"The show must go on"

Victime d’un boycott depuis le 7-Octobre, le festival d’Israël se tiendra sans artistes étrangers

Les organisateurs de l'événement annuel doivent faire sans les têtes d'affiche étrangères habituelles

Une acrobate répète sur un fil tendu au-dessus de la vallée de Hinnom, à Jérusalem, avant sa performance aérienne à l'occasion de l'ouverture du Festival d'Israël, rappel de la traversée de cette vallée par Philippe Petit en 1987, le 27 juillet 2026. (AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Alors que le Festival d’Israël bat son plein pour encore deux semaines, à Jérusalem et ailleurs dans le pays, ce rendez-vous artistique annuel, jusque-là réputé pour la présence d’artistes étrangers, se déroule cette année sans aucun d’entre eux.

Confrontés au boycott officieux auquel prennent part des artistes du monde entier depuis le déclenchement de la guerre contre le Hamas à Gaza, les organisateurs du festival ont toutes les peines du monde pour faire venir des artistes étrangers.

« Les fondements du festival sont les mêmes mais la manière de faire a changé », explique Ori Vaknin, originaire de Jérusalem et depuis peu à la tête de l’organisation de cet événement.

Le spectacle d’ouverture de cette édition, « Held by a String », performance aérienne gratuite réalisée le 28 juillet dernier au-dessus de la vallée de Guy Ben Hinnom à Jérusalem, illustre bien cette frustration permanente éprouvée par les organisateurs.

La prestation aurait en effet normalement dû être assurée par un collectif de funambules français. Mais la troupe a finalement renoncé, prise de court par les pressions politiques qu’impliquait un déplacement en Israël.

Selon M. Vaknin, le collectif a néanmoins aidé le festival à trouver des confrères hiérosolymitains capables de faire un numéro semblable, sur un fil tendu.

« Held By a String » a été le spectacle aérien d’ouverture, dans la vallée de Hinnom à Jérusalem, du Festival d’Israël le 28 juillet 2026. (Noam Shognovsky/Nur Visuals)

Au final, 7 500 personnes sont venues dans la vallée voir le spectacle de 20 minutes, accompagné par la musique du Jerusalem East and West Orchestra et du Jerusalem Youth Choir.

« C’est pour des moments comme celui-ci qu’on s’accroche », confie Ori Vaknin. « Quand ça commence, lorsque la magie de l’art opère, on se dit : voilà pourquoi je fais ce métier. »

Depuis le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 et les années de conflit ininterrompu qui ont suivi, le Festival d’Israël a dû s’adapter à un grand nombre de cas de force majeure, que ce soit le report de dates, le casse-tête logistique des combats ou. plus récemment, la guerre contre l’Iran.

« Nous sommes devenus experts en annulation et reprogrammation », ironise Ori Vaknin. « Le bruit ambiant est constant, et le célèbre adage ‘The show must go on’ n’a jamais été aussi concret. L’incertitude est totale, on ne sait jamais combien de billets vont se vendre, mais on continue. »

Le chef d’orchestre Tom Cohen se produit avec le Jerusalem East West Orchestra lors de l’ouverture du Festival d’Israël, le 28 juillet 2026. (Dor Kedmi)

Afin de sensibiliser le public à ces difficultés, la programmation propose cette année une visite guidée inédite et courte intitulée « Temporarily Removed ». Ce parcours de 20 minutes emmène les visiteurs dans les coulisses et les couloirs du théâtre pour parler des artistes qui n’ont pas pu faire le déplacement.

Lors de l’une de ces visites, la directrice artistique Michal Vaknin (sans lien de parenté avec Ori Vaknin) a guidé un groupe derrière la scène du théâtre Sherover en évoquant la trilogie sur les traumatismes sexuels de la dramaturge brésilienne Carolina Bianchi, qui aurait dû être interprétée en 2024.

« C’est l’une des œuvres les plus puissantes et dérangeantes qu’il m’ait été donné de voir », confie Michal Vaknin alors qu’un grand écran diffuse des extraits de la pièce, après quoi elle lit un passage de ses échanges épistolaires avec l’artiste et son agent.

« Nous viendrons, un jour, nous viendrons », écrivent Carolina Bianchi et son agent. « Ce n’est pas encore le moment, mais nous viendrons. »

Pendant des dizaines d’années, la présence d’artistes étrangers a été au cœur de ce Festival, et leur absence brutale laisse un grand vide, reconnaît Michal Vaknin.

Dafna Kron (à gauche) et Michal Vaknin, directrices artistiques du Festival d’Israël. (Avec l’aimable autorisation de la direction du Festival)

« Nous espérons que cette absence ne sera que temporaire, mais nous ne savons pas du tout combien de temps cela va durer », ajoute-t-elle. « Mais nous refusons de cacher la réalité ou de faire comme si de rien n’était. »

Si la majorité des représentations se déroulent toujours à Jérusalem, le festival s’est ouvert ces dernières années au nord et au sud du pays — les deux régions les plus durement touchées par le pogrom du 7-Octobre et les combats à Gaza et au Liban — en y délocalisant plusieurs de ses spectacles.

« C’est un choix viscéral », explique Ori Vaknin, « qui a impliqué de trouver des fonds complémentaires. C’est une démarche à laquelle nous croyons profondément. »

Ori Vaknin, directeur général du Festival d’Israël depuis janvier 2026. (Avec l’aimable autorisation de la direction du Festival)

Cette année, cette programmation hors les murs accueille notamment Sagui Dekel-Chen, ex-otage qui interprète sur la pelouse du kibboutz Nir Oz — là où il vit — des chansons composées dans sa tête pendant ses dix-huit mois de captivité aux mains du Hamas.

Dans le Nord, deux événements sont programmés : un spectacle de danse contemporaine au kibboutz Kfar Blum et un concert de la chanteuse Dikla à Nahariya, bien que la sélection des villes hôtes ait été complexe, la région étant encore sous le feu des bombardements du Hezbollah il y a de cela encore un mois et demi.

Malgré l’extrême difficulté à convaincre les artistes étrangers de faire le déplacement — que le refus vienne d’un artiste ou d’une troupe toute entière —, les deux dirigeants entendent maintenir le dialogue avec leurs homologues étrangers lors des colloques et rencontres professionnelles.

« De par son nom, le Festival d’Israël est souvent perçu comme un événement institutionnel », conclut Ori Vaknin. « Nous devons sans cesse expliquer et ré-expliquer que nous sommes une institution culturelle indépendante basée à Jérusalem qui porte simplement ce nom. Nous devons sans cesse le dire et faire preuve de patience, c’est la seule solution. »

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