Mohammed Dahlan pourrait s’allier au Hamas pour défier Abbas dans les urnes
Des discussions sont en cours avec cet homme d'influence en exil en vue de la création d'une liste palestinienne unifiée pour les élections du mois de de novembre, incluant des membres du Jihad islamique
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Un ancien homme fort du Fatah, exilé de Gaza, est actuellement en pourparlers en vue de la formation d’une alliance politique avec les principales organisations terroristes que sont le Hamas, le Jihad islamique palestinien et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), en vue de se présenter aux élections palestiniennes qui sont prévues, a confirmé au Times of Israel un porte-parole de la faction dissidente de Dahlan.
Dahlan, qui avait autrefois été une figure de proue du Fatah, a été évincé du mouvement politique dirigé par le dirigeant de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, il y a près de deux décennies – mais il continue de jouer un rôle prépondérant en tant qu’homme d’influence puissant dans la politique palestinienne et dans la politique des pays du Golfe.
Si ce critique de premier plan d’Abbas a probablement trouvé sa place dans les coulisses depuis son pied-à-terre aux Émirats, la formation d’une alliance sous l’égide de sa « Fraction démocratique réformiste du Fatah » pourrait offrir au Hamas et à d’autres groupes terroristes, qui risqueraient d’être exclus du scrutin, un moyen de participer sous un autre nom, ce qui constituerait un défi de taille pour le règne de longue date d’Abbas à la tête de l’AP.
Abbas a annoncé que les élections législatives se tiendraient le 28 novembre à Gaza et en Cisjordanie. Mais il avait reporté ces élections à plusieurs reprises – la dernière fois en 2021 – alors que le Fatah semblait se diriger vers une défaite.
Quand le Hamas avait remporté les dernières élections, en 2006, Israël et les pays occidentaux avaient boycotté son gouvernement, alimentant des mois de troubles qui avaient entraîné sa prise de contrôle de Gaza l’année suivante.
Une alliance ouverte entre le Hamas et Dahlan marquerait un tournant inhabituel pour ces ennemis de longue date.
Dahlan, ancien chef de la sécurité de l’AP à Gaza, a passé des années à traquer les membres du Hamas et il reste critique à l’égard du groupe. Toutefois, les deux camps ont également entretenu des liens à l’abri des regards ces dernières années – d’autant plus que Dahlan conserve à Gaza une base de partisans qui lui est restée fidèle tout au long de près de deux décennies de règne du Hamas.
Le Hamas a déclaré, au mois d’août dernier, qu’al-Hayya avait rencontré Dahlan au Caire et que les deux hommes avaient discuté des moyens de « mettre fin à la monopolisation du processus décisionnel national » et des moyens « d’élaborer une stratégie nationale globale ».
Le Jihad islamique palestinien, soutenu par l’Iran, collabore depuis longtemps avec le Hamas. Sa participation aux élections marquerait toutefois un revirement par rapport à sa position antérieure, qui consistait à boycotter les élections palestiniennes dans le cadre d’une ligne dure rejetant totalement le cadre de l’AP.
« Nous avons lancé des initiatives associant le Hamas, le Jihad islamique palestinien, le FPLP et d’autres factions, ainsi que des professionnels indépendants, afin de nous rallier autour d’un programme national de relance et de reconstruction », a commenté Dimitri Diliani, porte-parole de la faction de Dahlan.
Il a ajouté que, même s’il pouvait y avoir des divergences politiques avec le Hamas, l’idéologie de ce dernier faisait partie intégrante de la société palestinienne et qu’il ne pouvait donc pas être totalement ignoré.
Il a également souligné que le Hamas avait déjà accepté le plan en 20 points du président américain Donald Trump visant à mettre un terme à la guerre à Gaza, plan qui lui interdit de jouer un quelconque rôle dans la gouvernance de Gaza.
Diliani a indiqué qu’une liste soutenue par cette alliance naissante n’inclurait pas nécessairement des membres du Hamas, mais qu’elle pourrait, au contraire, être composée de candidats indépendants appuyés par les factions participantes.
« Une liste électorale inclusive est le moyen politique le plus approprié pour nous permettre de nous unir face à ces défis et de protéger notre peuple et notre cause nationale. L’Autorité palestinienne a failli à Gaza et au peuple palestinien partout dans le monde », a estimé Diliani.
Il est difficile de dire si l’AP autorisera cette liste à se présenter aux élections.
Un défi pour Abbas
Dahlan est basé à Abu Dhabi depuis sa rupture avec Abbas, une rupture survenue en 2010. Aux Émirats arabes unis, il occupe le poste de conseiller principal du président, Mohammed ben Zayed. Il est également devenu un homme d’influence en coulisses, entretenant des liens étroits avec les responsables américains qui tentent de faire avancer le plan en 20 points de Trump pour Gaza.
L’Égypte a récemment tenté, sans succès, de réconcilier Abbas et Dahlan, dans le but de ramener ce dernier dans le giron politique palestinien traditionnel, y compris au sein du Fatah.
Le Times of Israel a appris que ces efforts avaient échoué en raison du refus d’Abbas de satisfaire les « exigences excessives », selon lui, de Dahlan concernant sa représentation au sein des instances de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Si Diliani a déclaré que la Fraction démocratique réformiste souhaitait voir Dahlan revenir des Émirats arabes unis, il a reconnu que l’ancien homme fort avait clairement indiqué qu’il n’avait pas l’intention d’assumer un rôle officiel dans la politique palestinienne pour le moment.
« Notre peuple connaît le prix à payer pour des institutions nationales affaiblies et un leadership fragile », a commenté Diliani. « Notre vision consiste à rétablir la primauté du droit, la responsabilité et le suffrage dans le processus décisionnel national. »
Le défi que cette alliance représente pour Abbas pourrait le pousser à demander sa disqualification des élections.
Les inscriptions sur les listes électorales ont débuté il y a quelques jours. La Commission centrale électorale palestinienne a indiqué, le 26 septembre, que six listes avaient déjà déposé leur candidature, certaines peu connues et d’autres représentant des factions au sein de l’OLP, comme le Front démocratique pour la libération de la Palestine et l’Initiative nationale palestinienne.
L’une de ces listes, Masar Jadid, est associée à des personnalités du Fatah qui s’opposent aux politiques actuelles d’Abbas.
Samer Sinijlawi, qui dirige cette liste, a déclaré au Times of Israel : « Nous voulons défier les forces politiques bien établies et nous essayons de créer un espace significatif pour une nouvelle génération de Palestiniens, en particulier pour les jeunes et pour les femmes. »
Aucune de ces listes n’a encore été approuvée.
L’Autorité palestinienne n’a pas explicitement dit si elle autoriserait le Hamas à se présenter aux élections. Toutefois, le Hamas n’a pas participé en tant qu’organisation au scrutin local organisé il y a plusieurs mois, et l’avis général est que l’Autorité palestinienne ne permettra pas non plus au Hamas de se présenter en tant qu’organisation aux élections législatives.
Engagement envers l’OLP
La tenue d’élections fait partie d’un ensemble de réformes que la communauté internationale – menée par les États-Unis et l’Union européenne – a exigées de l’Autorité palestinienne au cours des douze derniers mois, dans le cadre des efforts qui visent à renforcer sa position en tant qu’instance représentatrice des Palestiniens dans le contexte d’une solution politique au conflit israélo-palestinien.
En vertu de la réglementation électorale qui a été modifiée par Abbas, les candidats sont désormais tenus de prêter allégeance à l’OLP en tant que seul représentant légitime du peuple palestinien, et ils doivent s’engager à respecter son programme politique et national ainsi que les résolutions internationales pertinentes.
Au fil des ans, de multiples tentatives ont été menées pour parvenir à intégrer le Hamas et le Jihad islamique palestinien au sein de l’OLP dirigée par le Fatah, mais toutes ces initiatives ont échoué.
L’un des principaux points d’achoppement a été la reconnaissance d’Israël par l’OLP. Les responsables du Hamas ont déclaré qu’ils étaient prêts à accepter un État palestinien à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, mais ils se sont abstenus de reconnaître Israël, tandis que le Jihad islamique palestinien a adopté, de son côté, une ligne plus dure.
Il est difficile de dire si les élections auront effectivement lieu. Les dernières élections législatives palestiniennes avaient eu lieu en janvier 2006, et le pouvoir législatif avait, de fait, cessé de fonctionner après la prise de contrôle de Gaza par le Hamas en 2007. Depuis, Abbas a annoncé à plusieurs reprises la tenue d’élections, qui ont toutefois été annulées avant même que le scrutin n’ait lieu.
Les responsables de l’AP ont continué à se préparer publiquement au scrutin de novembre – mais ils ont également répété à plusieurs reprises qu’il ne pouvait y avoir « pas d’élections sans Jérusalem et sans Gaza », des conditions qui pourraient servir de prétexte à un nouveau report.
La tenue d’élections à Gaza pourrait se heurter à plusieurs obstacles – techniques, avec l’acheminement du matériel nécessaire, et politiques, avec notamment la nécessité d’obtenir l’accord du Hamas, puisque ce groupe terroriste continue de contrôler la partie peuplée de l’enclave côtière.
Quant à Jérusalem, Israël s’est par le passé fermement opposé à la tenue d’élections palestiniennes à Jérusalem-Est. Cette question a été officiellement invoquée comme motif d’annulation des élections précédentes.
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