Vingt ans de prison requis pour le meurtre à Lyon d’un octogénaire juif

Le mobile antisémite n'a pas été retenu ; Rachid Kheniche a reconnu avoir tué son voisin et ami René Hadjadj, 89 ans, en le jetant de son balcon du 17e étage d'un immeuble à Lyon

L'entrée de la Cour d'assises du tribunal de Lyon. (Capture d'écran/YouTube)

Vingt ans de prison ont été requis jeudi contre un homme de 55 ans pour le meurtre d’un octogénaire juif, qu’il a défenestré en 2022 à Lyon, mais le mobile antisémite n’a pas été retenu par l’avocate générale.

La question de la circonstance aggravante de meurtre « commis en raison de la religion de la victime », « si difficile », reste en suspens, a déclaré la magistrate Amélie Cladière. Mais « pour ma part, la réponse est non », a-t-elle dit aux jurés de la cour d’assises du Rhône.

En revanche, conformément aux expertises psychiatriques, elle a estimé que le discernement de l’accusé était altéré au moment des faits, ce qui atténue sa responsabilité pénale et ramène à 20 ans la peine maximale encourue pour le meurtre.

Rachid Kheniche a reconnu avoir tué son voisin et ami René Hadjadj, 89 ans, en le jetant de son balcon du 17e étage d’un immeuble d’un quartier populaire de Lyon, mais il nie avoir agi par antisémitisme.

Contre ce « meurtre épouvantable », l’avocate générale a requis « le maximum possible quand la responsabilité est atténuée ». Compte tenu « de l’âge et de la dangerosité » de l’accusé, elle a également requis dix ans de suivi socio-judiciaire.

Pour la circonstance aggravante, « la loi nous demande de repérer des faits » qui se sont produits « dans le même temps que le crime commis », explique Amélie Cladière. Elle écarte donc notamment des tweets de 2020 sur lesquels la cour s’était longuement penchée, dans lesquels l’accusé parlait de « sayanim », terme complotiste utilisé pour désigner un agent dormant du Mossad.

Juste après avoir fait basculer M. Hadjadj dans le vide, M. Kheniche a pris un texte hébraïque dans la veste de sa victime, et des photos d’identité et les a découpés, rappelle la magistrate. « Si dans le même temps il avait mis à la poubelle la Torah et les autres objets et attributs juifs qui étaient dans son appartement », cela aurait pu constituer un élément, note Mme Cladière. Mais « ce n’est pas le cas ».

« Mon travail est de vous présenter la situation, vous déciderez », a-t-elle dit aux jurés.

Colère

l’accusé était « obsédé » par la religion juive, a pour sa part plaidé Me Alain Jakubowicz, conseil de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), qui se sont constituées parties civiles dans la préocédure.

« Vous n’avez pas à déterminer si le mobile est antisémite », mais si l’accusé avait un « problème avec la religion juive », a avancé de son côté Me Muriel Ouaknine-Melki, avocate de membres de la famille de la victime et de l’Organisation juive européenne, qui argue d’une « détestation larvée » de Rachid Kheniche pour les juifs.

« Je ne suis pas antisémite », a affirmé l’accusé pendant son procès, insistant sur son « amitié pour la victime. « C’était mon seul repère », a déclaré cet homme instable, consommateur de cocaïne et d’héroïne, qui vivait isolé et sans emploi.

L’accusé, mystique, assure que René Hadjadj l’a « aidé à découvrir le judaïsme ».

Il a peiné à expliquer son geste, renvoyant à sa « maladie » diagnostiquée pendant sa détention provisoire. L’un des experts interrogés a évoqué une « psychose paranoïaque » avec un « fil conducteur, la persécution ». Les autres un « trouble grave de la personnalité », relevant là encore un symptôme de « persécution ».

« Force est de constater que tous (s)es persécuteurs portent des noms à consonnance juive », a argumenté Me Oudy Bloch, qui défend la famille de sa victime.

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