Une journaliste raconte le sauvetage de sa grand-mère des nazis dans un podcast
Rachael Cerrotti retrace le parcours de sa grand-mère qui a fui les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale dans un podcast de l'USC Shoah Foundation
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BOSTON — Pendant plus d’une décennie, Rachael Cerrotti a cherché des détails sur le sauvetage de sa grand-mère de la Shoah. Elle a maintenant rassemblé assez d’informations pour pouvoir créer un podcast basé sur son travail. Celui-ci sera publié par la Fondation de la Shoah USC. C’est la première fois que le témoignage d’un survivant constitue la thématique principale d’un podcast.
Née à Prague, Hana Dubova, qui appartenait à un groupe de jeunes sionistes, a fui les persécutions nazies. Elle a quitté sa patrie pour le Danemark à l’âge de 14 ans dans le cadre d’une mission de sauvetage de jeunes Juifs tchèques qui ont dû laisser derrière eux leurs parents. Peu après, ses proches ont été enfermés dans le ghetto de Terezin, à proximité de Prague.
Alors que Dubova fuyait au Danemark puis en Suède, sa famille souffrait dans le ghetto. Au final, ils ont été « réimplantés » à l’est, un euphémisme allemand pour l’extermination. Le lointain camp de la mort de Sobibor était la destination finale de leur train, et tous les proches de Dubova ont probablement été assassinés à leur arrivée.
Le podcast de Cerrotti sur sa grand-mère se compose de sept épisodes, pour un total d’environ quatre heures de programme. Les podcasts, sortis le 29 septembre, s’appellent « Nous partageons le même ciel », et se termineront en novembre avec la sortie de documents pédagogiques créés par « Echos et réfections », un programme éducatif sur la Shoah.
Dans un entretien avec le Times of Israël, Cerrotti s’est exprimée sur la dimension « réparatrice » de son podcast. Les souvenirs de sa grand-mère de l’époque de la guerre se concentrent principalement sur les personnes qui l’ont aidée à survivre. C’est surtout un sentiment de gratitude qui se dégage de la vie de Dubova, a déclaré Cerrotti, et non pas de colère.
Au cours de nombreux voyages de recherche en Europe, Cerrotti a visité les endroits et les personnes liés à la fuite de sa grand-mère. Elle a, par exemple, retrouvé et interrogé le fils d’un pêcheur danois qui a piloté le bateau de réfugiés de Dubova vers les côtes suédoises après qu’il se soit perdu en mer Baltique.
Tout en menant des recherches sur la vie de sa grand-mère, Cerrotti est passé par la douloureuse expérience du décès de son mari, en 2016. En ce sens, elle s’est retrouvée sur les pas de sa grand-mère non seulement littéralement, mais aussi comme une personne ayant subi une perte. La jeune veuve a puisé de la force de l’histoire de sa grand-mère puisqu’elle a été contrainte à rassembler les morceaux de sa propre vie pour leur donner du sens.
« L’histoire de ma grand-mère m’aide à comprendre ma propre histoire, a déclaré Cerrotti au sujet de Dubova, qui est morte en 2010. « Ce que j’ai appris de sa vie était comme un guide de voyage pour faire face à la vie, l’amour et la perte. »
Il y a cinq ans, Cerrotti a déménagé en Europe pour retracer le voyage de sa grand-mère pendant la guerre. Alors qu’elle a commencé le voyage « avec la perspective d’un reporter photographique », ses expériences l’ont conduite à s’immerger dans de nombreuses autres formes de narration.
Alors que la crise des réfugiés frappait l’Europe, Cerrotti a vu les gros titres des journaux avec des bateaux de migrants renversés, des corps rejetés sur des plages, et des immigrants diabolisés. Pour la première fois dans ses années d’étudiante et d’enseignante de la Shoah, Cerrotti a vu le passé rattraper le présent, a-t-elle dit.
Même si le témoignage de sa grand-mère pour la USC Shoah Foundation est au coeur du podcast, Cerrotti a dit que ses expériences en Europe se retrouvent au premier plan.
« J’essaie de raconter l’histoire de ma grand-mère tout en discutant de sa signification contemporaine », a déclaré la journaliste et l’éducatrice.
Cerrotti a, par exemple, retrouvé la maison en Suède où sa grand-mère a passé sa première nuit en tant que réfugiée en 1943. En entrant dans le bâtiment, Cerrotti a découvert que la structure était à nouveau occupée par de jeunes réfugiés qui ont fui leur patrie sans leurs parents – la majorité viennet de Syrie, d’Afghanistan et de Somalie.
« Certaines thématiques similaires faisaient surface ou refaisaient surface », a déclaré Cerrotti au sujet de ses voyages en plein pic de la crise des réfugiés en Europe. « Des personnes perdues en mer et essayant de trouver du secours. On peut entendre une de ces personnes dans le podcast », a-t-elle expliqué.
À la moitié du podcast, Cerrotti se rend sur le site de Sobibor, le camp de la mort nazi où plus de 200 000 Juifs ont été assassinés dans des chambres à gaz. Parmi les victimes, il y avait des proches de Cerrotti, dont la famille immédiate de sa grand-mère.
Selon Cerrotti, elle n’a jamais eu l’intention d’examiner en profondeur la vie de sa grand-mère. Le projet a plutôt évolué au fil du temps, en parallèle avec sa vie personnelle.
« J’en ai fait beaucoup sur l’histoire de ma famille en comparaison à la plupart des gens, a déclaré Cerrotti. Mais ce n’est pas comme si j’avais jamais dit ‘Je vais construire toute ma vie d’adulte en lien avec l’histoire de guerre de ma grand-mère’. »
La date de la sortie du podcast est importante pour Cerrotti. Comme en 1943, le 29 septembre de cette année tombe à la veille de Rosh HaShana. Il y a soixante-seize ans, c’est la nuit où des Juifs du Danemark ont « reçu le tuyau » sur le projet des nazis de les déporter.
Elément encore plus personnel pour Cerrotti, la date de sortie du podcast correspond également au troisième anniversaire de la mort de son mari.
« Pour passer du temps avec ceux qui ne sont plus là »
Cerrotti a rencontré Sergiusz “Sergio” Scheller en 2009 alors qu’ils étudiaient en Israël à l’université Hébraïque. Scheller était originaire de Pologne et quand Cerrotti est venue habiter en Europe en 2014 pour retracer l’histoire de guerre de sa grand-mère, ils ont commencé à sortir ensemble.
Originaire de la ville polonaise de Poznan, Scheller a apporté sa « perspective européenne » au travail de Cerrotti, a-t-elle expliqué. Orienté sur la famille et très curieux, il était très chaleureux et avait beaucoup d’humour. Quand ils sont tombés amoureux, la famille catholique de Scheller est devenue comme sa propre famille.
Tôt dans leur relation, Scheller a emmené Cerrotti à Auschwitz-Birkenau. Il y était déjà allé à plusieurs reprises, mais c’était la première visite de Cerrotti. Elle a été touchée par la manière dont il l’a guidée, a-t-elle dit, et par la manière dont il réfléchissait sur l’histoire.
« Il a compris ce que je faisais d’une manière que je ne comprenais pas moi-même, a déclaré Cerrotti. Il a pris à cœur ce qui s’est passé pendant la guerre. »
Quand le couple s’est marié, la fête s’est déroulée dans une ferme danoise liée au sauvetage de la grand-mère de Cerrotti. De cette manière et de plein d’autres, le projet mémoriel de Cerrotti et sa relation se sont entremêlés.
En 2016, Scheller est décédé après une crise cardiaque soudaine. En quelques minutes, la vie de Cerrotti a été changée à jamais.
« Je ne comprenais pas la douleur jusqu’à ce que Sergio meure, a déclaré Cerrotti. Toutes les paroles de ma grand-mère ont changé de sens après sa mort. J’ai pu comprendre sa vie de manière plus réelle et plus profonde. »
Avec l’apparition de Scheller dans le podcast, lui et la grand-mère de Cerrotti « renaissent et se renouvellent [après la mort], il s’agit pour moi de continuer à vivre avec eux », a-t-elle dit.
« Les neufs mois de préparation du podcast m’ont appris à passer du temps avec les gens qui ne sont plus ici. On va se coucher avec leurs voix dans la tête », a déclaré Cerrotti.
Ayant enseigné la Shoah à des lycéens pendant des années, Cerrotti pense que son rôle « est de faire ressentir les choses aux élèves, autant que de leur donner des informations ». Elle tente de donner aux étudiants un sens d’auto-détermination et la capacité à « se dresser » contre les persécutions.
« Ma grand-mère disait toujours aux gens qu’une communauté collective peut aussi sauver des vies, a déclaré Cerrotti. Pour elle, il était important de mettre en lumière une communauté collective comme celle des sauveteurs danois, en comparaison à la communauté collective allemande qui a perpétré la Shoah. »
la Communauté du Times of Israël !








