Yaalon : Erdogan « islamise délibérément » l’Europe pour tenter de dominer le monde
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InterviewEt qu’a-t-il dit aux Turcs vivant en Europe il y a trois semaines ? D’augmenter leur taux de natalité !

Yaalon : Erdogan « islamise délibérément » l’Europe pour tenter de dominer le monde

L'ancien ministre de la Défense affirme que toute tentative de Trump de négocier un accord de paix permanent est "vouée à l'échec"

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense, ancien chef d'Etat-major, à l'université hébraïque de Jérusalem, le 18 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Moshe Yaalon, ancien ministre de la Défense, ancien chef d'Etat-major, à l'université hébraïque de Jérusalem, le 18 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Pour tenter de dominer le monde, le président turc Recep Tayyip Erdogan inonde délibérément l’Europe de musulmans pour « islamiser » le continent, a déclaré l’ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon.

« Erdogan islamise intentionnellement l’Europe. Les gens l’ignorent. C’est de l’islamisation délibérée », a-t-il déclaré au Times of Israël.

Dans une interview très poussée, l’ancien ministre de la Défense et ancien chef d’état-major a évoqué l’initiative de Donald Trump de négocier un accord de paix entre Israéliens et Palestiniens, exhortant le président américain à « ne même pas essayer » de parvenir à un accord de paix final entre les deux parties.

Aujourd’hui, trois différents mouvements de l’extrémisme islamiste aspirent à l’hégémonie internationale, a expliqué Yaalon. Il a également annoncé qu’il briguait le poste de Premier ministre aux prochaines élections : « L’islam chiite iranien, le califat sunnite islamiste et les Frères musulmans, dirigés pas Erdogan », a-t-il énuméré.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul, le 11 mars 2017. (Crédit : Ozan Kose/AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul, le 11 mars 2017. (Crédit : Ozan Kose/AFP)

Le président turc a autorisé les djihadistes du monde entier à venir en Syrie et en Irak et à revenir dans leurs pays en tant que combattants formés, a accusé le ministère de la Défense. Il a cité le ministre grec de la Défense, qui s’est plaint l’an dernier de la Turquie qui encourage l’immigration clandestine vers son pays, depuis les pays arabes et musulmans. Son homologue grec avait dit à Yaalon qu’un jeune marocain, en route vers l’Allemagne, était arrivé en Grèce à bord d’un canot, après avoir pris l’avion vers la Turquie. Apparemment, l’homme avait payé seulement 50 dollars pour un billet Marrakech-Istanbul.

« C’était un vol subventionné. Qui l’a subventionné ? Ils sont poussés vers l’Europe », a expliqué Yaalon. Les autorités à Athènes avaient fourni aux renseignements turcs une liste de 1 224 Turcs entrés illégalement en Europe, mais Ankara a nié avoir été impliqué, a raconté Yaalon, au nom du ministre grec.

« Erdogan agit comme le chef des Frères musulmans, et veut islamiser l’Europe », a affirmé Yaalon. « Donc quand les Européens exigent qu’il stoppe le flux de migrants, qu’a-t-il demandé ? Que les Turcs puissent entrer en Europe sans visa. Et qu’a-t-il dit aux Turcs vivant en Europe il y a trois semaines ? D’augmenter leur taux de natalité ! C’est l’islamisation de l’Europe. »

Lors d’un rassemblement en mars, par exemple, Erdogan a exhorté ses compatriotes en Europe à « n’avoir pas 3 mais 5 enfants ».

De plus, la Turquie finance les mosquées et les centres culturels islamiques en Europe, spécifiquement dans les Balkans, a indiqué l’ancien ministre de la Défense. « Il veut une hégémonie en Europe également. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, Avigdor Liberman, au centre, et Moshe Yaalon, à la Knesset, le 12 novembre 2014. (Crédit: Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, Avigdor Liberman, au centre, et Moshe Yaalon, à la Knesset, le 12 novembre 2014. (Crédit: Miriam Alster/Flash90)

Yaalon, qui s’est querellé avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu l’an dernier, après quoi il a quitté le gouvernement et la Knesset, a déclaré que la nouvelle administration américaine semble davantage être plus proche de la position israélienne que ne l’était celle d’Obama.

« Après 8 ans de divergences entre Israël et les États-Unis, il y a une possibilité de changement », a-t-il dit, félicitant Netanyahu pour avoir tenu tête à Obama. Yaalon a également félicité Trump parce qu’il juge l’Iran comme le « problème central du Moyen Orient, et non pas comme un élément de la solution », comme le pensait l’administration Obama, a-t-il dit.

Le fermier laitier devenu général devenu politicien qu’est Yaalon a accusé Netanyahu de corruption et de tentative de sabotage de la démocratie israélienne, mais s’accorde avec lui sur la plupart, si ce n’est la totalité des questions de sécurité et de défense (bien qu’il ait précisé de ne pas être ravi de l’accord de réconciliation entre Israël et la Turquie en juin 2016).

Yaalon, qui a qualifié l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry de « messianique » et d’« obsédé », parce qu’il se croyait capable de résoudre le conflit israélo-palestinien, a veillé à ne pas critiquer Trump ni son équipe. Mais il n’a pas dissimulé le fait qu’il estime que toute tentative de paix entre Israéliens et Palestiniens est vouée l’échec, même si Trump en est à l’origine.

« Si quelqu’un à la Maison Blanche pense réussir à instaurer un accord de paix permanent, c’est la recette de l’échec », a indiqué Yaalon, qui a évolué dans le mouvement travailliste, mais qui s’est durci dans les années 90 pour finir par rejoindre le Likud.

Trump a répété maintes fois qu’il n’est pas seulement déterminé à parvenir à un accord de paix, mais qu’il se pourrait aussi que cet accord soit plus facile à atteindre que beaucoup ne le pensent.

Yaalon a ajouté que le conflit israélo-palestinien est plus complexe qu’un simple soutien à une solution à 1 ou 2 états.

« Il faut être réaliste. Le fossé entre nous et Abu Mazen [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas], qui est considéré comme modéré par rapport au Hamas, est énorme », a expliqué Yaalon.

« Il n’est pas disposé à se mettre d’accord sur un accord [intérimaire] avec des frontières convenues, qui mettrait fin au conflit. Il n’est pas disposé à reconnaître l’État d’Israël, et c’est le cœur du conflit. Ce ne sont pas les implantations, c’est leur refus de reconnaître l’État juif. »

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)
Le président américain Donald Trump, à gauche, et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pendant une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Crédit : Mandel Ngan/AFP)

Quand les Palestiniens parlent « d’occupation », ils parlent de 1948, de la création de l’État d’Israël, et non pas de 1967, la Guerre des Six jours au cours de laquelle Israël a capturé Gaza et la Cisjordanie, a affirmé Yaalon au Times of Israël, dans les bureaux de sa nouvelle ONG politique appelée « un leadership différent ».

« Il y a un fossé que même Trump est incapable de combler. »

Yaalon suggère que la Maison Blanche revoie ses ambitions à la baisse et qu’elle se concentre sur le renforcement de l’économie, des infrastructures et de la sécurité dans les Territoires palestiniens, sur la lutte contre l’incitation et la violence, la réforme du système éducatif palestinien, qui prêche la haine contre les Juifs et contre les Israéliens.

Le président Donald Trump et la 'first lady' Melania Trump avec le roi d'Arabie saoudite Salman bin Abdulaziz al-Saud, deuxième depuis la droite, à la cérémonie inaugurale du Centre mondial de lutte contre l'idéologie extrémiste de Riyadh, en Arabie saoudite, le 21 mai 2017 (Crédit : Bandar Algaloud/Saudi Royal Council/Anadolu Agency/Getty Images)
Le président Donald Trump et la ‘first lady’ Melania Trump avec le roi d’Arabie saoudite Salman bin Abdulaziz al-Saud, deuxième depuis la droite, à la cérémonie inaugurale du Centre mondial de lutte contre l’idéologie extrémiste de Riyadh, en Arabie saoudite, le 21 mai 2017 (Crédit : Bandar Algaloud/Saudi Royal Council/Anadolu Agency/Getty Images)

Yaalon, 66 ans, avait également manifesté son soutien pour les accords d’Oslo, mais son optimisme pour la paix a pris un coup quand, à la tête du renseignement militaire, il a informé Yitzhak Rabin, alors Premier ministre, que les dirigeants palestiniens ne préparaient pas leur peuple à la paix. « C’est tout l’inverse », se souvient-il confier à Rabin, en évoquant les programmes télévisés et les manuels scolaires palestiniens.

« Si aujourd’hui je ne devais qu’un conseil à l’administration Trump, ce serait le suivant : il n’y a aucune chance que l’on parvienne à un accord de paix. Ne tentez même pas d’atteindre un accord de paix », a déclaré Yaalon.

Yaalon a ajouté qu’il espère que Trump, en tant qu’homme d’affaires chevronné, aura une politique « réaliste » au Moyen Orient. « L’histoire nous dira ce que le président Trump souhaite faire. Je ne l’imagine pas courir derrière un accord permanent », a-t-il dit. « Je pense qu’il ne sera pas en mesure de comble les fossés qui nous séparent des Palestiniens. Pas à cause de nous, mais parce que le rejet des Palestiniens est immuable. »

En plus de mettre fin à l’incitation palestinienne et au versement des « salaires » des terroristes, la Maison Blanche devrait également travailler sur un alignement régional entre Israël et les pays arabes sunnites qui voient en l’Iran un ennemi commun.

« À ce stade, le conflit israélo-palestinien est anodin. Il n’y a pas de conflit israélo-palestinien », a affirmé Yaalon. J’espère que les rapports que le président Trump a entendu des Arabes, et qu’il a acceptés, à savoir, que la région ne peut pas se stabiliser avant la résolution du conflit israélo-palestinien, sont faux. Je suis sûr qu’il a entendu cela. »

Les états arabes sunnites modérés sont assez enthousiastes à l’idée des initiatives de Trump, qui tente de négocier la paix entre Israéliens et Palestiniens, a affirmé Yaalon. « Ils ont d’autres préoccupations », a-t-il assuré, citant des problèmes internes et l’inquiétante menace externe que représente l’Iran. « Je peux vous garantir qu’ils n’ont que faire des Palestiniens. »

Yaalon a ajouté qu’il ne s’inquiétait pas que la relation entre Trump et le Roi Salmane d’Arabie saoudite, ne tente de faire pression sur Israël pour qu’il accepte l’Initiative de paix arabe. Il l’a qualifiée de « diktat » que Jérusalem n’étudiera même pas.

Durant le temps qu’il a passé au gouvernement, Israël a « tenté de parvenir à des accords » avec les Arabes, les invitants à soumettre une proposition de paix mise-à-jour, « quelque chose qui ne soit pas un diktat », se souvient-il. « Mais ils ne sont pas venus. Nous ne savons jamais s’ils viendront. »

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