Yarden Bibas : Seul Trump peut convaincre Netanyahu et le Hamas de renouveler le cessez-le-feu et l’accord sur les otages

Evoquant le sort de ses amis d'enfance Ariel et David Cunio, toujours captifs, l'ex-otage a déclaré : « J'ai perdu ma femme et mes enfants. Sharon [Cunio] ne doit pas perdre son mari »

Yarden Bibas est interviewé dans l'émission 60 Minutes de CBS, le 30 mars 2025. (Crédit : CBS 60 Minutes)

Dans sa première interview depuis qu’il a été relâché plus tôt cette année par le Hamas, et après que les corps de sa femme et de ses jeunes enfants assassinés ont été rendus plusieurs semaines plus tard, qu’il a accordée à la chaîne américaine CBS dans l’émission « 60 Minutes », Yarden Bibas a appelé le président américain Donald Trump à mettre fin à la guerre à Gaza et à ramener les otages,

Interrogé s’il a un message pour Trump, Bibas répond : « S’il vous plaît, faites arrêter cette guerre et aidez à ramener tous les otages. »

Pressé de dire s’il croit vraiment que Trump peut aider, Bibas a répondu : « Je sais qu’il peut aider. Je suis ici grâce à Trump. Je suis ici uniquement grâce à lui. »

Les propos de Bibas semblent refléter le sentiment de nombreuses familles d’otages qui ont concentré leurs efforts pour libérer leurs proches sur l’administration à Washington, estimant que le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu doit être mis sous pression par les États-Unis pour qu’il accepte un accord.

La réponse de Bibas met également en évidence l’opposition des familles d’otages à la décision de Netanyahu de reprendre la guerre au début du mois alors que les négociations avec le Hamas sont dans l’impasse. Elles ont exprimé leur crainte que la reprise des frappes israéliennes ne mette en danger les otages restants. On estime qu’environ 24 des 59 captifs encore à Gaza sont toujours en vie.

Les familles des otages ne sont pas les seules à s’opposer à cette solution. Un sondage diffusé ce week-end sur la chaîne N12 a montré que 69 % des Israéliens sont favorables à la fin de la guerre en échange de la libération des otages restants, ce à quoi s’oppose Netanyahu, arguant que cela laisserait le Hamas au pouvoir.

« Je pense que [Trump] est le seul à pouvoir arrêter cette guerre », a déclaré Bibas.

« Il doit convaincre Netanyahu, il doit convaincre le Hamas. Je pense qu’il peut le faire », a poursuivi l’ex-otage, indiquant que le Premier ministre israélien et le groupe terroriste doivent être mis sous pression.

Netanyahu s’est brouillé avec la plupart des familles des otages — et une grande partie de l’opinion publique — en ordonnant la reprise de la guerre le 18 mars, alors que les négociations avec le Hamas étaient dans l’impasse.

Après la conclusion de la première phase de l’accord, qui a permis le retour des Bibas, le 1er mars, le Hamas a cherché à passer à la deuxième phase de l’accord, qui prévoyait la libération des derniers otages vivants en échange du retrait complet des forces israéliennes et de la fin définitive de la guerre.

Netanyahu a fait valoir que ces deux dernières conditions auraient permis au Hamas de rester au pouvoir. Il a largement refusé de tenir des pourparlers concernant la deuxième phase de l’accord pendant un mois, avant de chercher à en revoir les termes afin que le cessez-le-feu temporaire de la première phase puisse être prolongé et que davantage d’otages puissent être libérés. Le Hamas a refusé, ce qui a conduit Netanyahu à reprendre des opérations militaires intensives dans toute la bande de Gaza, arguant qu’une pression militaire supplémentaire amènerait le groupe terroriste à assouplir ses exigences.

Lorsqu’on lui demande s’il pense que la stratégie fonctionnera, Bibas a été catégorique : « Non. Non. »

Yarden Bibas est interviewé dans l’émission 60 Minutes de CBS, le 30 mars 2025. (Crédit : CBS 60 Minutes)

Décrivant les conditions de captivité pendant la guerre, Bibas a confié que « c’est effrayant. On ne sait pas quand [les frappes israéliennes auront lieu]. Et quand cela arrive, on a peur de mourir ».

« La terre entière tremblait, comme lors d’un tremblement de terre, mais [j’étais] sous terre, donc tout pouvait s’effondrer à tout moment », dit-il.

Parlant de l’assassinat de sa femme Shiri, de son fils Ariel, âgé de quatre ans, et de Kfir, âgé de neuf mois, Yarden a rappelé qu’ils « avaient été assassinés de sang-froid, à mains nues ».

Shiri, Kfir et Ariel Bibas. (Crédit : Forum des familles des otages et disparus)

Il a raconté que ses ravisseurs du Hamas lui disaient : « ‘Oh, ce n’est pas grave. Tu auras une nouvelle femme, de nouveaux enfants. Une meilleure femme, de meilleurs enfants.’ Ils ont dit ça à plusieurs reprises. »

Bibas a mené l’interview vêtu d’un t-shirt avec les photos des frères otages David et Ariel Cunio, ses voisins du kibboutz Nir Oz, la ville frontalière la plus durement touchée lors de l’attaque du Hamas le 7 octobre, et a parlé d’eux durant l’émission.

« Ils sont tous les deux toujours en captivité, et je ne sais pas s’ils ont assez de nourriture, assez d’eau, surtout maintenant que la guerre a repris », a dit Bibas.

« Nous avons tout fait ensemble », a-t-il déclaré à propos de lui-même et de David Cunio. « Il était à mes côtés dans toutes les grandes étapes de ma vie. Il était à mon mariage. »

« Maintenant, je traverse sans doute la période la plus difficile de ma vie, et David n’est pas à mes côtés », déplore Bibas.

« J’ai perdu ma femme et mes enfants. Sharon [Cunio] ne doit pas perdre son mari», affirme Bibas.

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