Une étudiante israélienne vole des objets à Auschwitz pour un projet artistique
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Une étudiante israélienne vole des objets à Auschwitz pour un projet artistique

Le musée porte plainte contre Rotem Bides, qui a reconnu avoir volé des objets… dont un panneau interdisant le vol

Extrait d'un article de Yedioth Ahronoth sur Rotem Bides, 27 ans, et certains des objets qu'elle a volés à Auschwitz, publié le 17 juillet 2017. (Crédit : Times of Israël)
Extrait d'un article de Yedioth Ahronoth sur Rotem Bides, 27 ans, et certains des objets qu'elle a volés à Auschwitz, publié le 17 juillet 2017. (Crédit : Times of Israël)

Le musée mémorial d’Auschwitz-Birkenau aurait porté plainte contre la petite-fille israélienne de survivants de la Shoah, qui a reconnu avoir volé des objets historiques du camp d’extermination pour un projet artistique.

La décision du musée a été prise au lendemain de la publication par le quotidien Yedioth Ahronoth d’un entretien avec Rotem Bides, 27 ans, dans lequel elle reconnaissait avoir volé des objets à Auschwitz pour son projet d’étude, pendant six voyages au camp d’extermination en Pologne.

« C’est un acte douloureux et scandaleux. C’est un site protégé et les preuves de la tragédie de la Shoah doivent être préservées pour les générations futures », a déclaré mercredi un porte-parole du musée, cité par Yedioth.

En plus de la décision attendue du musée, le Beit Berl College de Kfar Saba, où Bides est étudiante en art, a annoncé qu’il n’exposerait pas les objets volés à Auschwitz (l’exposition doit ouvrir la semaine prochaine), et qu’il organisera un conseil de discipline.

« J’ai eu le sentiment que c’était quelque chose que je devais faire, a-t-elle dit dans l’entretien de lundi. Des millions de personnes ont été assassinées à cause des règles morales d’un pays particulier, sous un régime particulier. Si ce sont les règles, je peux venir et agir selon mes règles. »

Bides, qui a indiqué que plusieurs de ses grands-parents étaient des survivants de la Shoah, dont l’un a survécu à Auschwitz, a ajouté avoir « toujours eu le sentiment que sa matière première était en Pologne, pas en Israël. »

Elle a ajouté n’avoir aucun regret d’avoir pris les objets, dont des tessons de verre, de petits bols de soupe, une vis, et un panneau indiquant qu’il était interdit de prendre des objets du musée. Elle a également pris de l’eau d’un lac dans lequel des cendres des Juifs assassinés ont été jetées.

Un ami de Bides du Beit Berl College a dit à Yedioth que même si « elle était vraiment inquiète » des conséquences potentielles des vols à Auschwitz, où plus d’un million de Juifs ont été assassinés pendant la Shoah, de son « point de vue, c’est un sens du devoir » et quelque chose qu’elle affronte dans sa vie et dans son art.

« Exposer ces objets en Israël, en particulier en tant que petite-fille de survivant du camp d’extermination d’Auschwitz, est une poursuite de sa recherche. Elle a mis cela sous le titre d’art et pose les questions difficiles », a ajouté l’étudiante, restée anonyme.

Michal Naaman, lauréate du Prix Israël 2014 qui était le professeur de Bides sur ce projet, a dit à Yedioth pourquoi l’art de son étudiante « l’intéressait de manière si inhabituelle. »

« Ce qui est intéressant, c’est qu’elle prend ceci à l’endroit le plus extrême, dans lequel elle sent le besoin de se choquer avant de choquer les autres, a dit Naaman. Elle n’est pas manipulatrice dans un sens désintéressé, elle ne cherche pas l’argent, le succès ou la gloire. Je fais bien sûr référence à l’acte de voler à Auschwitz. »

La décision du Beit Berl College de ne pas exposer les travaux de Bide et de la convoquer pour un conseil de discipline a été prise alors que le doyen de la faculté, Gabi Klezmer, avait initialement défendu Bides en invoquant la liberté d’expression.

« Chaque fois qu’un conflit se produit, nous revenons sur la base à savoir que le College est obligé de [défendre] la liberté créative et culturelle, les différences d’opinions et de points de vue, la multiplicité des voix et le pluralisme, avait-il dit à Yedioth. C’est à la fois riche et complexe. »

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