20 ans après le retrait du Liban, des séries TV abordent la « guerre sans nom »
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20 ans après le retrait du Liban, des séries TV abordent la « guerre sans nom »

Près de 700 soldats ont été tués pendant les 18 ans d'occupation du Liban par Israël ; le journaliste Matti Friedman et la chaîne Kan racontent leur histoire

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldats israéliens ouvrent les portes pour le passage d'un char lors du retrait de Tsahal du Liban, le 22 juin 2000. (Flash90)
Des soldats israéliens ouvrent les portes pour le passage d'un char lors du retrait de Tsahal du Liban, le 22 juin 2000. (Flash90)

La tombe de tout soldat tué au combat lors de la bataille de la Colline des Munitions le 6 juin 1967 indique clairement qu’il fait partie des quelque 800 soldats de l’armée israélienne tombés au cours de la Guerre des Six Jours. Les stèles des soldats tués lors de la guerre d’indépendance de 1948, de la guerre du Yom Kippour de 1973 ou de la guerre de Gaza de 2014, l’opération Bordure protectrice, arborent des descriptions similaires en fonction des guerres qui leur ont coûté la vie.

Mais un soldat tué pendant les 18 ans de présence d’Israël au Sud-Liban n’obtient pas cette reconnaissance. Ils sont répertoriés comme ayant été tués « au Liban ».

La semaine dernière, le journaliste et désormais cinéaste Matti Friedman a demandé au Times of Israel, de manière rhétorique, « Qu’est-ce que le
Liban ? ».

Avec le producteur de télévision chevronné Israel Rosner, ils ont tenté de répondre à cette question avec une série de documentaires en trois parties et trois heures, « Une guerre sans nom », qui a été diffusée sur Kan ce mois-ci et est disponible sur YouTube. Pour l’instant, elle n’est disponible qu’en hébreu, bien que Matti Friedman ait indiqué qu’une version sous-titrée en anglais était en préparation.

En utilisant des images d’archives et en révélant de nouvelles interviews, Matti Friedman et Israel Rosner racontent l’histoire de l’occupation du Liban par Israël, de 1983, après la première guerre du Liban de l’année précédente, au 24 mai 2000, lorsque l’armée israélienne a retiré ses dernières troupes du pays sur ordre du Premier ministre Ehud Barak.

Matti Friedman pendant son service militaire au sein de l’armée israélienne, à la fin des années 1990. (Crédit : autorisation de Matti Friedman)

Le résultat est un récit impressionnant, exaspérant et éclairant sur la façon dont Israël a tenté de transformer le Pays du Cèdre en quelque chose de plus à son goût, mais a fini par être « aspiré dans la boue libanaise », comme le dit le proverbe, pendant 18 années brutales et sanglantes.

Comme le suggère le titre de la série, cette période n’a pas de désignation officielle. Les 675 soldats qui ont été tués pendant cette période ne sont pas considérés comme étant tombés dans une guerre, campagne ou opération globale. En effet, ce nombre – 675 – n’est pas un chiffre officiel du gouvernement, mais un calcul approximatif effectué par trois citoyens israéliens entreprenants : Haim Har-Zahav, Yossifoon Kaufman et Oded Kramer.

Que la guerre et ses victimes n’aient aucune reconnaissance ou désignation officielle « est une insulte », selon Matti Friedman, qui s’est engagé dans Tsahal en 1997 et a servi au Liban de 1998 à 2000.

« Je pense qu’il est assez choquant que cette période n’ait pas reçu le respect minimal, minimal d’un nom, d’être reconnue comme une guerre », a-t-il dénoncé lors d’un entretien téléphonique.

Matti Friedman et son peloton, Liban 1998. (Avec l’aimable autorisation de Matti Freidman)

« Nous avons décidé d’envahir un pays voisin, de construire un immense appareil d’avant-postes et d’opérations et une armée locale alliée. Nous avons perdu environ 700 hommes là-bas, et l’ennemi en a perdu davantage, et nous avons dépensé des milliards de dollars et 18 ans là-bas. C’est une guerre, il n’y a pas d’autre mot qui fonctionne que celui de guerre », a commenté Matti Friedman.

Il attribue ce désintérêt pour cette période à un certain nombre de
facteurs : le récit est long, confus et embrouillé ; un nombre relativement faible de soldats ont servi au Liban ; peu de journalistes ont été autorisés à se rendre dans la région ; et cela s’est « déroulé dans un autre pays », loin des yeux et donc loin du cœur.

Le journaliste et Israel Rosner ont enregistré des heures d’interviews, dont environ « un pour cent a réussi à entrer » dans le documentaire, avec Ehud Barak, une multitude d’anciens généraux et soldats de première ligne de l’armée israélienne, et les dirigeants du Four Mothers Movement [Mouvement des quatre mères], qui ont organisé les manifestations du pays en faveur d’un retrait du Liban.

Couverture du livre « Pumpkinflowers » de Matti Friedman. (Autorisation)

La mini-série documentaire est le deuxième grand travail de Matti Friedman sur le thème de la zone de sécurité israélienne au Sud-Liban, le premier étant son livre de 2016 Pumpkinflowers, un compte-rendu des expériences sur le terrain et des émotions des soldats qui y ont servi au milieu et à la fin des années 1990. Le titre de l’ouvrage provient du nom de la forteresse où Matti Friedman a servi au Liban – Dlaat, ou potiron en français – et du mot de code de Tsahal pour les victimes – les fleurs.

Il a également écrit un article sur le sujet alors qu’il était encore dans l’armée israélienne, pour le fondateur du Times of Israel, à l’époque rédacteur en chef du Jerusalem Report, David Horovitz. « Je l’ai griffonné sur le dos d’une cible en papier parce que c’était le seul papier que j’avais et je le lui ai lu au téléphone », se souvient Matti Friedman en plaisantant.

Le Vietnam d’Israël

Semblable à certains égards aux guerres menées par les États-Unis au Vietnam et en Irak, Israël est entré au Liban en 1982 avec un seul objectif, mais y est resté pendant des années et des années, car sa mission a changé et est devenue plus confuse et compliquée et s’est détachée de la raison initiale pour laquelle il était entré dans le pays en premier lieu.

Après des attaques meurtrières répétées de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et d’autres groupes terroristes basés au Sud-Liban, l’armée israélienne est entrée dans le pays pour les chasser sous la direction du Premier ministre Menachem Begin et du ministre de la Défense Ariel Sharon.

Le Premier ministre Menachem Begin (à droite) et le ministre de la Défense Ariel Sharon le 7 juin 1982, au château de Beaufort, quelques heures après la prise du bastion palestinien au Sud-Liban par les troupes israéliennes. (AP Photo)

La guerre elle-même a permis d’atteindre cet objectif immédiat, obligeant l’OLP à déplacer son quartier général en Tunisie. Mais avec des plans grandioses pour faire du Liban un pays ami, au lieu de partir, Israël s’est plutôt associé à la population chrétienne maronite du Liban pour former l’Armée du Liban Sud [ALS] et ce qu’on a appelé l’État du Liban libre.

Alors que le Liban sombrait dans une guerre civile sanglante, l’État juif a été contraint de jouer un rôle de plus en plus important pour assurer la stabilité de l’ALS et du Sud-Liban en général, ce qui a conduit à la construction de 16 avant-postes de Tsahal dans la zone de sécurité, connue en hébreu sous le nom de Retzuat Habitahon. Ces sordides forteresses de sacs de sable, de béton et de métal ont reçu des noms colorés et fleuris comme Basilic, Curcuma, Citrouille, Cyprès. Le plus célèbre de ces avant-postes a peut-être conservé le nom de la forteresse croisée originale à côté de laquelle il a été construit : Beaufort.

Des véhicules de l’armée israélienne sur le pont d’Awali lors du retrait du Liban, le 16 février 1985. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Leur mission était écrite sur chacun d’entre eux, avec une signalisation claire : « Défendre les communautés du Nord. »

En réalisant la série, Matti Friedman a pu obtenir une réponse à une question à laquelle il pensait depuis longtemps : qui a écrit ce message, cette description excessivement superficielle ?

« C’était Yossi Peled », révèle-t-il. Yossi Peled était le chef du Commandement Nord de Tsahal de 1986 à 1991 ; il est interviewé dans le documentaire.

Les troupes recherchaient en effet des équipes de combattants du Hezbollah qui lançaient périodiquement des roquettes Katioucha sur Kyriat Shmona et d’autres villes du nord d’Israël.

The Beaufort Castle is a Crusader fortress in southern Lebanon which was used by the PLO to launch rockets at northern Israel before the first Lebanon War. (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)
Le château de Beaufort est une forteresse des Croisés au Sud-Liban qui a été utilisée par l’OLP pour lancer des roquettes sur le nord d’Israël avant la première guerre du Liban. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Mais les avant-postes eux-mêmes étaient des cibles constantes pour les attaques du Hezbollah – tirs de mortier, bombes de bord de route et, plus tard, attaques de missiles guidés antichars. Et une grande partie de ce que les soldats ont fini par faire, de manière cyclique, était de mener des raids pour trouver et affronter les combattants qui les attaquaient.

Les généraux interviewés pour la série se plaignent d’avoir eu « les mains liées », que si les dirigeants politiques leur avaient donné plus de latitude pour lancer des assauts plus importants et plus audacieux sur les opérations du Hezbollah, les choses auraient pu se dérouler différemment.

Mais avec le temps, l’opinion publique s’est retournée contre l’occupation continue du Sud-Liban par Israël, en particulier après le tragique crash de deux hélicoptères de transport en direction du Liban, tuant les 73 soldats à bord. Le meurtre du général de brigade Erez Gerstein en 1999 par le Hezbollah a été le dernier clou du cercueil. Ehud Barak, qui avait centré sa campagne sur un départ du Liban, a été élu Premier ministre la même année, ce qui fait que le retrait n’était qu’une question de temps.

Des tanks israéliens stationnés à proximité d’immeubles dans la ville de Tyr, au sud du Liban, le 22 juillet 1982. (Yossi Zamir/Flash90)

Pendant cette période, dans les derniers mois de la présence de Tsahal au Sud-Liban, la mission des soldats ne consistait en rien d’autre que de ne pas se faire tuer.

Dans la nuit du 24 mai 2000, l’armée israélienne a retiré ses dernières troupes du Liban, en utilisant des tonnes d’explosifs pour détruire les 16 avant-postes qu’elle y avait construits 14 ans plus tôt, afin de ne laisser derrière elle rien d’utile au Hezbollah.

Des gens sont morts inutilement

Bien que chaudement débattue à l’époque, cette période est aujourd’hui largement considérée – y compris par nombre de ses penseurs – comme une catastrophe et une erreur, qui aurait dû prendre fin bien avant le retrait de 2000.

« C’était une décision qui aurait dû être prise beaucoup plus tôt », commente le général de brigade (rés.) Moshe « Chico » Tamir, qui a joué divers rôles clés au Liban et a littéralement écrit le chapitre sur les opérations de Tsahal pendant cette période, au sujet du retrait dans le troisième épisode de la série.

Amiram Levin, ancien chef du Commandement Nord de Tsahal, est interviewé dans un documentaire pour la chaîne de télévision Kan, « Une guerre sans nom », sur la présence d’Israël au Liban pendant 18 ans, qui a été diffusé en mai 2020. (Capture d’écran)

Cela a été confirmé par les commentaires des interviews de Shaul Mofaz, qui a été chef d’état-major pendant le retrait, d’Amiram Levin, qui a été chef du Commandement Nord pendant l’occupation, et de Moshe Kaplinski, qui a commandé la division de Galilée, responsable de la frontière libanaise, pendant le retrait.

« C’était toujours la même affirmation : c’est la moins mauvaise [option] », indique M. Levin à ses intervieweurs.

Ces quatre anciens généraux de l’armée israélienne étaient parmi les plus fervents partisans de la présence d’Israël au Liban à l’époque, mais en en parlant rétrospectivement, ils ont tous indiqué que – à tout le moins – cela a duré beaucoup plus longtemps qu’il n’aurait fallu.

« Nous avons été très surpris d’obtenir ces réponses. C’était incroyablement courageux de leur part de le dire », estime Matti Friedman.

« Cela signifie que des gens sont morts inutilement », a-t-il ajouté.

Le livre Pumpkinflowers de Matti Friedman est bien moins accablant que la série documentaire, ce qui laisse peu de doutes au spectateur sur le fait que la politique libanaise d’Israël était, à tout le moins, malavisée.

Matti Friedman au Liban. (Avec l’aimable autorisation de Matti Friedman)

« Je n’avais pas un verdict aussi clair au début du projet. Mon livre est plus agnostique », précise le journaliste.

Il explique que lui et Israel Rosner ont essayé de trouver des responsables de cette période pour plaider en faveur de la stratégie du pays, pour faire valoir que c’était « juste à l’époque », mais sans succès.

« Il a été difficile de trouver quelqu’un qui puisse la défendre », indique-t-il.

Matti Friedman, après des années de contemplation du Liban, attribue l’échec de cette politique à la pensée collective, aux politiciens refusant de prendre la responsabilité de la sécurité nationale du pays et cédant à la place la prise de décision aux militaires, à une version mortelle du sophisme des coûts irrécupérables dans lequel « pour justifier les gars que vous avez perdus, vous envoyez plus de gars ».

Le Cheikh Mohammad Hussein Fadlallah, en turban noir, entouré de ses gardes du corps, se rend à une mosquée dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, pour la cérémonie d’enterrement des 75 victimes de l’explosion d’une voiture piégée, le 9 mars 1985. (AP Photo)

« La valeur d’une série comme celle-ci est d’étudier le Liban et d’étudier cette période et de cesser de l’ignorer, de tirer ces leçons et d’entendre les gens qui ayant dirigé les soldats dans la zone de sécurité dire qu’en regardant en arrière, c’était une erreur. Non pas qu’ils aient commis une erreur, mais que cette politique était une erreur », explique-t-il.

« Mais je blâme moins l’armée que le côté politique. Le côté politique est censé diriger et décider de la direction que prend ce pays », précise-t-il.

Matti Friedman, qui écrit maintenant pour le New York Times et qui a travaillé auparavant pour l’Associated Press, a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une question partisane, de gauche ou de droite, mais d’une question qui a commencé sous la droite de Menachem Begin, a été poursuivie par la gauche d’Yitzhak Rabin et la droite de Benjamin Netanyahu, et a finalement été terminée par l’aile gauche d’Ehud Barak.

Un pays post-Liban

Bien qu’il estime que de nombreuses leçons du Liban doivent encore être tirées, la période a eu une influence indéniable et démesurée sur la sécurité nationale et la société israélienne.

« Le pays est aujourd’hui un pays post-Liban », a-t-il déclaré.

Cette expérience a remis à sa place un Israël jadis hautain, ayant tenté de remodeler le Moyen-Orient et échoué lamentablement.

« Nous sommes allés au Liban en 1982 avec de grandes idées sur ce que nous faisions. Nous voulions changer le Moyen-Orient. Nous étions une puissance militaire et nous voulions réécrire la dynamique régionale », commente M. Friedman.

« Et nous sommes sortis du Liban beaucoup plus modestes. Peut-être un pays plus intelligent, un pays plus réaliste, mais un pays plus modeste aussi. Et c’est le pays dans lequel nous sommes aujourd’hui ».

Avec son aventurisme libanais raté, Israël a appris que s’immiscer publiquement et profondément dans les affaires d’un autre pays comporte des risques majeurs.

Nous sommes sortis du Liban beaucoup plus modestes. Peut-être un pays plus intelligent, un pays plus réaliste, mais un pays plus modeste aussi

Lorsqu’une guerre civile a éclaté en Syrie en 2011 et qu’une opportunité s’est présentée de remodeler à nouveau un pays voisin en quelque chose de plus amical, Israël s’est délibérément abstenu, répétant sans cesse qu’il ne s’impliquerait pas dans les affaires intérieures de la Syrie.

Quand Israël a eu l’occasion de faire équipe avec les milices rebelles syriennes sur le plateau du Golan, il a veillé à ne pas répéter les erreurs qu’il avait commises avec l’armée du Sud-Liban. De nombreux anciens de l’ALS vivent actuellement en Israël avec leur famille – environ 2 700 au total – parce qu’ils sont confrontés à la menace de la violence et de la mort dans leur pays, à la fois en raison de leur coopération avec Israël et, ce qui n’est pas moins important, en raison des tactiques brutales de l’ALS, en particulier dans sa tristement célèbre prison d’al-Khiam.

Bien qu’Israël ait apporté un certain soutien aux rebelles syriens, la relation n’a délibérément jamais été à un niveau similaire à celui entre l’armée israélienne et l’ALS. Lorsque le sud de la Syrie est tombé aux mains du dictateur Bashar el-Assad, il n’y a eu aucune discussion sérieuse en Israël pour permettre aux rebelles syriens de s’installer en Israël. Et la raison en était claire : ils ont peut-être reçu un certain soutien d’Israël, mais ils n’ont jamais été « nos gars » comme l’ALS l’était.

Des membres de l’Armée du Sud-Liban et leurs familles fuient le Liban et entrent en Israël, le 29 mai 2000. (Flash90)

Sur le plan culturel, le développement du Mouvement des Quatre Mères – lancé par quatre mères dont les fils ont été tués au Liban – a également marqué le moment où les troupes de Tsahal ont commencé à être considérées comme « nos garçons », plutôt que comme des hommes, affirme M. Friedman.

« Il existe désormais une notion selon laquelle les soldats sont des enfants qui doivent être protégés de l’armée », indique-t-il.

Les parents du sergent Nachshon Wachsman, un soldat de Tsahal qui a été kidnappé et retenu en otage par le Hamas pendant une période de 6 jours, après quoi il a été exécuté lors d’une tentative de sauvetage, rendent visite aux parents du soldat enlevé Gilad Shalit dans une tente de protestation installée en face de la résidence du Premier ministre Netanyahu, le 25 août 2010. (Miriam Alster/FLASH90)

Selon M. Friedman, ce point de vue s’est exprimé dans les manifestations qui ont poussé le gouvernement à négocier la libération de Gilad Shalit, un soldat de Tsahal retenu en captivité par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans la bande de Gaza, ainsi que dans la controverse entourant le procès d’Elor Azaria, un soldat condamné pour homicide involontaire pour avoir abattu un terroriste blessé qui, quelques minutes auparavant, avait poignardé un de ses camarades.

« Vous entendez ce discours en Israël selon lequel les soldats sont tous nos enfants », a-t-il dit. « Cela vient du Mouvement des Quatre Mères. Elles ont été les premières à vraiment pénétrer dans le cerveau du pays ».

Lui donner un nom

Le 20e anniversaire du retrait israélien du Sud-Liban a donné un nouveau souffle au sujet, avec des articles de journaux, des reportages télévisés et la création d’un groupe Facebook dédié, « Stories from Lebanon – What Happened in the Outposts » [Histoires du Liban – Ce qui s’est passé dans les avant-postes], où quelque dizaines de milliers de vétérans de cette période partagent des photos et des souvenirs, se disputent et se racontent des blagues.

L’ancien ministre de la Défense Naftali Bennett lorsqu’il servait comme officier dans l’unité d’élite de reconnaissance Maglan dans les années 1990, sur une photographie non datée. (Avec l’aimable autorisation de Naftali Bennett)

Le mois dernier, le ministre de la Défense de l’époque, Naftali Bennett, qui a lui-même servi au Sud-Liban dans les années 1990, révèle qu’il avait demandé à l’armée d’envisager la création d’un insigne spécial pour les soldats ayant servi au Liban pendant cette période.

Le Comité d’action pour la reconnaissance de la guerre dans la zone de sécurité, [Action Committee for the Recognition of the War in the Security Zone], dirigé par Haim Har-Zahav, qui a recensé le nombre de personnes tuées au Liban, a également envoyé une lettre au nouveau ministre de la Défense israélien, Benny Gantz, qui a également servi au Liban, l’exhortant à reconnaître et à nommer cette période. Son bureau n’a pas encore répondu.

Matti Friedman, malgré sa déception face au fait qu’Israël n’a pas donné un nom approprié à la présence militaire de 18 ans dans la zone de sécurité du Sud-Liban, ne sait pas non plus comment l’appeler.

Lorsqu’on lui a posé la question, il nous a recommandé de consulter le groupe « Histoires du Liban ».

Un des sujets du groupe, comportant des dizaines de réponses, est en effet la recherche d’un nom.

Certains sont des blagues, comme « La première et demie guerre du Liban », ou des rappels historiques, comme « La deuxième guerre d’usure ».

Quelques-uns ont un réel potentiel : « La guerre de la zone de sécurité » et « La guerre de 18 ans ».

Mais quel que soit le nom qu’on lui donne, pour les milliers de personnes qui ont servi au Liban et pour les centaines de familles de soldats qui ne sont jamais revenus et pour la nation en général, les répercussions et les retentissements de cette guerre non reconnue seront toujours là.

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