Israël en guerre - Jour 251

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« Jamais vu ce degré de barbarie » : Israël montre les corps massacrés par le Hamas

Selon les autorités, près de 90 % des soldats tués ont été identifiés, mais à peine la moitié des civils, dont les corps se trouvent encore dans des morgues

Des corps de personnes tuées lors de l'attaque menée par des terroristes du Hamas dans le sud d'Israël attendent d'être identifiés, devant le Centre national de médecine légale de Tel Aviv, le 16 octobre 2023. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
Des corps de personnes tuées lors de l'attaque menée par des terroristes du Hamas dans le sud d'Israël attendent d'être identifiés, devant le Centre national de médecine légale de Tel Aviv, le 16 octobre 2023. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

À l’institut médico-légal de Tel Aviv, l’odeur de la mort est insoutenable : dans les blocs, sur des lits en métal, des cadavres calcinés, mutilés, décomposés. Ici, gisent les restes des Israéliens massacrés par le Hamas le 7 octobre, afin d’être identifiés.

Il y a des corps partout. Ou des morceaux de corps. Autour d’eux, des médecins légistes, en combinaison verte, s’activent à reconstituer ce qui peut l’être, tel un macabre puzzle.

Avant d’être examinés, les cadavres reposent sur des civières à roulettes, enveloppés dans d’épais sacs en plastique noir. Certains enveloppent un enfant.

Un numéro est attaché à chacun d’eux. Il en arrive de partout, poussés par des hommes, la plupart des volontaires, le plus souvent des Juifs orthodoxes. Dans la religion juive, un corps ne peut être enterré que lorsqu’il est entier. Autant que faire se peut.

« Nous avons décidé d’exposer cette horreur parce qu’il y a des gens qui nous accusent de mentir et de montrer des ossements de chiens », dit à l’AFP le directeur de l’Institut, le docteur Hen Kugel qui ne cherche même pas à retenir ses larmes.

Il montre un enchevêtrement d’os et de lambeaux de chair liés ensemble par un câble électrique dont la gaine a fondu. « Au scanner », explique-t-il, « on voit clairement deux colonnes vertébrales. Celle d’un homme ou d’une femme, nous ne savons pas, et celle d’un enfant. La posture des deux corps montre que l’adulte a tenté de protéger le petit. Ils ont été ligotés puis brûlés vifs ».

Le docteur Kugel essuie encore quelques larmes. « Cela fait 31 ans que je fais ce métier. Je n’ai jamais vu ce degré de barbarie, une telle cruauté, un tel acharnement. C’est juste atroce ».

Hen Kugel, directeur pathologiste israélien, s’adresse aux médias au Centre national de médecine légale de Tel Aviv, le 16 octobre 2023. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Corps sans tête

Les autorités israéliennes ont dénombré plus de 1 400 morts depuis l’attaque menée le 7 octobre par des centaines de terroristes du Hamas venus de la bande de Gaza pour s’infiltrer dans des localités et kibboutz adjacents au territoire palestinien.

Depuis, Israël pilonne Gaza, où les autorités locales ont recensé environ 2 750 morts.

En plus des sept médecins légistes de l’Institut de Tel Aviv, un anthropologue, un radiologue et huit généticiens participent à l’identification des corps, assistés par une trentaine de volontaires.

Tous se disent surpris par le fait que les poumons des victimes étaient saturés de fumée. D’autres corps sont criblés de balles dans le dos. D’autres encore ont les mains transpercées par des lames ou des projectiles, ce qui révèlent qu’ils se sont battus au corps à corps contre leurs agresseurs.

« Nous ne savons pas combien de bébés sont morts, ni combien de personnes âgées. Il y a aussi beaucoup de corps sans tête. Cela va prendre encore un peu de temps pour identifier tout le monde », admet le docteur Kugel.

Une famille entière d’Ukrainiens a péri dans l’attaque du Hamas. Ils avaient fui le conflit dans leur pays. Leur identité est encore inconnue. Il y a aussi des ressortissants américains.

« Peut-être d’autres nationalités encore », précise le médecin légiste Hagar Mizrahi.

Derrière lui, s’ouvre une porte électrique coulissante percée d’un hublot. Sur une longue table métallique, un corps gris est allongé. Là encore, impossible de dire s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Des tatouages sont visibles sur le dos et les membres gonflés. La victime n’a pas été brûlée vivante mais les impacts de balles sont bien visibles.

Les responsables du lieu demandent aux journalistes de « faire preuve de responsabilités en ne donnant pas d’indications qui pourraient perturber les familles des suppliciés ».

Des soldats israéliens enlevant les corps de civils israéliens dans le kibboutz Kfar Azza, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, le 10 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Je sens l’odeur »

Nurit Boublil, responsable de l’unité d’identification génétique, indique que des centaines de corps ont été convoyés à l’Institut. La plupart ont été identifiés.

« Mais tout est rendu difficile par le fait que souvent les suppliciés ont été attachés ensemble. Il est donc possible que dans un seul sac, il y ait deux corps, voire trois », ajoute la médecin.

Avant d’arriver à cet institut, certains corps ont d’abord transité par la base militaire de Shura, près de Ramla (centre), où ils étaient en attente d’une première identification ou d’inhumation dans des conteneurs réfrigérés.

Sur place, parmi les médecins, experts médico-légaux et volontaires, l’ancien grand rabbin de l’armée, Israël Weiss, est sorti de sa retraite pour aider.

« J’ouvre la porte des conteneurs réfrigérés, je vois les corps, je sens l’odeur, je la laisse remplir mes poumons et mon cœur, mais ce que je ressens, c’est leur douleur et leur disparition », murmure le rabbin Weiss.

Des conteneurs servant de morgue temporaire pour les victimes de l’attaque du Hamas du 7 octobre, au siège du rabbinat militaire à Ramle, le 13 octobre 2023. (Crédit : GPO)

Lui et d’autres membres de son équipe qui ont examiné les corps, affirment que de nombreuses victimes ont été torturées, violées ou maltraitées.

« Jamais de ma vie je n’ai vu de telles horreurs », ajoute le rabbin devant des conteneurs où sont disposés, dans chacun d’eux, jusqu’à une cinquantaine de corps dans des sacs mortuaires blancs.

« J’ai vu des bébés, des femmes et des hommes décapités. J’ai vu une femme enceinte dont le ventre était éventré et le bébé arraché. »

Pour identifier les victimes, les équipes se basent sur des échantillons d’ADN, des empreintes digitales et des dossiers dentaires.

Selon les autorités, près de 90 % des soldats tués ont été identifiés, mais à peine la moitié des civils.

« Rien ne pouvait nous préparer à cela », dit la sergent-chef Avigayil, en évoquant des sévices infligés aux corps des victimes.

Des psychologues et des assistants sociaux participent également à l’opération pour aider les équipes d’identification à la fin de chaque journée.

Mais l’armée, qui affirme qu’au moins 199 personnes ont été retenues en otage par le Hamas à Gaza, a prévenu qu’il faudrait des semaines pour avoir un bilan définitif des victimes et toutes les identifier.

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