Une veste Shein livrée en Israël dépasse de 3 269 fois les normes chimiques de l’UE – enquête
Greenpeace teste 56 articles fournis par la plateforme chinoise et constate que 4 articles sur 5 livrés en Israël contiennent des substances dangereuses
Une veste expédiée en Israël par Shein, le site de mode en ligne le plus fréquenté au monde, contenait 3 269 fois la limite autorisée d’un groupe de produits chimiques liés au cancer, aux troubles de la reproduction, aux problèmes de développement chez les enfants et à des dommages au système immunitaire, selon une enquête menée par l’organisation environnementale Greenpeace.
Les niveaux de PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) ont été mesurés à 850 milligrammes par kilogramme de tissu, bien au-dessus des 0,26 mg/kg autorisés par la réglementation européenne.
Greenpeace a fait analyser en Allemagne 56 articles de prêt-à-porter provenant de huit pays, dont Israël, afin d’y détecter des substances dangereuses.
Sur les cinq articles achetés en Israël, quatre contenaient des substances nocives, et deux dépassaient les limites fixées par le règlement européen sur les produits chimiques (REACH).
Outre la veste, une paire de sandales pour femmes contenait des niveaux excessifs de phtalates, utilisés comme plastifiants. Ces substances sont associées à des perturbations hormonales et à des problèmes de croissance, de fertilité et de développement chez les enfants. Elles sont également toxiques pour le milieu marin.
Sollicité pour réagir, Shein n’avait pas répondu au moment de la publication.
Greenpeace a acheté 56 articles auprès de la société chinoise dans huit pays cette année : Israël, Allemagne, Portugal, Suisse, Autriche, Suède, Espagne et Thaïlande.
Les produits ont ensuite été envoyés à l’Institut environnemental de Brême, en Allemagne, pour analyse. Le laboratoire a recherché différents produits chimiques selon le matériau de chaque article.
Selon le rapport publié dimanche, 18 articles testés (32 %) contenaient des substances dangereuses dépassant les normes européennes, et ce malgré les engagements volontaires de l’entreprise à améliorer le contrôle des produits chimiques.
Les PFAS, appelés « produits chimiques éternels » en raison de leur persistance dans l’environnement, sont utilisés pour rendre les vêtements résistants à l’eau et à la saleté.
Lorsqu’ils sont lavés ou jetés, ils se dégradent lentement et contaminent l’eau, le sol et la chaîne alimentaire.
Les consommateurs y sont exposés par contact cutané, par la sueur ou par inhalation de fibres.
Des niveaux excessifs de phtalates ont été détectés dans 14 articles, dont les sandales achetées en Israël.
Par ailleurs, des métaux lourds tels que le plomb et le cadmium ont été détectés dans 28 articles, dont trois achetés en Israël. Deux d’entre eux, achetés en dehors d’Israël, dépassaient les limites autorisées.
Dans un communiqué, Greenpeace a indiqué qu’Israël était en voie d’adopter la réglementation européenne REACH, qui signifie « enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques ». L’organisation a toutefois ajouté que le mécanisme réglementaire chargé de sa mise en œuvre était « bloqué », entraînant « d’importantes lacunes réglementaires et un manque d’informations sur les substances chimiques présentes dans les produits importés en Israël et leurs effets ».
Neta Shalit, responsable des affaires consuméristes chez Greenpeace Israël, a déclaré que Shein incarnait « un système défaillant de surproduction et de surconsommation, de cupidité et de pollution de la planète ».
Elle a ajouté que « pour mettre fin au flot de vêtements et exiger enfin des fabricants qu’ils assument leurs responsabilités, nous avons besoin de lois strictes contre la mode éphémère, afin de protéger les consommateurs israéliens ».
Ces lois rendraient les fabricants et importateurs de textiles responsables du cycle de vie de leurs produits, y compris de la collecte et du recyclage en fin de vie, et obligeraient toutes les plateformes en ligne vendant directement aux Israéliens à se conformer à la réglementation européenne sur les produits chimiques.