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Interview

Deux auteurs placent l’espoir au cœur d’un livre sur les héros du 7-Octobre

Yair Agmon et Oriya Mevorach, auteurs de "Un jour d'octobre : Quarante héros, Quarante histoires", discutent de l'écriture de leur livre sur le courage des héros du 7-Octobre

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Les auteurs de "Un jour d'octobre", Oriya Mevorach, à gauche, et Yair Agmon, à droite, lors de la Semaine du livre en juin 2024. (Autorisation)
Les auteurs de "Un jour d'octobre", Oriya Mevorach, à gauche, et Yair Agmon, à droite, lors de la Semaine du livre en juin 2024. (Autorisation)

Les deux co-auteurs du livre à succès Un jour d’octobre : Quarante héros, Quarante histoires, Yair Agmon et Oriya Mevorach, avaient prévu un programme chargé pour la promotion de leur ouvrage lorsque le conflit ouvert entre Israël et l’Iran a éclaté aux premières heures du 13 juin.

En quelques heures, la semaine annuelle du livre en Israël a été annulée ; Mevorach a été invitée à parler à un groupe de touristes juifs participant au programme Taglit-Birthright qui n’ont pas pu poursuivre leur voyage et sont restés bloqués en Israël en raison de la fermeture de l’espace aérien.

Agmon, qui se trouvait alors à Londres où il devait donner une conférence avec l’un des héros du livre, Yadin Gellman, faisait alors partie des dizaines de milliers d’Israéliens bloqués à l’étranger.

Toutefois, pour les deux écrivains, ces contretemps ne sont que des événements mineurs par rapport aux émotions complexes qu’ils ont traversées pour co-écrire ce livre sur les héros du 7 octobre 2023.

Personne au départ n’avait imaginé d’associer une rédactrice religieuse, résidente d’implantation, avec un scénariste laïc de Tel Aviv pour écrire un livre sur les atrocités de l’attaque du Hamas, au cours de laquelle plus de
1 200 personnes ont été tuées et 251 autres enlevées dans la bande de Gaza, déclenchant la guerre en cours entre Israël et le Hamas.

Et c’est pourtant exactement ce qui s’est passé, jusqu’à la sortie de ce livre au succès inattendu compilé dans les mois qui ont suivi le 7-Octobre. Le livre a été déjà traduit en anglais. Les versions roumaine, française et portugaise sont quant à elles en cours de traduction.

Le livre raconte 40 histoires, celles d’individus vivants et morts, hommes et femmes, religieux et laïcs, civils et soldats, Juifs et non juifs, ou encore enfants : leurs actes d’héroïsme lors de l’invasion terroriste.

Mevorach, éditrice-rédactrice chez Koren Publishers et son patron Reuven Ziegler, directeur éditorial de Koren, souhaitaient créer un ouvrage puissant et motivant pour le public israélien. Tous deux suivaient les récits d’héroïsme inspirants qui avaient émergé dans les heures suivant le massacre.

« Mon mari suivait toutes ces histoires. Moi, je n’arrivais pas à les lire ni à les écouter », a-t-elle déclaré. « C’était trop tôt. »

Mevorach était cependant certaine qu’Agmon, auteur et scénariste primé, était l’écrivain parfait pour ce travail.

Quand elle s’est adressée à lui, cependant, il lui a avoué être resté enfermé chez lui depuis l’assaut. Il se sentait profondément déprimé et incapable de faire grand-chose d’autre que regarder les actualités et être avec sa jeune famille.

« Je pleurais sans cesse et je me sentais faible, incapable d’écrire », a raconté Agmon.

C’est l’histoire d’Ofek Livni, un festivalier rescapé du festival Supernova qui a agi sous le feu avec un sang-froid impressionnant pour sauver sept de ses amis, qui a convaincu Agmon d’écrire le livre.

« C’était tout le contraire de ce que je pouvais imaginer, et cela m’a remis sur pieds », a-t-il expliqué.

Agmon et Mevorach ont fini par travailler ensemble. Pendant cinq mois intensifs, ils ont collaboré avec un enquêteur qui a retrouvé les protagonistes des histoires héroïques partagées sur les réseaux sociaux et dans la presse.

« Il y avait des centaines d’histoires à raconter », a rapporté Mevorach. « Nous voulions des récits avec un large éventail de lieux, différents types de personnages et de héros. »

À partir de transcriptions d’entretiens menés par eux ou par une équipe, Agmon et Mevorach ont rédigé des récits poignants et convaincants en prose, à la première personne, utilisant les propres mots de ceux qu’ils ont interrogés pour décrire ce qui leur est arrivé, à eux ou à leurs proches, en ce jour fatidique.

Les histoires des héros tombés le 7-Octobre sont racontées par leurs proches – conjoint, parent, enfant ou autre parent -, qui décrivent avec leurs propres mots la personnalité et le caractère de leur héros, qui a perdu la vie ce samedi-là en sauvant celle des autres.

« Pour moi, il était vraiment important que les lecteurs aiment ces héros », a fait savoir Agmon. « Mais pas seulement. Nous voulions que les lecteurs sachent qui ils sont, qu’ils apprennent de petits détails à leur sujet, comme la façon dont ils boivent leur café. Je voulais qu’ils sachent que le réserviste Golani Roe Klein a sauté sur une grenade, mais je voulais surtout qu’ils apprennent à le connaître un peu. »

« Je voulais qu’il soit facile pour les lecteurs de les aimer », a-t-il ajouté.

La mouture finale du livre est exactement ce qu’Agmon souhaitait : une ode aux héros eux-mêmes, chaque histoire étant désignée comme son propre chapitre, avec un titre et une introduction présentant la ou les personnes au cœur de chaque récit.

Amit Mann, secouriste du Magen David Adom et instructrice de cours de secourisme, a été assassinée par des terroristes du Hamas qui ont pris d’assaut le dispensaire du kibboutz Beeri où elle soignait les blessés, le 7 octobre 2023. (Crédit : MDA)

Certaines histoires sont plus connues des lecteurs, comme celle de Youssef Ziadna, le courageux chauffeur bédouin qui a sauvé des dizaines de personnes du massacre du Supernova ; celle de Yotam Haim, le batteur aux cheveux roux du kibboutz Kfar Aza accidentellement tué par les soldats de Tsahal à Gaza ; celle d’Amit Mann, l’ambulancière héroïque tuée au kibboutz Beeri et celle d’Aner Shapira, qui a lancé des grenades sur les terroristes du Hamas.

Le livre contient aussi d’autres histoires : celle de Shaylee Atary et de son bébé, sauvés par l’acte désintéressé de son mari, l’acteur Yahav Winner, qui a été tué, ou celle de Tali Hadad, la courageuse mère d’Ofakim, qui a transporté ceux qui avaient été blessés durant la bataille avec les terroristes.

A LIRE : Ces citoyens ordinaires qui se sont révélés le 7 octobre : un livre raconte leur histoire

Mevorach a affirmé qu’écrire Un jour d’octobre lui avait permis de mieux comprendre différentes parties de la société israélienne, notamment avec l’histoire de Daniel et Neriya Sharabi, deux frères qui avaient grandi dans un foyer ultra-orthodoxe et faisaient la fête au festival Supernova – organisé durant Shabbat et la fête juive de Simhat Torah – où ils ont sauvé des dizaines de personnes.

Oriya Mevorach, co-auteur de « One Day in October », qui raconte l’histoire des héros du 7 octobre, publié en mars 2024. (Autorisation)

« Je n’avais jamais essayé de comprendre ces gens. Mais l’un des héros a expliqué pourquoi il aimait ce genre de fête et j’ai vu sous un autre angle, sans jugement », a expliqué Mevorach.

« Avant le 7-Octobre, je restais très renfermée dans mon secteur, mon espace dans ce pays. »

Elle a vécu une expérience similaire au sujet de la police israélienne, un autre secteur de la société auquel elle n’avait pas beaucoup réfléchi auparavant, mais qu’elle a redécouvert au travers de la conduite héroïque de policiers le 7-Octobre.

« Comme le dit Yair, il faut voir l’humain plus que la manière dont il vit ou ce qu’il pense », a-t-elle noté.

Les auteurs ont mené des entretiens très variés, a déclaré Agmon. Ils ont rencontré des survivants profondément traumatisés ayant du mal à s’exprimer, et d’autres qui acceptaient volontiers d’être interrogés, soit sur eux-mêmes, soit sur leurs proches qui n’avaient pas survécu, qui lisaient la version finale puis se retiraient du projet.

Mevorach avait insisté pour envoyer les versions finales aux personnes interrogées, aux héros survivants ou à leurs familles endeuillées, pour obtenir leur approbation et s’assurer qu’ils se sentaient à l’aise de voir leur histoire racontée dans le livre.

« Je lui ai dit : ‘Tu es folle, ne fais pas ça, tu vas ruiner le livre' », a indiqué Agmon, qui craignaient que les participants ne finissent par retirer leurs histoires.

Agmon a néanmoins reconnu que la participation et la validation des personnes dont l’histoire était racontée donnait à l’ouvrage une valeur ajoutée.

Aucun des deux co-auteurs ne s’attendait à ce que le livre décolle. Tous deux pensaient qu’il resterait sur les étagères des bibliothèques ou qu’il serait lu dans 10 ans, bien après les répercussions immédiates du massacre du 7-Octobre.

« Nous étions sous le choc de voir toutes ces ventes », a déclaré Agmon, qui commence à comprendre pourquoi son livre résonne si fort auprès des lecteurs.

« Ce sont leurs mots », a-t-il dit. « Nous ne sommes que des rédacteurs. Nous conservons leur travail, et les lecteurs accèdent à leur héroïsme à travers nous. Les lecteurs ressentent profondément à quel point la participation et l’implication des personnes interrogées se mêlent aux histoires des héros eux-mêmes. »

Mevorach a qualifié le processus d’expérience communautaire collective.

Désormais, les co-auteurs donnent des conférences à travers Israël, lisent des extraits du livre et racontent leurs propres expériences d’écrivains. Le duo prévoit de faire une tournée aux États-Unis en octobre pour présenter la version anglaise du livre.

L’auteur et scénariste Yair Agmon s’est associé à Oriya Mevorach pour écrire « One Day in October », qui raconte l’histoire des héros du 7 octobre, publié en mars 2024. (Autorisation)

Agmon a expliqué qu’il préférait se concentrer sur l’individu et sur l’âme de chaque personne, alors que Mevorach parlait d’héroïsme et de valeurs.

Leurs conférences sont souvent émouvantes ; le public écoute les histoires et les incarne, comme une sorte de baume permettant d’apaiser la douleur des 24 derniers mois.

« Oriya vit une vie plus ‘nationaliste’, et je vis une réalité plus humaniste et individuelle ; le livre lui vit tous ces mondes », a poursuivi Agmon. Élevé dans un foyer religieux à Jérusalem, il a quitté ce mode de vie à l’âge adulte.

« Nous sommes un dispositif de transmission », a indiqué Mevorach. « Nous racontons leurs histoires, le public s’assoit et écoute. »

Lire ce livre peut aider à se soigner, à se retrouver, a ajouté Mevorach, une expérience mentionnée par de nombreux lecteurs.

« Les lecteurs eux-mêmes font l’expérience d’une sorte de relation de partenariat avec les images et les histoires des héros », a-t-elle poursuivi. « Nous avons tous vécu quelque chose de fou – les héros nous offrent à tous une sorte de compréhension de ces événements, et cela crée moins d’écart entre les héros et les lecteurs. »

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