Wesley Bell, soutenu par l’AIPAC, bat l’anti-Israël Cori Bush aux primaires du Missouri

La socialiste démocrate avait déjà été battue par Bell en 2024 dans un précédent duel électoral ; Bush a fait des liens de Bell avec l'AIPAC un thème central de sa campagne

Le député américain Wesley Bell, démocrate du Missouri, s'exprime lors d'une soirée électorale organisée à l'occasion des primaires, après avoir remporté l'investiture démocrate le 4 août 2026, à Saint-Louis. (AP Photo/Michael Thomas)

JTA — Mardi, Wesley Bell, représentant du Missouri, a remporté une victoire écrasante aux primaires démocrates face à l’ancienne représentante Cori Bush, éminente socialiste démocrate et critique virulente d’Israël, qu’il avait déjà battue à l’occasion des primaires de 2024.

Bell, partisan d’Israël, a bénéficié du soutien du lobby pro-israélien AIPAC.

C’est une heure à peine après la fermeture des bureaux de vote, à 20 h 02 heure locale, que l’Associated Press a annoncé le résultat du scrutin. Une fois 99 % des voix dépouillées, Bell avait recueilli 59,2 % des suffrages, contre 36,9 % pour Bush.

« Nous avons mené cette campagne avec beaucoup de simplicité », a déclaré Bell dans son discours de victoire. « Nous allons travailler pour les habitants de Saint-Louis. »

Reconnaissant que la région « a connu des jours meilleurs », avec des familles qui peinent à payer leurs courses et à faire le plein d’essence, Bell a rappelé l’importance de « rester unis ». Il s’est également adressé à ses adversaires des primaires, insistant sur la « nécessité de faire front commun ».

Dans l’allocution qu’elle a prononcée après sa défaite, Bush a pour sa part continué d’attaquer son adversaire.

« Habitants de Saint-Louis, votre ville mérite un représentant qui vous considère, qui vous écoute et qui se soucie de chacun d’entre vous », a-t-elle lancé, fustigeant Bell pour avoir manqué certains débats entre candidats et l’accusant de « mener une campagne entièrement fondée sur la diffamation ».

« Pendant les deux prochaines années, notre communauté sera représentée par quelqu’un qui ne vous a pas considérés comme suffisamment importants », a ajouté Bush.

L’ancienne députée américaine Cori Bush saluant des électeurs lors d’une visite dans un bureau de vote le jour des primaires, à Normandy, dans le Missouri, le 4 août 2026. (Crédit : Michael Thomas/AP)

Pour Saint-Louis, ces primaires ont un goût de déjà-vu. À l’occasion des primaires de 2024, ces deux mêmes candidats s’étaient en effet affrontés pour cette même circonscription, alors représentée par Bush.

Cette année-là, c’est Bell qui l’avait emporté, grâce notamment à un apport financier de 9 millions de dollars de l’AIPAC en sa faveur.

Pour ce nouveau duel, Bush a fait de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) un enjeu central de sa campagne, à l’instar d’autres candidats anti-israéliens affiliés aux Socialistes démocrates d’Amérique (DSA).

Réagissant aux résultats du scrutin de mardi, l’AIPAC a publié un message de félicitations à l’intention de Bell sur X : « Notre communauté est fière d’avoir soutenu un leader démocrate fort et attaché à ses principes. »

Le Jewish Democratic Council of America, basé à Washington, DC, qui avait mobilisé des réseaux d’électeurs afin qu’ils apportent leur soutien à Bell via une campagne téléphonique, a félicité le candidat victorieux.

« Le représentant Bell est un leader de la lutte contre la corruption de Trump », a publié le groupe sur X. « Nous nous réjouissons de le voir continuer à se battre pour nos valeurs juives et démocrates. »

Lors de son discours de défaite, Bush a par ailleurs accusé des acteurs extérieurs d’ingérence dans la politique intérieure. « Des milliardaires cherchent à prendre le contrôle de cette circonscription, des milliardaires républicains, pour être exacte », a-t-elle assuré. Selon elle, la campagne de Bell a été « financée principalement par des milliardaires républicains partisans du mouvement MAGA de Trump ».

Dans une déclaration écrite, avant les primaires, Bush avait confié à la JTA : « L’AIPAC est devenu pour les donateurs MAGA un nouvel outil permettant de diviser la base démocrate en s’ingérant dans les primaires. » Elle avait ensuite précisé : « À Saint-Louis comme dans tout le pays, les électeurs savent que notre combat contre l’antisémitisme passe par la lutte contre les tentatives de l’extrême droite, qui cherche à nous diviser. »

Les registres de la Commission électorale fédérale montrent toutefois que, pour cette échéance, l’AIPAC a considérablement réduit ses investissements. Par l’intermédiaire de son super PAC United Democracy Project, le lobby pro-israélien a dépensé environ 3 millions de dollars pour ce nouveau duel, dont la grande majorité visait à s’opposer à Bush.

Beaucoup de points communs, au-delà d’Israël

Au-delà de leurs positions divergentes sur Israël, Bell et Bush ont de nombreux points communs. Nés dans le Missouri au milieu des années 1970, ils sont tous deux des démocrates progressistes noirs, entrés en politique après la mort de Michael Brown, abattu par la police en 2014 dans la ville de Ferguson.

Les représentantes démocrates Cori Bush (Missouri) et Rashida Tlaib (Michigan) s’exprimant lors d’une conférence de presse après l’évacuation d’un campement anti-Israël à l’université George Washington et l’arrestation de manifestants, au Capitole, à Washington, le 8 mai 2024. (Crédit : Jose Luis Magana/AP)

Sur fond de manifestations à Ferguson appelant à une réforme de la police, Bell a remporté un siège au conseil municipal, où il s’est attaché à faire adopter de telles mesures. En 2018, il est devenu procureur du comté de Saint-Louis, battant un titulaire en poste depuis 27 ans, qui avait échoué à obtenir la poursuite judiciaire du policier responsable de la mort de Brown.

C’est en participant aux manifestations de Ferguson que Bush s’est lancée en politique. Malgré sa défaite aux primaires démocrates pour le Sénat et la Chambre des représentants en 2016 et 2018, elle a remporté les élections législatives en 2020 et 2022. En 2024, elle s’est cependant inclinée face à Bell, avec un écart de plus de 5 points de pourcentage.

Ces deux candidats ont des positions très proches sur la majeure partie des enjeux politiques, accordant la priorité à des questions telles que les droits génésiques, la prévention de la violence par arme à feu et le démantèlement de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), ainsi que la réduction des coûts du logement, les services publics, les soins de santé et les médicaments sur ordonnance.

Mais leurs divergences sont profondes lorsqu’il s’agit d’Israël. Bush s’est engagée dans sa campagne à « défendre la justice en Palestine ». Au Congrès, elle s’est montrée une opposante virulente à Israël, qu’elle a accusé de commettre un génocide à Gaza. Elle a en outre été l’une des deux seules parlementaires à voter contre une mesure de 2024 qui visait à interdire l’entrée aux États-Unis aux terroristes impliqués dans le pogrom du 7-Octobre 2023 perpétré par le Hamas.

Après sa défaite de 2024, elle avait promis de mettre fin au « règne » de l’AIPAC.

Bell, en revanche, a toujours affirmé son soutien indéfectible à Israël.

Le Représentant Jamaal Bowman, démocrate de New York, à gauche, s’exprime aux côtés de la Représentante Rashida Tlaib, démocrate du Michigan, du Représentant Jonathan Jackson, démocrate de l’Illinois, et de la Représentante Cori Bush, démocrate du Missouri, lors d’une veillée avec des législateurs d’État et des responsables religieux en grève de la faim devant la Maison-Blanche pour exiger que le président américain Joe Biden appelle à un cessez-le-feu permanent à Gaza, le 29 novembre 2023. (AP/Nathan Howard)

Lors de son discours de victoire, Bell a reproché à l’administration Trump « la cruauté, le chaos et la corruption », pointant du doigt la flambée des coûts de santé, l’érosion du droit de vote et les « attaques contre la démocratie ». Il a également fait valoir que « les progressistes sont censés faire avancer les choses », ajoutant qu’« il ne suffit pas de prononcer de beaux discours ou de chercher à attirer l’attention ».

C’est l’unité qui était au cœur de son message. Il a ainsi remercié ses collaborateurs et les bénévoles de sa campagne pour leur « excellent travail », ainsi que les électeurs qui l’ont soutenu.

« Certaines personnes ont choisi de faire entendre leur voix, malgré les forces qui tentent de vous la faire taire », a-t-il affirmé. « Mais vous avez choisi de vous mobiliser et de faire savoir, non seulement au pays, mais aussi au monde entier, que nous sommes là et que notre combat ne s’arrêtera pas. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article. 

read more: