accusant les militants de s’être montrés violents et d’avoir endommagé la voiture du conducteur, sans preuves à l’appui ni les inculper au final.
L’une des militantes a été expulsée d’Israël après une audience devant l’Autorité de la population et de l’immigration du ministère de l’Intérieur pour infraction aux conditions de son visa touristique.
Le député du parti Les Démocrates, Gilad Kariv, président de la Commission de l’Alyah et de la Diaspora à la Knesset, a reproché à l’Autorité de la population et de l’immigration d’être « l’exécutant » en charge de l’expulsion des militants de gauche de Cisjordanie. Il s’agit là d’une allusion aux nombreux activistes des droits civiques, non violents et souvent Juifs américains, expulsés ou interdits d’entrée en Israël en raison de leurs activités. Il a de surcroît pressé les dirigeants juifs américains de prendre la parole sur ce point.
Le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, qui a autorité sur la police, avait clairement dit en octobre dernier que la police et l’Autorité de la population et de l’immigration avaient travaillé ensemble de façon à obtenir l’expulsion de militants.
L’accident de vendredi dernier a eu lieu sur une route située entre l’implantation de Carmel et Um al-Khair qui passe tout près d’une aire de jeux pour enfants.
Témoignant pour le Times of Israel, Avital Raff, 27 ans, militante de l’organisation Center for Jewish Nonviolence, a expliqué qu’elle venait de monter à bord de son véhicule pour quitter Um al-Khair lorsqu’elle a vu un véhicule sortir de Carmel et traverser le hameau palestinien à grande vitesse.
Hthaleen traversait la route lorsqu’elle a été renversée par la voiture. Raff dit avoir vu un morceau de la voiture se détacher après l’impact.
Elijah, un des militants présents lors de l’accident, assure avoir vu Hthaleen au sol, en train de hurler. Il se serait précipité auprès d’elle, l’aurait prise dans ses bras et conduite chez sa mère.
Dans une vidéo de l’accident, on voit le conducteur sortir de son véhicule avec un fusil d’assaut en bandoulière, et, après plusieurs minutes de conversation téléphonique, remonter dans sa voiture et repartir.
Selon Raff et Elijah, il serait revenu peu après. Selon la police, le conducteur a appelé les services d’urgence suite à l’accident.
Plusieurs militants, dont Raff et la militante expulsée, se sont positionnés à plusieurs reprises devant le véhicule du conducteur pour l’empêcher de repartir, mais le conducteur a renversé une des militantes, ce après quoi ils se sont écartés et il est reparti à bord de sa voiture.
Raff, Elijah et la troisième militante ont été conduits au commissariat de Kiryat Arba, où ils ont été interrogés, soupçonnés d’avoir endommagé la voiture du conducteur et troublé l’ordre public, accusation fourre-tout fréquemment utilisée par la police à l’encontre des militants des droits civiques.
Raf et Elijah se sont vus délivrer une ordonnance restrictive leur interdisant de se rendre dans la région des collines du sud d’Hébron pendant deux semaines, assortie d’une menace d’expulsion en cas de nouveaux troubles à l’ordre public.
La troisième militante, qui avait déjà reçu un avertissement de la police pour « troubles à l’ordre public », a été expulsée dimanche matin via le passage de Taba avec l’Égypte.
Lors d’une audience avec un agent de contrôle des frontières de l’Autorité de la population et de l’immigration, l’activiste a été interrogée sur ses convictions politiques, ses publications sur les réseaux sociaux et son activité avec le Center for Jewish Nonviolence.
L’officier en a conclu qu’elle avait enfreint les conditions de son visa touristique pour participer à des activités « liées à des organisations de nature militante et politique », et qu’elle était susceptible de participer à d’autres activités de nature à « troubler l’ordre public », ce qui l’a conduit à prononcer son ordre d’expulsion.
« C’est fou pour moi que le problème soit la question des dégâts sur le véhicule du conducteur et non le fait qu’une fillette de 5 ans ait été renversée par une voiture », a déclaré Elijah.
HORRIFIC: A video shows Sawar Salem Al-Hathaleen, a 5-year-old Palestinian girl from the village of Umm al-Khair in Hebron in the West Bank, after an Israeli settler ran over her in front of her home today and fled the scene.
She is now in the hospital receiving treatment, while… pic.twitter.com/k5QlTZXhXK
— Ihab Hassan (@IhabHassane) March 13, 2026
Il a ajouté que le policier qui l’avait interrogé ne lui avait posé aucune question sur les blessures de Hthaleen mais avait sondé ses convictions politiques, affirmant à un moment donné qu’il n’en aurait pas fait autant pour une fillette juive renversée par une voiture.
« C’est épouvantable que ce soit nous qui ayons été arrêtés, que le chauffeur soit tranquillement rentré chez lui pour passer Shabbat en famille et qu’il soit légal de renverser une fillette avec sa voiture sans encourir aucune conséquence », a ajouté Elijah.
Raff a dit que la police était « ravie de détenir des militants » et s’était félicitée de l’avoir fait.
Raff a également été questionnée sur des sujets politiques lors de son interrogatoire, pour savoir ce qu’elle pensait du boycott d’Israël et notamment du mouvement BDS, et des implantations israéliennes de Cisjordanie.
« J’ai dit que j’étais ici en tant que témoin d’un crime, mais ils cherchaient juste à pointer mes opinions politiques », a-t-elle déclaré.
Selon Kariv, le député de la Knesset, la seule raison de l’expulsion de l’activiste est son militantisme en faveur des droits civiques.
« Il s’agit d’une collaboration inappropriée entre la police et l’Autorité de la population et de l’immigration, laquelle agit dans les faits comme bras armé en charge de l’expulsion des militants juifs de gauche », a-t-il écrit sur X.
« Cela ne sert à rien. Ce n’est pas comme ça qu’ils feront taire la population israélienne et plus largement les Juifs qui voient la violence des résidents d’implantations », a-t-il poursuivi en ajoutant que sa Commission allait une fois de plus soulever la question.
La police a répondu : « Il s’agit d’un accident de la route dans lequel un premier examen a révélé que le conducteur n’était pas responsable, la fillette âgée de 5 ans s’étant jetée sur la route. Le conducteur s’est immédiatement arrêté, a appelé les services d’urgence et a proposé son aide. »
« Peu après les faits, des Palestiniens et trois militants étrangers ont troublé l’ordre public sur les lieux de l’accident, se sont montrés violents et ont endommagé le véhicule du conducteur. Ce qui explique qu’ils aient été arrêtés et interrogés », a ajouté la police en précisant que l’activiste expulsée avait déjà fait l’objet d’un précédent avertissement.