Une prof de l’Université de Californie vue en train de former ses étudiants à s’opposer au projet de loi sur l’antisémitisme
Dans une vidéo, on voit Melina Abdullah, professeure et militante de l'université de Los Angeles, parler de révolution violente aux États-Unis et dire à ses étudiants que les intérêts israéliens ont perverti le Congrès
En Californie, une éminente professeure d’une université publique a formé ses étudiants à s’opposer à un projet de loi de l’État sur l’antisémitisme en leur disant que les intérêts israéliens avaient perverti le gouvernement américain, comme on peut le voir dans une vidéo diffusée cette semaine.
L’université s’est déclarée informée des faits et avoir ouvert une enquête.
Le cours de la professeure Melina Abdullah, membre de la California State University de Los Angeles, donne une idée de la manière dont sont enseignées les questions liées à Israël par cette universitaire de renom, le plus souvent hors de la vue du public, au moment-même où l’administration Trump réprime durement l’antisémitisme et l’activisme anti-israélien sur les campus.
Selon le site Internet de l’université, Abdullah est professeure au département d’études panafricaines de l’université dont elle a un temps assuré la direction et cofondatrice du mouvement Black Lives Matter, dont elle dirige la branche de Los Angeles et continue de s’impliquer dans sa direction nationale.
Cornel West, universitaire et militant social de renom, en avait fait sa collistière lors de sa campagne présidentielle, en 2024.
C’est en septembre, sur sa page YouTube personnelle, qu’Abdullah a diffusé en direct la vidéo de ce cours présenté comme faisant partie d’un cycle « Race, activisme et émotions ».
La vidéo est passée inaperçue jusqu’à ce qu’elle soit reprise par l’AMCHA Initiative, une organisation à but non lucratif qui lutte contre l’antisémitisme au sein des universités américaines, et partagée avec The Times of Israel.
Selon Tammi Rossman-Benjamin, directrice de l’ AMCHA Initiative qui suit de près les activités d’Abdallah, elle est un « pilier dans le domaine des études ethniques en Californie » et « une personnalité très puissante » qui « a un énorme mouvement derrière elle. »
Dans la vidéo, Abdallah dénonce un projet de loi de l’État de Californie – le projet AB 715 – destiné à lutter contre l’antisémitisme dans les établissements d’enseignement publics.
Adoptée en octobre dernier, cette loi a créé un Bureau des droits civiques et un coordinateur chargé de la prévention de l’antisémitisme dans les établissements scolaires, de la maternelle à la terminale, et mis en demeure les districts scolaires d’enquêter et prendre des mesures contre les contenus discriminatoires au sein des établissements, a déclaré le gouverneur de Californie, Gavin Newsom.
Des organisations juives ont soutenu ce projet de loi, mais des organisations progressistes s’y sont opposées, estimant qu’elle portait atteinte à la liberté académique.
[Dans cette vidéo], Abdallah parle à ses étudiants de son propre activisme contre ce « terrible projet de loi », qu’elle assimile aux mesures répressives de l’administration Trump contre les « étudiants manifestants ». Ce projet de loi est une initiative de l’État californien, et non fédérale.
« Les gens qui font cela sont eux-mêmes des antisémites. Ils n’ont rien à faire de l’antisémitisme », affirme-t-elle. « Donald Trump n’a rien à faire de l’antisémitisme. Il est lui-même antisémite. »
« Ils profitent de cela pour criminaliser l’enseignement de la vérité », poursuit-elle avant d’ajouter que les promoteurs de ce projet de loi sont, selon elle, « deux députés de l’État, des sionistes » et que la loi est « raciste et anti-syndicale ».
Les opposants à l’administration Trump, à commencer par certains responsables juifs, ont critiqué les mesures prises par l’administration Trump pour lutter contre l’antisémitisme, parfois qualifiées de prétexte pour s’en prendre à des opposants de gauche sur les campus.
Certains dirigeants juifs ont fait part de leur inquiétude face aux tactiques autoritaires de l’administration, alors même s’ils sont favorables à la lutte contre l’antisémitisme, au motif que des mesures telles que l’arrestation de manifestants sont de nature à éroder des droits civiques qui, au fil de l’histoire, ont servi à protéger les Juifs.
Toutefois, ces débats sont restés cantonnés sur les campus alors que la loi AB 715 concerne les maternelles, les écoles primaires et les lycées.
En septembre dernier, la California State University à Los Angeles avait déclaré faire l’objet d’une enquête des autorités fédérales pour antisémitisme.
[Dans la vidéo], Abdallah assure « tous [s]es amis juifs » se sont opposés au projet de loi.
« Ils sont contre la guerre à Gaza et contre Israël et le génocide qu’ils commettent », poursuit-elle.
« Ils croient qu’on ne peut pas être un Juif épris de justice et accepter le massacre des centaines de milliers de personnes », ajoute-t-elle. « Le fait de parler de génocide, de peuple juif, cela devrait pousser les Juifs à s’opposer au génocide parce qu’ils ont subi leur propre génocide. »
Le cours [enregistré en vidéo] a eu lieu après le vote par la Chambre de l’État de Californie de l’AB 715, mais avant sa promulgation par Newsom. Abdallah y encourage les étudiants à demander à Newsom de ne pas le promulguer.
« Tous les syndicats sont contre l’AB 715, mais nous n’avons pas pu contrer l’influence du lobby israélien », affirme-t-elle.
« Nous pouvons pousser Gavin Newsom à s’opposer à la 715 : si vous êtes d’accord, vous pouvez dès maintenant vous rendre sur tinyurl.com/veto715 », dit-elle en épelant l’adresse du site Internet que ses étudiants prennent en note.
« Vous pouvez signer cette pétition pour qu’il s’oppose à l’AB 715 », poursuit-elle. « L’AB 715 s’en prend tout particulièrement aux musulmans. C’est une des choses que vous pouvez faire. »
Conformément à la loi de l’État, le règlement intérieur de la California State University interdit à ses employés de « soutenir ou s’opposer à un candidat politique ou à une question examinée par le corps électoral de l’État » sur des ressources de l’État telles que les installations publiques.
Le porte-parole de l’université, Erik Frost Hollins, a déclaré : « Nous sommes conscients du problème et nous examinons la question. »
Abdallah n’a pas répondu aux demandes de commentaire.
[Toujours dans la vidéo], Abdallah explique à ses étudiants que les intérêts israéliens ont pris le contrôle du Congrès via le Comité des affaires publiques américano-israélien (AIPAC).
« Ces idiots n’apprécient même pas les Juifs. Vous avez déjà entendu un vieux Blanc de Caroline du Sud dire qu’il aime les Juifs ? Non. En plus du drapeau américain, ils ont ce fichu drapeau israélien », affirme-t-elle. « Ils ne sont pas supposés travailler pour Israël. »
« L’AIPAC a acheté presque tous les membres du Congrès », poursuit-elle.
« Rappelez-vous que nous pensons vivre dans un pays avec des élections libres et équitables. Elles ne le sont pas », assure-t-elle.
Selon les défenseurs de la communauté juive, ces critiques débridées de l’AIPAC s’appuient sur des théories complotistes antisémites anciennes qui veulent que les Juifs tirent les ficelles du pouvoir, que leur richesse et leur influence leur serve à corrompre et qu’ils soient la proie d’un conflit de loyauté.
Le cours d’Abdallah comporte plusieurs inexactitudes, à commencer par l’exagération du nombre de morts à Gaza – elle parle « de centaines de milliers » alors même que le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, parle de moins de 70 000 victimes. Elle exagère en outre les dépenses faites par l’AIPAC lors des élections au Congrès, à commencer par l’élection à New York, l’an dernier, qui s’est jouée entre Jamaal Bowman et George Latimer, dans laquelle l’AIPAC a en effet investi beaucoup d’argent.
Elle affirme par ailleurs à tort que l’adversaire de Bowman était le Représentant américain Ritchie Torres, alors que c’était Latimer, et assure que le district de Bowman était Brooklyn, alors qu’il s’agissait du comté de Westchester, avec une toute petite partie du Bronx.
En outre, elle présente l’AIPAC comme étant l’ « American Israel Political Action Committee », alors qu’il s’agit de l’American Israel Public Affairs Committee, et affirme, à tort, que le drapeau israélien est « le seul drapeau qu’il est criminel de brûler ».
Il est en effet légal, aux États-Unis, de brûler le drapeau israélien, à l’instar de tous les autres drapeaux. Le mensonge selon lequel il serait illégal de brûler le drapeau israélien provient d’une campagne de désinformation d’extrême droite fondée sur la déclaration d’un juge, dans une affaire civile, cette année, qui n’a pourtant pris aucune mesure relative au fait de brûler des drapeaux.
Tout comme la question des drapeaux, la focalisation d’Abdallah sur l’AIPAC relaie des arguments d’extrême droite venus de personnalités telles que la Représentante Marjorie Taylor Greene, critique régulière de l’AIPAC qui a déclaré qu’Israël avait « le contrôle sur presque tous [s]es collègues ».
Le cours d’Abdallah illustre la façon dont la critique universitaire d’Israël se mêle aux arguments d’extrême gauche. Après le point sur l’AIPAC et le projet de loi contre l’antisémitisme, les étudiants ont évoqué le meurtre récent du conservateur Charlie Kirk, l’un d’entre eux se réjouissant ouvertement de sa mort, un autre exprimant de la sympathie pour lui et Abdullah concluant : « Je me contrefiche » de cet assassinat.
Le cours se termine par un débat sur le texte à lire par les étudiants, « Blood in My Eye », manifeste politique sur la révolution violente aux États-Unis – comme par exemple l’usage de lance-flammes contre les forces de police – qui invite ses lecteurs à « accepter l’éventualité de mettre les États-Unis à genoux ».
Abdallah explique ne pas être « pas mal à l’aise » avec la radicalité du livre avant d’ajouter qu’elle « n’en dira pas plus en direct ». Elle évoque « la fin du colonialisme et du capitalisme suprémaciste blanc » et affirme que le gouvernement américain est fasciste, en guerre contre des groupes minoritaires, dont les femmes et tant d’autres.
« Pour nous, les personnes opprimées, il n’y a rien de plus dangereux que de faire semblant de vivre en paix alors qu’on nous a déclaré la guerre », conclut Abdallah.