Vance : toute décision sur le stationnement de troupes doit obtenir l’accord d’Israël
Le vice-président américain s'exprimait depuis le bâtiment de Kiryat Gat qui abrite le centre de coordination américano-israélien chargé de la gestion du cessez-le-feu à Gaza
S’exprimant lors d’une conférence de presse dans le bâtiment de Kiryat Gat qui abrite le centre de coordination américano-israélien chargé de la gestion du cessez-le-feu à Gaza, le vice-président américain JD Vance a indiqué mardi soir que le cessez-le-feu soutenu par les États-Unis se déroulait « mieux que prévu. »
« Cela fait une semaine que le plan de paix historique du président américain Donald Trump au Moyen-Orient est en place, et les choses se passent, franchement, mieux que je ne l’avais prévu », a dit Vance en annonçant l’ouverture du centre.
« Chaque fois qu’il y a un acte de violence, il y a cette tendance à dire : ‘oh, c’est la fin du cessez-le-feu, c’est la fin du plan de paix’. Ce n’est pas la fin », a-t-il ajouté.
L’armée israélienne a déploré dimanche la mort de deux militaires, le major Yaniv Kula, 26 ans, et le sergent-chef Itay Yavetz, 21 ans, survenue après une attaque de terroristes palestiniens du Hamas à l’aide de RPG (lance-roquettes individuels) et de tirs de précision à Rafah, dans le sud de Gaza, dans la zone contrôlée par Israël.
L’envoyé spécial américain Steve Witkoff et le conseiller principal de Donald Trump, Jared Kushner, qui ont joué un rôle déterminant dans les négociations consacrées à l’accord et qui sont arrivés en Israël en début de semaine pour faire avancer le plan, étaient aux côtés du vice-président.
« Ici, au centre de coopération civilo-militaire dont nous annonçons aujourd’hui l’ouverture, des Israéliens et des Américains travailleront main dans la main pour tenter de lancer le plan de reconstruction de Gaza, pour mettre en œuvre une paix durable et pour garantir la présence de forces de sécurité – sans Américains – sur le terrain à Gaza, des forces qui seront capables de maintenir la paix à long terme », a continué Vance.
Il a souligné qu’il restait « beaucoup de travail à faire » et que « les choses vont prendre beaucoup beaucoup de temps », tout en rendant hommage aux efforts livrés par Kushner, Witkoff et l’amiral Brad Cooper, chef du Commandement central de l’armée américaine, dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord.
En réponse à une question du Times of Israel sur le rôle de la Turquie dans la bande de Gaza après la guerre, Vance a indiqué qu’Ankara pourrait y jouer un « rôle constructif », mais souligne que rien ne sera imposé à Israël concernant la présence de troupes sur son territoire.
« La question du nombre de troupes présentes en Israël sera soumise à l’accord des Israéliens », a précisé Vance, ajoutant : « Je suis sûr que le Premier ministre [Benjamin] Netanyahu aura son avis à ce sujet. »
« Mais nous pensons que chacun a un rôle à jouer. Il s’agira en partie d’un investissement financier, en partie de la reconstruction, et en partie simplement d’une communication avec les différentes parties pour garantir que ce processus de déconfliction fonctionne et soit mis en œuvre », a-t-il poursuivi.
« Nous n’imposerons rien à nos amis israéliens concernant la présence de troupes étrangères sur leur sol. Mais nous pensons que les Turcs ont un rôle constructif à jouer. Franchement, ils ont déjà joué un rôle très constructif ; nous leur en sommes très reconnaissants », a-t-il dit.
Concernant les inquiétudes concernant le soutien de la Turquie au Hamas, Vance déclare : « Aucune partie à ce conflit ne peut regarder vers le passé sans pointer du doigt ce qui lui déplaît ou avec lequel elle est en désaccord… La voie vers la paix consiste à se concentrer sur l’avenir », a-t-il affirmé.
« Nous pensons que tout le monde ici est tout à fait disposé à le faire et très désireux de s’engager dans cet effort », a-t-il noté.
L’organisation humanitaire turque IHH, inscrite sur la liste noire du terrorisme par Israël, qui avait organisé la flottille Mavi Marmara qui avait tenté de briser le blocus maritime en vigueur dans la bande en 2010, a diffusé mardi des images montrant son personnel en train de distribuer de l’eau sur le territoire à l’aide de camions-citernes arborant des drapeaux turcs et l’emblème du groupe.
Le 18 octobre, l’IHH avait également diffusé des images de bulldozers déblayant les décombres au sein de l’enclave côtière. Ils arboraient les mêmes drapeaux turcs et les mêmes insignes.
« L’organisation humanitaire turque İHH Humanitarian Relief Foundation a commencé à soutenir les efforts livrés dans le nord de Gaza, qui a subi de grandes destructions, en apportant une aide humanitaire, ainsi qu’en aidant au nettoyage de l’environnement, au déblaiement des routes et à l’enlèvement des débris afin de rétablir des conditions de vie de base après le cessez-le-feu », a commenté Salih Mutlu Şen, l’ambassadeur de Turquie en Égypte, dans un post publié sur le réseau social X, le 18 octobre.
L’IHH avait été interdite en Israël en raison de ses liens avec les groupes terroristes palestiniens. L’organisation est également hors-la-loi en Allemagne et aux Pays-Bas.
Lors de l’incident survenu sur le bateau Mavi Marmara, 10 militants turcs avaient été tués lors d’affrontements violents avec des commandos de la marine israélienne, alors que le navire tentait de briser le blocus.
Aux termes de l’accord, le Hamas a libéré au 13 octobre les 20 otages vivants qu’il détenait depuis son attaque du 7-Octobre. Il devait aussi rendre à cette date tous les corps d’otages, mais il n’en a restitué que 13 arguant de difficultés pour trouver les dépouilles dans le territoire dévasté.
Le mouvement terroriste a annoncé son intention de rendre à 18H00 GMT les dépouilles de deux autres otages sur les 15 qu’il retient encore.
Avant M. Vance, le président américain a assuré que ses alliés au Moyen-Orient et autour étaient prêts à « entrer à Gaza en force et ‘corriger’ le Hamas s’il continuait à mal se conduire, en violation de l’accord ».
« Il y a encore de l’espoir que le Hamas fera ce qu’il faut. S’ils ne le font pas, la fin du Hamas sera RAPIDE, TERRIBLE ET BRUTALE! », a ajouté Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.
En Egypte, le négociateur en chef du Hamas, Khalil al-Hayya, a assuré que « l’accord pour Gaza tiendra, car nous le voulons. Notre volonté de le respecter est forte ».
« Nous sommes déterminés à récupérer les corps de toutes les personnes détenues [otages] » malgré des « difficultés pour les extraire », a-t-il ajouté.
Le rapatriement des 15 corps d’otages toujours à Gaza « est difficile » et « ne se fera pas du jour au lendemain ». « C’est difficile. Cela ne se fera pas du jour au lendemain », a-t-il déclaré à propos de la restitution des corps des otages encore à Gaza. « Certains de ces otages sont ensevelis sous des milliers de kilos de décombres. Pour certains, personne ne sait même où ils se trouvent », a-t-il déclaré.
« Cela ne signifie pas que nous ne devons pas œuvrer pour les récupérer », a-t-il déclaré, ajoutant : « Cela prendra un certain temps. »
Une étape ultérieure du plan Trump prévoit le retrait progressif israélien de Gaza, mais aussi le désarmement du Hamas. Il exclut tout rôle du Hamas dans la gouvernance de Gaza.
M. Vance a affirmé que Washington n’avait pas fixé de date butoir pour le désarmement du Hamas et n’avait pas l’intention de lancer un ultimatum sur ce point pour l’instant.
« Le Hamas doit se conformer à l’accord et si le Hamas ne s’y conforme pas, de très mauvaises choses vont se produire. Mais je ne vais pas faire ce que le président des Etats-Unis a refusé de faire jusqu’à présent, c’est-à-dire fixer une date butoir explicite, car (…) ces choses-là sont difficiles », a-t-il dit.
Répondant à la réponse de Washington aux exécutions de Palestiniens par le Hamas à Gaza, Vance a déclaré que le groupe devait désarmer, conformément aux termes du plan de cessez-le-feu.
« Notre avertissement au Hamas est très clair », dit-il, ajoutant : « Les termes du plan en 20 points présenté par le président américain Donald Trump sont très clairs. Il est soutenu non seulement par Israël, mais aussi par tous nos amis arabes du Golfe. »
Il a affirmé que les membres du Hamas peuvent bénéficier d’une clémence.
« Il est essentiel que le Hamas désarme. Il est essentiel qu’il se comporte correctement, et que, même si tous les combattants peuvent bénéficier d’une certaine clémence, ils ne pourront pas s’entretuer ni tuer leurs compatriotes palestiniens », dit-il, tout en soulignant que « cela prendra un certain temps ».
« Nous discutons de la mise en place du dispositif sécuritaire et humanitaire nécessaire pour mettre tout cela en place. Mais pour l’instant, je suis convaincu que nous allons parvenir à un point où cette paix sera durable. Si le Hamas ne coopère pas, alors, comme [Trump] l’a dit, il sera anéanti », a déclaré le vice-président américain.
Kushner a pour sa part salué « la coordination étonnamment solide entre les Nations unies et Israël » pour l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza – les parties cherchant à « améliorer les choses » afin que l’aide « atteigne la population de Gaza et ne tombe pas entre de mauvaises mains ».
Le nouveau Centre de coordination est au cœur de la mission plus large concernant « la suite des événements à Gaza. Et il s’y passe beaucoup de choses formidables… Le plus important est de trouver comment mettre en place un centre de coordination efficace pour la déconfliction. Il s’agit d’un véritable démarrage. Beaucoup de choses ont été accomplies, » a précisé Kushner.
Il ajoute vouloir « faire écho aux propos du vice-président concernant l’hystérie croissante suscitée par les différentes incursions, d’une manière ou d’une autre. » Le fait est, cependant, que « les deux camps passent de deux années de guerre très intense à une situation de paix. » L’objectif, a-t-il dit, est de « tenter de mettre en place ce mécanisme de déconfliction afin de parvenir à une véritable désescalade ».
Évoquant la présence de divers drapeaux hissés au centre, Kushner a affirmé qu’ils ne sont « pas pleinement représentatifs des pays présents. Les gens acceptent très rapidement de se joindre à nous, d’aider. Ils veulent vraiment participer, et cela se produit très, très rapidement.»
« Tout le monde pense qu’il est possible d’améliorer la situation à Gaza, et nous devons y croire, nous devons travailler dur pour y parvenir. Et si nous travaillons tous dur pour y parvenir, alors je suis convaincu qu’une issue positive est possible. »
« Aucun fonds de reconstruction ne sera versé dans les zones encore contrôlées par le Hamas », a ajouté Kushner, soulignant que des discussions sont en cours sur la manière de commencer la reconstruction dans les zones contrôlées par l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Israël contrôle actuellement un peu plus de la moitié de l’enclave.
« Des réflexions sont en cours dans la zone contrôlée par Tsahal », a dit Kushner qui prône la vision d’un « nouveau Gaza » qui pourrait être construit « pour offrir aux Palestiniens vivant à Gaza un endroit où aller, un lieu où trouver du travail et un lieu de vie ».