UNICEF : appels à évincer la chanteuse Pink après des propos sur Macklemore

Une pétition a récolté 200 000 signatures suite aux déclarations de la star de la pop juive contre l'utilisation par Macklemore de « violentes images de guerre » sur scène

La maîtresse de cérémonie Pink prenant la parole lors de la 79ᵉ cérémonie des Tony Awards, s’exprimant au Radio City Music Hall de New York, le 7 juin 2026. (Crédit : Charles Sykes/Invision/AP)

JTA — La chanteuse pop Pink fait face à des appels de plus en plus pressants — y compris de la part de l’acteur espagnol oscarisé Javier Bardem — en faveur du retrait de son statut d’ambassadrice auprès de l’UNICEF, l’agence des Nations unies spécialisée dans l’aide aux enfants et aux mères.

Pink avait critiqué les propos et l’imagerie pro-palestinienne utilisés par Macklemore, qui avait fait la première partie de la tournée d’Ed Sheeran. Suite à cela, les salles de concert se sont opposés à sa venue et le rappeur a été évincé de la tournée avant d’organiser sa propre tournée baptisée « Free Palestine », dont les trois premières dates le conduiront à Dublin, Paris et Londres à partir du 26 octobre, avant d’autres dates à venir aux États-Unis.

« Tous les bénéfices iront à des organisations qui aident le peuple et les mouvements palestiniens », a-t-il déclaré. Jewish Voice for Peace, un groupe anti-sioniste, fait partie des organisations mentionnées sur le flyer de la tournée.

La pétition contre Pink déclare : « En notre qualité d’individus profondément soucieux du bien-être des enfants dans le monde, nous devons exiger des ambassadeurs de l’UNICEF qu’ils respectent les standards les plus stricts en matière de neutralité et de compassion. » Elle est l’oeuvre de l’organisation Swifties Against Genocide et a recueilli plus de 192 000 signatures.

M. Bardem, qui s’est montré très actif en matière de soutien aux Palestiniens, a partagé la pétition sur son compte Instagram cette semaine.

« Les enfants palestiniens, comme tous les enfants touchés par un génocide, méritent des ambassadeurs qui leur apportent une aide et une empathie sans équivoque », lit-on dans cette pétition.

L’UNICEF n’a pas répondu à la demande de commentaire de la Jewish Telegraphic Agency.

Pink, dont le vrai nom est Alecia Beth Moore-Hart, a évoqué son travail d’ambassadrice de l’UNICEF dans une longue publication sur Instagram, ce mois-ci, suite aux propos de Macklemore.

Des manifestants pro-palestiniens brandissent des pancartes lors d’une manifestation « Free Palestine » avant un concert d’Ed Sheeran à Philadelphie, le 19 septembre 2026. (Photo AP/Allie Ippolito)

« Cela fait une dizaine d’années que je suis ambassadrice de l’UNICEF en faveur de tous ces enfants qui n’ont rien fait pour naître dans un pays en guerre. J’ai de la peine pour chacun de ces enfants, d’un côté comme de l’autre de la frontière », avait écrit Pink à l’époque, avant d’ajouter que Macklemore avait projeté à l’écran de « violentes images de guerre et dédié des chansons à des organisations de son choix avant de reprendre le micro et de dire à tous les Juifs du stade que ce n’était pas contre eux. »

Macklemore a précisément dit au public : « À tous mes frères et sœurs juifs : la critique d’Israël, la critique de l’apartheid, le fait d’être contre le génocide ne constituent en aucun cas une critique à votre égard. »

« Ce n’est pas à vous d’en décider », avait répondu Pink dans sa publication.

Cea avait été ce commentaire, et non l’utilisation par Macklemore de l’expression « Free Palestine », qui avait poussé Pink à intervenir, avait-elle souligné.

Ed Sheeran (à gauche) pose pour les photographes à son arrivée pour la première du film « F1 The Movie » le 23 juin 2025 ; Macklemore sur scène lors du festival de musique South by Southwest, le 17 mars 2023, à Austin, au Texas. (Scott A Garfitt/Invision/AP, Jack Plunkett/Invision/AP)

Elle était intervenue dans un premier temps en partageant une publication du compte StopAntisemitism, laquelle reprochait à Macklemore d’embrigader ses fans à grand renfort de « propagande anti-Israël ». Cela lui avait valu des réactions négatives et Pink avait alors diffusé sa propre déclaration, affirmant que l’on présumait de ses convictions du seul fait qu’elle était juive.

« Je suis née juive. Je ne l’ai pas choisi, et je ne l’ai jamais caché », avait-elle écrit. « Et cette semaine, un grand nombre de personnes ont décidé de ce que je croyais sans rien me demander, sans vérifier ce que j’avais pu dire ou faire ; manifestement, pour eux, un partage et le mot « Juif » suffisent. »

Dans sa publication, Pink avait écrit qu’elle ne « parlait pas au nom d’Israël, ni d’un quelconque gouvernement précis », et que « les Palestiniens méritaient un futur à la hauteur de ce qu’ils sont et de leurs aspirations ». Elle avait déploré l’utilisation du mot « « Sioniste », craché comme si c’était une insulte ».

Elle avait également écrit qu’elle n’avait jamais demandé à ce que Macklemore soit exclu de la tournée, ce que certains lui avaient pourtant reproché.

« Je n’ai jamais demandé et ne demanderai jamais à ce qu’un artiste soit réduit au silence », avait-elle écrit. « Je n’ai pas besoin que des gens perdent leur travail, je ne veux pas me venger. Ce dont j’ai besoin, c’est de pouvoir dire, en tant que mère juive, « cela m’a fait peur, et cela a fait peur aux personnes que j’aime », sans qu’on me dise que notre peur n’est que de la propagande, et sans qu’on me dise que je suis d’une façon ou d’une autre favorable au génocide, tout ça parce que cela m’a affectée. »

La pétition en faveur de l’éviction de Pink avait été publiée le jour où elle avait mis en ligne sa déclaration : depuis, elle a recueilli près de 200 000 signatures. Selon cette pétition, ses propos « alimentent le conflit et les luttes pour la visibilité et l’empathie », et le retrait de sa charge d’ambassadrice de bonne volonté « réaffirmerait l’engagement de l’UNICEF envers l’impartialité et son dévouement envers tous les enfants, sans distinction de nationalité ou d’origine. »

Bardem et son épouse, l’actrice Penelope Cruz, avaient fait face à des menaces de boycott en 2014 après avoir signé une lettre ouverte condamnant Israël pour sa conduite lors de sa guerre contre le Hamas, cette année-là. Bardem avait particulièrement suscité l’indignation en déclarant en outre : « Je ne comprends pas cette barbarie, d’autant plus brutale et incompréhensible du fait de toutes les atrocités que le peuple juif a connues par le passé. »

Penelope Cruz et lui étaient par la suite rapidement revenus sur leurs propos.

Megan Thee Stallion, à gauche, et l’animatrice Pink se produisent à l’occasion de la 79e cérémonie des Tony Awards le 7 juin 2026, au Radio City Music Hall de New York. (Charles Sykes/Invision/AP)

Pink avait été nommée ambassadrice de l’UNICEF pour les États-Unis en 2015. Cette année-là, elle s’était rendue en Haïti pour y rencontrer des enfants et des patients de centres de santé pris en charge suite au terrible séisme qui avait dévasté l’île en 2010. Le site Internet de l’UNICEF signale que Pink porte une attention toute particulière à la lutte contre la malnutrition et qu’elle a fait apposer des codes QR sur ses produits dérivés qui renvoient vers les pages de collecte de dons pour l’UNICEF.

Les autorités de l’ONU ont jusque là défendu le droit des ambassadeurs de l’UNICEF à exprimer leurs opinions politiques.

En 2019, le gouvernement pakistanais avait demandé à l’UNICEF de retirer à l’actrice indienne Priyanka Chopra sa charge d’ambassadrice, estimant que son « soutien à la guerre » et au gouvernement indien, sur fond de tensions accrues dans la région disputée du Cachemire, « décrédibilisait » le poste.

« Lorsque les ambassadeurs de bonne volonté de l’UNICEF s’expriment en leur nom propre, ils conservent le droit de parler de sujets qui les intéressent ou qui les préoccupent », avait déclaré à l’époque Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire Général de l’ONU, António Guterres, ajoutant que leurs « opinions ou actions à titre personnel ne reflètent pas nécessairement celles de l’UNICEF. »

L’UNICEF a toutefois déjà retiré son mandat à un ambassadeur en raison de sa conduite politique. En 1987, l’agence avait en effet mis fin à son association avec l’ambassadeur de bonne volonté Boris Becker, le joueur de tennis ayant refusé de s’engager à ne pas retourner en Afrique du Sud du temps de l’apartheid.

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