Warren Goldstein salue Trump mais taxe « d’erreur » sa politique sur les réfugiés afrikaners

Alors que seuls les Sud-Africains blancs sont admis comme réfugiés aux États-Unis, le grand rabbin d'Afrique du Sud dénonce une vision biaisée et rejette la notion de 'génocide' dont ils seraient victimes

Le grand rabbin d’Afrique du Sud, Warren Goldstein, lors d’une cérémonie de Yom Hazikaron à l’ambassade d’Israël à Pretoria, le 30 avril 2025. (Crédit : Capture d'écran/ Facebook)

JTA – Lors du début du second mandat de Donald Trump, le président américain a trouvé un partisan inconditionnel en la personne d’un grand rabbin d’Afrique du Sud.

En février, le grand rabbin Warren Goldstein avait publiquement salué les interventions de l’administration Trump dans les affaires sud-africaines, déclarant dans une vidéo largement partagée que les Sud-Africains « devraient se réjouir » de son implication.

Opposant virulent au gouvernement sud-africain, il soutenait la position de Trump contre la coopération de Pretoria avec l’Iran et critiquait vivement la réforme foncière, qui, selon lui, risquait de paralyser davantage une économie déjà fragilisée.

Mais l’enthousiasme de Goldstein s’est estompé depuis que Trump a décidé d’accorder le statut de réfugié à certains Sud-Africains blancs, les seuls à être autorisés à entrer aux États-Unis dans ce cadre. Le rabbin a qualifié cette mesure « d’erreur » dans un entretien à la Jewish Telegraphic Agency.

« Il est faux de penser que les problèmes rencontrés par les Sud-Africains blancs et qui ont conduit à leur acceptation comme réfugiés sont uniques à cette communauté », a déclaré Goldstein. Il conteste également l’affirmation de l’administration Trump selon laquelle les Afrikaners – une minorité arrivée en Afrique du Sud au XVIIe siècle et qui a dirigé le régime d’apartheid jusqu’en 1994 – seraient aujourd’hui victimes de persécutions, que Trump qualifie de « génocide », en raison de leur identité.

Comme nombre de dirigeants juifs, en Afrique du Sud comme ailleurs, Goldstein se trouve confronté à un dilemme face à un président américain dont la rhétorique pro-israélienne et philosémite s’accompagne de décisions politiques controversées. Si certains Juifs américains ont salué l’attention portée par Trump à l’antisémitisme au sein des campus universitaires américains, beaucoup ont jugé sa campagne contre les universités excessive, brutale et antidémocratique.

En Afrique du Sud, où les Juifs s’identifient fortement à Israël, la position générale pro-Israël de Trump est la bienvenue. Mais là aussi, elle se heurte aux réalités politiques locales.

Milton Shain, professeur émérite d’histoire juive sud-africaine à l’université du Cap, estime que l’écrasante majorité des Sud-Africains, Juifs comme non-Juifs, ne comprennent pas la décision d’accorder le statut de réfugié à certains Afrikaners. Il qualifie de « rhétorique absurde » l’idée d’un génocide les visant, et avance l’hypothèse que cette politique est une réaction directe à la plainte pour génocide déposée contre Israël par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice (CIJ).

« À mon avis, le régime Trump cherche à punir l’Afrique du Sud pour avoir porté plainte contre Israël devant la CIJ », dit Shain. « C’est la seule explication plausible à une initiative aussi étrange et soutenue. »

Bien avant la guerre à Gaza qui a motivé cette action en justice, Trump, et son conseiller d’origine sud-africaine Elon Musk avaient déjà dénoncé un prétendu « génocide » ou « meurtre de masse » de fermiers blancs en Afrique du Sud. Ces accusations s’appuient sur des attaques bien réelles, mais rares, contre des fermiers blancs, reprises par certains cercles nationalistes. Or ces actes, bien qu’inquiétants, représentent une fraction très limitée du taux de criminalité élevé qui touche indistinctement toutes les communautés du pays.

Le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau, à gauche, accueille des réfugiés afrikaners d’Afrique du Sud, le 12 mai 2025, à l’aéroport international de Dulles, en Virginie. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Goldstein a ajouté que l’administration Trump avait mal interprété les défis économiques, sociaux et politiques de l’Afrique du Sud en les réduisant à une question raciale. Il a cité un sondage de la Social Research Foundation selon lequel 67 % des Sud-Africains noirs souhaitent que leurs enfants émigrent à l’étranger pour un avenir meilleur.

Le premier groupe de 59 réfugiés afrikaners est arrivé lundi à l’aéroport international de Dulles, aux États-Unis. Ils ont été accueillis en grande pompe par des responsables de l’administration Trump, dont le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau, lui-même juif, qui a comparé leur arrivée à la fuite de son père de l’Autriche annexée par les nazis en 1938.

Aux États-Unis, certaines organisations de soutien aux réfugiés ont exprimé leur opposition morale à la réinstallation des Afrikaners. L’Église épiscopale a annoncé lundi qu’elle mettait fin à son partenariat de longue date avec le gouvernement fédéral dans ce domaine, invoquant son « engagement indéfectible en faveur de la justice raciale et de la réconciliation », ainsi que ses « liens historiques avec l’Église anglicane d’Afrique australe ».

L’organisation juive américaine d’aide aux réfugiés HIAS a, de son côté, indiqué qu’elle soutiendrait les Afrikaners nouvellement arrivés dans leur réinstallation. Toutefois, son président, Mark Hetfield, a déclaré au New York Times qu’il était « injuste » que ce groupe soit le seul sélectionné pour être admis aux États-Unis.

« Nous sommes profondément troublés par le fait que l’administration ait fermé la porte à des milliers d’autres réfugiés pourtant approuvés depuis des mois par le département de la Sécurité intérieure (DHS) il y a plusieurs mois, en dépit des décisions judiciaires qui avaient ordonné à la Maison Blanche de laisser entrer un grand nombre d’entre eux », a déclaré Hetfield.

Les Sud-Africains blancs, dont la moitié environ sont des Afrikaners, représentent quelque 7 % de la population du pays et possèdent environ 78 % des terres agricoles privées. Des études montrent que les Sud-Africains blancs possèdent collectivement une richesse environ 20 fois supérieure à celle des Sud-Africains noirs.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa (au premier rang à gauche) écoutant la décision de la plus haute juridiction des Nations unies qui a sévèrement critiqué la guerre menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, à Johannesburg, le 26 janvier 2024. (Crédit : AP Photo)

Les Juifs sud-africains constituent une petite minorité au sein de la minorité blanche, et leur nombre diminue. Après avoir atteint 120 000 personnes en 1970, leur population est aujourd’hui estimée à moins de 50 000. De nombreux Juifs sud-africains ont des liens étroits avec Israël et se sentent marginalisés du fait des relations tendues entre les deux pays. Certains, comme l’explique Shain, redoutent d’être perçus comme des alliés de puissances étrangères hostiles.

« Les propos tenus par le rabbin Goldstein en faveur de Trump posent problème », a déclaré Shain. « Les Juifs sont de plus en plus perçus comme une cinquième colonne, à l’instar des Afrikaners d’extrême droite, accusés de nuire aux intérêts du pays en se rapprochant de l’administration Trump. »

Le soutien de Goldstein à Trump a d’ailleurs suscité des critiques au sein même de la communauté juive sud-africaine. Le journaliste Anton Harber a publié en février un essai au titre sans appel : « Le grand rabbin qui a perdu son âme ». Il y écrit notamment qu’il existe un « véritable malaise lorsque un grand rabbin encense des figures politiques et économiques sans jamais évoquer leurs accointances néonazies ».

Harber faisait référence à un geste d’Elon Musk comparé à un salut nazi, ainsi qu’à son soutien affirmé au parti d’extrême droite allemand AfD, et aux fréquentations passées de Donald Trump avec des théoriciens du complot antisémites.

Shain et Goldstein s’accordent toutefois sur un point : les préoccupations des Juifs sud-africains sont les mêmes que celles de la majorité des citoyens du pays, l’insécurité, la corruption, la pauvreté et le chômage élevé. De nombreux jeunes juifs quittent l’Afrique du Sud pour chercher de meilleures perspectives à l’étranger.

« Les défis auxquels la communauté juive est confrontée sont ceux que connaît l’ensemble du pays », a déclaré Goldstein. « Plus l’Afrique du Sud progressera sur le plan économique, plus la communauté juive en bénéficiera. »

read more: