Une nouvelle guerre contre l’Iran n’est qu’une question de temps – experts israéliens
Alors que Benjamin Netanyahu et Donald Trump menacent Téhéran, une escalade serait inévitable en l'absence d'un règlement diplomatique, voire avant les élections israéliennes et américaines
JTA — Alors que Téhéran et Washington continuent de se lancer des menaces au sujet de la guerre non résolue au Moyen-Orient, le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu adressent à Téhéran des avertissements publics sans équivoque qui pourraient faire dégénérer ce conflit latent.
Dimanche, Trump a apporté son plein soutien à Netanyahu pour le poste de Premier ministre, estimant que son leadership était essentiel à toute nouvelle campagne contre la République islamique.
Un troisième porte-avions américain devrait arriver prochainement au Moyen-Orient, alors que tout porte à croire que Washington se prépare à une éventuelle reprise des hostilités, malgré les élections israéliennes du 27 octobre et les élections de mi-mandat américaines du 3 novembre qui approchent à grands pas.
Dans plusieurs interviews accordées notamment à la Quatorzième chaîne, Netanyahu a souligné que « si l’Iran commet une erreur et tente de nous attaquer, il commettra tout simplement l’erreur de sa vie ». Toutefois, il a ajouté qu’il n’était « pas opportun pour nous » que la guerre reprenne quelques semaines avant une élection nationale dans un pays où le vote par correspondance n’existe pas.
Trump, pour sa part, a déclaré aux journalistes à Atlanta la semaine dernière : « Attendez de voir ce que nous allons faire à l’Iran. »
Les experts israéliens ont averti qu’une reprise du conflit n’était qu’une question de temps, alors qu’un bras de fer se poursuit, l’Iran perturbant le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial. Dans le même temps, les États-Unis maintiennent leur pression économique sur Téhéran.
Les cours du pétrole ont augmenté de 46 % pour atteindre 104 dollars le baril depuis les attaques du 28 février, entraînant une hausse du prix de l’essence de 46 %, qui s’établit désormais à 4,36 dollars le gallon. Cette hausse pourrait inciter davantage Trump à frapper, ce qui relancerait la guerre qui avait été suspendue en avril.
« Sans règlement diplomatique, les risques d’escalade sont très élevés », a déclaré à la JTA Danny Citrinowicz, chercheur senior à l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS).
Trump n’a pas réussi à conclure un accord diplomatique. Téhéran et Washington affirment tous deux avoir remporté la guerre de deux mois qui s’est déroulée en début d’année. Dans les faits, cependant, le régime islamique est toujours au pouvoir, capable de compenser ses pertes dans les domaines nucléaire et des missiles balistiques, et continue d’exercer un certain contrôle sur le détroit. Tout cela rend difficile pour Israël et les États-Unis de montrer qu’ils ont gagné.
« Trump ne peut pas crier victoire pour l’instant, mais il ne peut pas non plus partir sans rien faire », a ajouté Citrinowicz, qui a également dirigé la branche iranienne du Directorat des Renseignements militaires de l’armée israélienne.
« D’un autre côté, les Iraniens ne peuvent pas laisser le blocus naval se poursuivre, ils continueront donc à attaquer les pétroliers. »
Avner Vilan, ancien haut responsable israélien de la sécurité et expert de l’Iran, a déclaré : « Trump a affirmé qu’il n’attaquerait pas avant les élections de mi-mandat, et je pense qu’il a de bonnes raisons de s’abstenir. »
Il a toutefois souligné que le risque d’escalade existait bel et bien. « Nous sommes dans une situation où les deux camps continuent d’exercer une pression l’un sur l’autre, sans qu’aucun accord durable ne soit en place », a-t-il déclaré.
« Tout le monde est à cran, et il suffirait d’un seul incident majeur pour que la situation devienne incontrôlable. »
Gil Murciano, président de Mitvim, l’Institut israélien pour les politiques étrangères régionales, a déclaré que l’impopularité de la guerre contre la République islamique d’Iran auprès de l’opinion publique américaine rendait moins probable une escalade initiée par les États-Unis avant les élections de mi-mandat. Un sondage du Pew Research Center publié la semaine dernière a révélé que 64 % des Américains désapprouvaient la manière dont Trump gérait l’action militaire américaine contre la République islamique.
Un sondage réalisé le mois dernier par l’INSS a révélé que les Israéliens sont divisés sur la question de savoir si le pays devrait lancer une frappe préventive contre l’Iran, les opposants étant légèrement plus nombreux que les partisans.
Selon le New York Times, des responsables de l’administration Trump auraient évoqué une campagne courte et intense d’environ trois jours, ciblant l’arsenal de missiles et de drones de l’Iran, éventuellement accompagnée de frappes contre des infrastructures énergétiques et le quartier général du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien.
Le magazine The Atlantic a rapporté que la Maison Blanche avait demandé au Pentagone d’élaborer des options de frappes contre des cibles iraniennes qui pourraient être mises en œuvre avant les élections de mi-mandat.
« Une campagne de trois jours qui inclurait, par exemple, une frappe sur le mont Kolang permettrait à Trump d’affirmer qu’il a anéanti le programme nucléaire iranien, remporté la guerre et mis fin au conflit », a déclaré Citrinowicz.
« C’est une option. Une autre consiste à frapper des infrastructures iraniennes. » Il a toutefois averti que même une campagne planifiée de trois jours pourrait conduire à une escalade beaucoup plus large et plus prolongée.
Murciano, de Mitvim, estime que le principal facteur susceptible d’amener les États-Unis et Israël à lancer une nouvelle campagne militaire est la crainte que « l’Iran puisse reconstituer sa capacité à produire des missiles sol-sol et rétablir ses capacités en matière de drones, de manière à pouvoir attaquer Israël et d’autres pays de la région, ainsi que renforcer sa capacité à perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ».
Il a ajouté qu’une autre préoccupation majeure pour Israël et les États-Unis est la possibilité que l’Iran réalise une percée décisive dans le développement d’une arme nucléaire.
Vilan, ancien responsable israélien de la sécurité, a souligné que les intérêts d’Israël ne coïncident pas entièrement avec ceux des États-Unis.
« Pour Israël, un Iran doté de l’arme nucléaire constituerait une menace stratégique majeure, et il ne faut pas permettre à l’Iran d’acquérir des armes nucléaires », a-t-il déclaré.
« Pour Trump, empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire est un objectif important, mais il souhaite également mettre fin à la guerre, rouvrir le détroit d’Ormuz et faire baisser les prix de l’énergie », a-t-il ajouté.
« Une nouvelle campagne militaire pourrait en réalité l’éloigner davantage de ces objectifs. »
Trump et d’autres responsables de son administration ont déclaré publiquement estimer que l’Iran se trouvait dans une position de faiblesse.
« Trump pourrait penser que l’Iran est si affaibli qu’une simple pression supplémentaire suffirait à le faire s’effondrer. Je pense que c’est une erreur », a déclaré Citrinowicz.
Les analystes estiment qu’une escalade est plus probable après les élections de mi-mandat.
Murciano a fait remarquer que si Trump perdait ces élections et se voyait privé de sa capacité à façonner la politique intérieure sans le contrôle du Congrès, il pourrait alors se concentrer sur la consolidation de son héritage en matière de politique étrangère.
Vilan a toutefois mis en garde : même si certaines des contraintes politiques pesant sur Trump pourraient s’atténuer après ces élections, cela ne rendrait pas pour autant une nouvelle campagne militaire contre l’Iran justifiée.
« Si l’objectif est de contraindre l’Iran à conclure un accord sur le nucléaire, il faut expliquer en quoi une nouvelle série de frappes permettrait d’atteindre ce que les précédentes n’ont pas réussi à faire », a-t-il déclaré.
« Il est difficile de voir en quoi une intervention militaire supplémentaire ferait évoluer la position de l’Iran. Si l’objectif est de renverser le régime, on ne voit pas non plus en quoi une nouvelle série de frappes permettrait d’y parvenir – et, en particulier, si cela pourrait être réalisé au cours des deux prochaines années, avant l’entrée en fonction d’un nouveau président à la Maison Blanche », a-t-il ajouté.
L’Iran pourrait également déclencher une escalade s’il estime qu’Israël ou les États-Unis s’apprêtent à l’attaquer, a noté Citrinowicz.
« Il ne veut pas être pris au dépourvu une troisième fois… Mais les Iraniens préfèrent tout de même une escalade progressive à une escalade de grande ampleur et immédiate », a-t-il ajouté.
« Le régime iranien est confronté à un dilemme. D’une part, la pression économique qui pèse sur lui est immense, et le temps ne joue pas nécessairement en sa faveur. D’autre part, il sait qu’une guerre totale pourrait menacer sa survie », a déclaré Vilan.
Un autre facteur susceptible d’entrer en jeu est celui des Houthis, ces terroristes yéménites soutenus par l’Iran, qui se sont emparés ces dernières semaines d’une partie importante du territoire le long de la côte de la mer Rouge, perturbant ainsi le trafic maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb et accentuant la pression sur l’économie mondiale.
« Les Houthis constituent un facteur très important dans le conflit régional, et leurs récentes avancées illustrent les limites de la supériorité militaire américaine », a ajouté Vilan.
Leur impact sur les perspectives d’une nouvelle campagne contre l’Iran pourrait être à double tranchant, a-t-il précisé.
« À mesure que la campagne au Yémen se complique, les Américains sont moins enclins à ouvrir un nouveau front. D’un autre côté, une escalade majeure de la part des Houthis pourrait entraîner les États-Unis dans un engagement militaire plus large, ce qui augmenterait le risque d’une escalade avec l’Iran. »
Parallèlement, les contacts diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent par l’intermédiaire de médiateurs. Selon le New York Times, la Maison Blanche estime que des progrès ont été réalisés dans les négociations.