Une première réunion du Comité technocratique de Gaza entâchée de craintes sur son pouvoir réel

Fort de 15 membres, le Comité s'est réuni avec Nikolay Mladenov, chargé d'en superviser le travail au nom du Conseil de la Paix ; selon lui, Israël l'empêche de recruter les fonctionnaires dont il a besoin

Illustration : des Palestiniens marchent au milieu des bâtiments détruits à Gaza-City, dans le nord de Gaza, le 15 janvier 2026. (Crédit : AP Photo/Jehad Alshrafi)

Ce jeudi, les membres du Comité national pour l’administration de la bande de Gaza ont tenu leur toute première réunion au Caire, a déclaré un diplomate arabe au Times of Israel.

Composé de 15 technocrates palestiniens et placé sous l’autorité de l’ex-vice-ministre de l’Autorité palestinienne Ali Shaath, le Conseil a reçu la visite de Nikolaï Mladenov, qui aura pour mission de superviser le travail réalisé par le groupe au nom du Conseil de la paix dirigé par le président américain Donald Trump.

Le Conseil s’est par ailleurs entretenu par FaceTime avec Jared Kushner et Steve Witkoff, proches collaborateurs de Trump en charge de la politique de l’administration sur Gaza, a précisé le diplomate.

Avec le concours de divers acteurs de la région, Mladenov tente d’atténuer les effets de la crise humanitaire à Gaza afin d’asseoir au plus vite la légitimité du Comité national pour l’administration de la bande de Gaza, a poursuivi le diplomate avant d’ajouter que ses efforts se heurtaient à une opposition israélienne.

« Le Comité technocratique ne rassemble que 15 personnes. Il leur faut des fonctionnaires. Mais pour l’heure, Israël dit non à ceux qui viennent du Hamas et à ceux qui viennent de l’AP », a ajouté le diplomate arabe.

« C’est pareil pour la police. Si Israël refuse ceux qui sont liés à l’AP, il ne restera que ceux qui sont payés par le Hamas », a souligné le diplomate arabe.


La relation qu’entretiennent le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’AP est des plus conflictuelles : le gouvernement israélien, qui compare régulièrement l’organe dirigeant de Ramallah au Hamas, lui a confisqué des milliards de dollars qui lui sont dûs, au motif qu’il incite aux provocations et à l’opposition à Israël.

Un responsable américain a confirmé que les autorités israéliennes étaient même opposées à l’implication de membres de l’AP à des niveaux inférieurs, tout en ajoutant que la question serait réexaminée dans les prochaines semaines et que la réunion du Caire avait surtout eu vocation à « donner le ton pour le travail à venir ». Selon lui, si les médiateurs progressent sur la voie du désarmement du Hamas — ce que Washington estime possible — Israël se montrera plus flexible quant-au rôle de l’Autorité palestinienne à Gaza.

Mais de l’aveu des responsables américains, lors d’un point presse mercredi, les discussions avec le Hamas sur le désarmement n’en sont qu’à leurs balbutiements.

Le diplomate arabe a noté que le Comité national pour l’administration de la bande de Gaza aura plus de marge de manœuvre une fois que le Conseil de la paix, chargé de superviser l’organe technocratique, sera dévoilé, ce que les États-Unis comptent faire la semaine prochaine, en marge du Forum économique mondial de Davos.

Le vice-président de l’Autorité palestinienne Hussein al-Sheikh rencontre le haut représentant du Conseil de paix Nikolay Mladenov à Ramallah, le 9 janvier 2026. (Crédit : Hussein al-Sheikh/X)

Le mois dernier, le Times of Israel avait rapporté que les États-Unis avaient informé leurs interlocuteurs qu’ils avaient obtenu des engagements de la part de l’Égypte, du Qatar, des Émirats arabes unis, du Royaume-Uni, de l’Italie et de l’Allemagne et que les dirigeants de ces pays allaient se joindre à Trump au sein de ce Conseil de la Paix.

Les États-Unis aimeraient convaincre deux fois plus de chefs d’Etat mais le succès est encore mitigé, a déclaré la semaine dernière un haut diplomate arabe, ajoutant que Washington envisageait de faire entrer au Conseil les présidents de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et du Forum économique mondial.

Mercredi, lors d’un point avec la presse, un membre des autorités américaines s’est montré optimiste quant à la composition du Conseil de la Paix, affirmant que Trump avait personnellement participé à la sélection des personnes invitées à y siéger avec lui et que les invitations étaient parties le jour-même dans « de nombreux pays », avec de « nombreuses réponses ».

Au sujet du Comité national pour l’administration de la bande de Gaza, le responsable américain a indiqué que l’identité des 15 membres serait révélée dans les tout prochains jours. Tous sont originaires de Gaza, qui sera le siège du Conseil, mais certains de ses membres ne vivent plus dans la bande.

L’ancien vice-ministre des Transports de l’Autorité palestinienne Ali Shaath, sur une photo non datée. (Crédit : Autorisation)

Shaath, par exemple, vit en Cisjordanie et il a dû se rendre à la réunion du Caire jeudi en passant par la Jordanie. Selon l’information donnée par un responsable palestinien au Times of Israel, ce mercredi, il a été retenu pendant plus de six heures par les autorités israéliennes au niveau du passage d’Allenby, en Cisjordanie, signe selon lui de la volonté israélienne de saboter le travail de ce Conseil technocratique, et symbole de l’étendue du contrôle par Israël de la vie des Palestiniens.

Le porte-parole de l’Autorité israélienne de la population et de l’immigration a refusé de répondre aux demandes de commentaires.

Pour sa première interview en tant que président du Comité national pour l’administration de la bande de Gaza, Shaath a déclaré à une station de radio palestinienne que la priorité absolue du Conseil était d’apporter des solutions de relogement temporaire à la majorité de la population de Gaza, qui compte deux millions de personnes déplacées par la guerre.

Un campement de tentes pour les Palestiniens déplacés s’étend dans le quartier de Zeitoun, à Gaza-City, le mercredi 14 janvier 2026. (Crédit : Jehad Alshrafi/AP)

Des centaines de milliers d’entre eux vivent sous des tentes, dont beaucoup n’ont pas résisté aux intempéries hivernales.

Shaath a fait savoir que le prochain objectif du Comité consisterait à remettre en état les infrastructures de base, puis à reconstruire les logements et autres bâtiments.

Quant-aux importantes quantités de décombres laissées par les destructions à Gaza, Shaath a évoqué l’idée de les mettre dans la mer méditerranée toute proche de façon à libérer des surfaces constructibles.

Selon Shaath, qui est ingénieur civil de formation, le déblaiement pourrait être achevé d’ici trois ans et la reconstruction complète de Gaza pourrait être terminée d’ici sept ans.

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