3 ans après, un secouriste israélien ne parvient toujours pas à oublier le 7-Octobre

Natan Kenig est hanté par des flashbacks du jour du massacre et des mois qui ont suivi, durant lesquels il a rassemblé les restes humains pour les enterrer, mais il refuse de s'apitoyer sur son sort

Des volontaires de ZAKA marchant à travers les destructions causées par les terroristes du Hamas ramassant les cadavres, dans le kibboutz Kfar Aza, le 15 octobre 2023. (Crédit : Edi Israel/Flash90)

Natan Kenig n’a pas besoin de fermer les yeux pour revivre la journée du 7 octobre 2023. Les rangées de voitures brûlées, les corps au sol, les roquettes dans le ciel : « J’ai vu des atrocités, les choses les plus terribles de ce monde. »

Trois ans après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, ce secouriste, mobilisé parmi les premiers, reste hanté par ce qu’il a vu. À l’image du pays tout entier, qui commémore mercredi les pires massacres jamais commis sur son sol.

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Difficile d’entrevoir immédiatement les plaies invisibles derrière son visage en lame de couteau, sa barbe poivre et sel et son regard droit. Puis il lâche : « Je ne souhaite à personne d’avoir devant soi des corps qui brûlent dans des voitures, et d’essayer de les sauver. C’est inhumain. »

Il en faut pourtant beaucoup pour ébranler cet homme de 48 ans, volontaire depuis trois décennies à ZaAKA, une ONG juive orthodoxe spécialisée dans la collecte des restes de victimes de morts violentes, jusqu’à leur sang, pour les enterrer entières comme l’exige le judaïsme.

Réputés pour leur réactivité, ses quelque 3 000 membres sont souvent les premiers arrivés sur les lieux d’une tuerie ou d’un accident, et sont formés pour aider les rescapés avant de s’occuper des morts.

C’est ainsi que Natan Kenig a pris le volant aux premières heures du 7-Octobre et foncé en direction des zones frontalières de Gaza, alerté par un collègue qu’il se passait quelque chose.

Des bénévoles de ZAKA fouillant les décombres d’une maison détruite par des terroristes du Hamas près de la bande de Gaza, dans le sud d’Israël. (Crédit : Zohar Shpak/ZAKA)

« J’ai tourné sur la route, et Dieu et moi nous sommes retrouvés face à une rangée de voitures brûlées, avec les corps de gens tués par balles sur le goudron », livre-t-il.

« D’un coup, vous entrez dans un autre monde, un monde qui s’est figé. »

« Cicatrice profonde »

Il ne le sait pas encore, mais il vient d’arriver près du site du festival de musique Nova, l’un des épicentres de l’assaut barbare et sadique du groupe terroriste.

Le site du festival de musique Supernova près du kibboutz Reim, où les terroristes du Hamas ont assassiné 364 festivaliers et en ont kidnappé plus de 40 vers la bande de Gaza le 7 octobre 2023, sur une photo prise le 12 octobre 2023. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP Photo)

Plus de 370 personnes seront tuées à Nova, sur les plus de 1 200 morts laissés par les attaques en Israël.

Sur le moment, Natan Kenig se jette à corps perdu dans sa mission. Aider les rescapés, puis ratisser les lieux pour recueillir les dépouilles, dans des conditions particulièrement éprouvantes.

Il s’arrête sur la difficulté d’identifier précisément les victimes brûlées vives dans leur voiture ou chez elles, dans les kibboutzim pris d’assaut par le Hamas.

Il raconte avoir envoyé à l’institut médico-légal un sac « de quelques centaines de grammes » de cendres récoltées dans une voiture, avec une bague et un morceau de téléphone carbonisé, sans savoir combien de victimes étaient mortes.

« Un mois et demi plus tard, quatre personnes ont pu être identifiées et il y a eu quatre enterrements », explique-t-il.

« C’est ma mission dans ce monde. »

Il continue ce travail jusqu’en février 2024, tant l’ampleur de la mission est énorme. Pour lui, « la journée du 7-Octobre a duré quatre mois ».

Mais cette plongée dans l’horreur finit par trouver une faille dans son armure. « Une cicatrice profonde », reconnaît ce secouriste, désormais suivi par un psychologue.

« Témoigner »

Le contraste entre son visage, aujourd’hui grave et fermé, et sa mine rayonnante sur d’anciennes photos publiées sur ses réseaux sociaux est saisissant.

Avant le 7-Octobre, ce cuisinier pour des réceptions privées s’était spécialisé dans les viandes fumées. « Je réjouissais les gens par le biais de la nourriture » et « mettais mon cœur dans l’assiette ».

Mais après avoir vu autant de corps brûlés, « ça ne fonctionne plus », dit-il. Sa vie privée et sociale en a aussi pris un coup.

« Parfois, je me souviens de certaines situations, de choses que j’ai vues sur le terrain. C’est pas facile, tu es assis avec des gens, à table, tu manges et, soudain, il faut que tu sortes », souffle-t-il.

Malgré tout, cet homme pieux refuse de s’apitoyer sur son sort.

« Je suis en vie, Dieu merci. Je vis et je veux vivre, je continuerai de vivre, n’en déplaise à ceux qui veulent nous détruire. »

Il sort son téléphone et fait défiler des centaines de photos et de vidéos prises lors de ces journées d’horreur.

« C’est important pour moi de témoigner », explique ce père de quatre enfants.

« Pour la prochaine génération. Pour qu’ils fassent en sorte que ça n’arrive plus jamais. »

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