Witkoff et Kushner « se sont sentis un peu trahis » par l’attaque israélienne au Qatar
L'attaque ratée contre des dirigeants du Hamas a convaincu Trump que 'les Israéliens commençaient à perdre un peu le contrôle', dit Kushner dans une interview accordée à l'émission '60 Minutes'
Après l’attaque ratée lancée par Israël le 9 septembre contre les dirigeants du Hamas à Doha, le président américain Donald Trump a estimé que « les Israéliens commençaient à perdre un peu le contrôle », a déclaré vendredi son gendre et conseiller principal Jared Kushner, des commentaires diffusés à la télévision.
Des propos qui s’inscrivent dans le cadre d’une interview conjointe qui a réuni Kushner et l’envoyé spécial américain Steve Witkoff pour l’émission 60 Minutes, sur la chaîne CBS. L’intégralité de cette interview des deux architectes de l’accord de cessez-le-feu et d’échange d’otages à Gaza sera diffusée dimanche.
« Je dois l’avouer, Jared et moi avons tous deux ressenti une impression de trahison », a indiqué Witkoff à propos de l’attaque israélienne visant les dirigeants du Hamas réunis dans la capitale du Qatar, un pays médiateur au rôle essentiel dans les négociations sur le cessez-le-feu.
Il y a eu des conséquences. Les Qataris jouaient un rôle essentiel dans les négociations, tout comme les Égyptiens et les Turcs », a ajouté Witkoff. « Nous avions perdu la confiance des Qataris. Le Hamas est donc rentré dans la clandestinité. Il était alors très difficile de les joindre. »
Kushner, faisant référence à Israël, a expliqué que c’est cette frappe qui avait conduit Trump à réaliser « qu’il était temps de faire réellement preuve de fermeté, et de les empêcher d’accomplir des choses qui, selon lui, n’étaient pas dans leur intérêt à long terme ».
Pour sa part, le chef de l’opposition Yair Lapid a écrit sur X que cette interview avait provoqué un véritable « séisme ». Evoquant la dernière remarque de Kushner, il a souligné que « aucun gouvernement israélien n’avait jamais été décrit de cette manière par une administration américaine ».
« Après l’échec de l’attaque contre Doha, Trump a estimé que Netanyahu avait perdu le contrôle, et il lui a imposé un accord dont Netanyahu ne voulait pas », a déclaré Lapid, qui avait à l’époque salué l’attaque de Doha. L’interview de « 60 Minutes » nous prouve qu’il aurait été possible de s’arranger pour que l’Égypte se charge de la gouvernance de Gaza et nous aide à combattre le Hamas. Au lieu de cela, Netanyahu a perdu le contrôle, et cela a entraîné l’entrée en scène de la Turquie et du Qatar, qui sont deux partenaires idéologiques du Hamas. »
Trump, après la frappe contre Doha, a fait part de son « profond mécontentement » à l’égard d’Israël pour avoir frappé cet allié « solide » des États-Unis, sans de surcroît avoir reçu d’avertissement préalable de la part d’Israël.
Depuis, Trump a engagé les Etats-Unis à défendre le Qatar en cas d’attaque future. Il a en outre veillé à ce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu présente ses excuses au Qatar pour cette frappe, qui n’a tué aucune de ses cibles, mais a coûté la vie à plusieurs membres subalternes du Hamas, ainsi qu’à un garde qatari.
Avec l’accord de Netanyahu, le Qatar a envoyé au Hamas, à Gaza, chaque mois et pendant des années, des millions de dollars en liquidités, jusqu’à ce que le groupe terroriste attaque le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tuant plus de 1 200 personnes et enlevant 251 otages, déclenchant la guerre à Gaza.
Certains des principaux collaborateurs de Netanyahu font également l’objet d’une enquête. Ils sont soupçonnés de liens criminels présumés avec cet État du Golfe, avec lequel Israël n’entretient aucune relation officielle.