Une requête contre le désinvestissement d’Israël présentée dans le Massachusetts

Le responsable d’un groupe opposé à cette mesure, qui interdirait à Somerville de traiter avec des entreprises soutenant des violations présumées du droit international par Israël, affirme que 'cela donne aux Juifs le sentiment de ne pas être les bienvenus'

Photo d’illustration : un manifestant de Somerville, dans le Massachusetts (au premier plan), se joint à d’autres manifestants pro-palestiniens et anti-israéliens qui brandissent des pancartes devant le domicile de la sénatrice américaine Elizabeth Warren, lors d’une manifestation organisée le 19 novembre 2023 à Cambridge, dans le Massachusetts, pour réclamer un cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza. (Crédit: AP/Steven Senne)

SOMERVILLE, Massachusetts (JTA) — La question du désinvestissement d’Israël est revenue, mardi dans la soirée, devant le conseil municipal de Somerville, dans le Massachusetts, alors que les élus prévoyaient de discuter de la manière de mettre en œuvre une question référendaire non-contraignante sur le sujet, qui a été adoptée l’année dernière.

Cette campagne de désinvestissement a divisé la ville, qui compte plus de 84 000 habitants et qui accueille une communauté juive de longue date. Elle est située entre Cambridge, où se trouve l’université de Harvard, et Medford, localité avec laquelle elle partage le campus de l’université Tufts.

Après l’adoption, au mois de novembre 2025, de la question référendaire numéro 3 qui portait sur le désinvestissement d’Israël – elle avait recueilli 55,7 % des voix – le conseil municipal avait approuvé dans la foulée une résolution qui s’engageait à œuvrer à l’élaboration, dans un délai d’un an, d’un arrêté contraignant susceptible d’ouvrir la porte à la mise en œuvre des objectifs du référendum.

Une première ordonnance, qui a été présentée au mois de juin dernier, interdirait à la ville d’investir dans des entreprises ou de s’approvisionner en main-d’œuvre, en services ou en biens auprès d’entreprises qui soutiennent des entités qui, selon l’ordonnance, violent le droit international, y compris Israël.

Contrairement à la proposition de désinvestissement qui doit faire l’objet d’un vote au mois de novembre prochain à Providence et contrairement à l’ordonnance contraignante de désinvestissement qui avait été adoptée au nom des droits de l’Homme par le conseil municipal de Medford en 2025, l’ordonnance de Somerville mentionne spécifiquement Israël et la Palestine.

En réponse à cette initiative prise en faveur d’une ordonnance contraignante, 74 électeurs inscrits à Somerville avaient déposé une requête demandant la tenue d’une audience, qui avait eu lieu en septembre, avant que la décision finale ne soit prise. Ils avaient alors invoqué des inquiétudes quant à son impact sur la ville.

La question a désormais été transmise à la commission des affaires législatives de la ville, qui s’est réunie mardi dans la soirée.

Parmi les groupes qui s’opposent au désinvestissement, Shalom Somerville, qui a déposé la requête du mois de septembre en affirmant que « le sentiment d’appartenance et de sécurité éprouvé par les résidents juifs, israéliens et d’autres origines diverses » était menacé par cette ordonnance.

Sam Gechter, cofondateur et président de Shalom Somerville, a fait remarquer que l’ordonnance visait spécifiquement les Juifs qui soutiennent Israël, ce qui la rend antisémite. Le conseiller juridique adjoint de la ville, David Shapiro, a également indiqué, au mois de novembre 2024, qu’une telle ordonnance serait probablement « invalide », selon un courrier transmis par l’Anti-Defamation League (ADL) et par le Centre Louis D. Brandeis pour les droits de l’Homme.

« Je trouve cela incroyablement irresponsable », a commenté Gechter qui a laissé entendre que l’ordonnance ralentirait l’action des pouvoirs publics. « Mais le plus grave pour moi, c’est que cela donne aux Juifs le sentiment de ne pas être les bienvenus à Somerville ».

Une organisation locale, Somerville for Palestine (S4P), a été, avec d’autres, à l’origine de la question référendaire et de l’ordonnance, que le groupe a élaborée en collaboration avec les conseillers municipaux à l’origine de l’initiative : Ben Ewen-Campen, Ben Wheeler, Wilfred N. Mbah et Jon Link. « C’est ce pour quoi les gens ont voté », a dit Mo Katz-Christy, membre de la direction de S4P et du Caucus juif. « Nous voulons respecter la volonté de la population. »

L’ADL a publié un communiqué condamnant l’ordonnance au mois de juin. Avec le Brandeis Center, elle a diffusé une lettre qui estimait que cette proposition était une ingérence inconstitutionnelle dans les affaires étrangères.

D’autres organisations juives n’ont pas partagé le même avis. Jewish Voice for Peace Boston a travaillé en étroite collaboration avec S4P en soutien à ces mesures.

« Je ne pense pas que ces objections soient fondées », a expliqué Eli Gerzon, membre de longue date de JVP. « En tant qu’organisation juive, nous tenons particulièrement à ce que ‘Plus jamais ça’ signifie réellement ce que cette formule veut signifier : ‘Plus jamais ça’. A savoir que nous ne laisserons jamais un Holocauste, un génocide, se produire ».

read more: