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Un chauffeur de bus bédouin a sauvé 30 Israéliens du massacre perpétré par le Hamas

Conduisant sous les roquettes, Youssef Ziadna a doublé la capacité de son minibus de 14 places et a sauvé des blessés et des personnes en état de choc loin du Festival Supernova

Youssef Ziadna, un bédouin arabe de la ville israélienne de Rahat, montrant son minibus dans lequel il a sauvé 30 participants durant le Festival Supernova après son attaque par le Hamas, le 7 octobre 2023. (Crédit : Ziadna via JTA)
Youssef Ziadna, un bédouin arabe de la ville israélienne de Rahat, montrant son minibus dans lequel il a sauvé 30 participants durant le Festival Supernova après son attaque par le Hamas, le 7 octobre 2023. (Crédit : Ziadna via JTA)

JTA – Chaque jour à 16 heures, Youssef Ziadna reçoit un appel téléphonique d’un psychologue. Chaque soir, il s’assoit sur son balcon, boit du café, fume et repasse dans sa tête les pires choses qu’il ait jamais vues.

Ce quotidien aurait été inimaginable pour Ziadna, un Israélien bédouin de 47 ans résidant à Rahat, il y a seulement deux semaines. Chauffeur de minibus, il passait ses journées à transporter des passagers dans le sud d’Israël.

Mais le 7 octobre, il a été appelé pour aller chercher l’un de ses clients habituels et a foncé tête baissée dans l’assaut terroriste sans précédent du groupe terroriste palestinien du Hamas contre Israël. On lui attribue le mérite d’avoir sauvé 30 personnes, toutes juives israéliennes, du massacre perpétré lors du festival Supernova, près de la frontière méridionale d’Israël, en esquivant les balles et en empruntant des petits chemins loin la route prise d’assaut afin de les mettre en sécurité.

« Je ne souhaite à personne de voir ce que j’ai vu », a déclaré Ziadna à la Jewish Telegraphic Agency. « C’est un traumatisme pour le restant de ma vie. Quand je me retrouve seul et que j’y repense, je ne peux pas m’empêcher de pleurer. »

Lors du massacre du 7 octobre perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, quelque 2 500 terroristes ont fait irruption en Israël depuis la bande de Gaza par voie terrestre, aérienne et maritime, tuant plus de 1 400 personnes et prenant au moins 212 otages de tous âges sous le couvert d’un déluge de milliers de roquettes tirées sur les villes et villages israéliens. La grande majorité des personnes tuées lorsque les terroristes se sont emparés des localités frontalières étaient des civils – hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Des familles entières ont été exécutées dans leurs maisons et plus de 260 ont été massacrées lors du festival en plein air, souvent au milieu d’actes de brutalité horribles de la part des terroristes, dans ce que le président américain Joe Biden a qualifié de « pire massacre du peuple juif depuis la Shoah ».

Ziadna a rejoint le panthéon émergent des héros qui ont pu réaliser d’audacieux exploits de sauvetage pendant l’assaut. L’une des personnes qu’il a sauvées a publié un message à son sujet sur les réseaux sociaux peu de temps après.

« Ziadna est un homme plus grand que nature à qui nous serons à jamais redevables », a écrit Amit Hadar en hébreu dans un message qui a été largement partagé à partir du 7 octobre. « Lorsque, avec l’aide de Dieu, nous atteindrons des jours meilleurs, gardez ce numéro pour la prochaine fois que vous aurez besoin d’un chauffeur – si quelqu’un le mérite, c’est bien cette personne. »

Dans le même temps, Ziadna pleure un cousin assassiné lors de l’attaque et s’inquiète pour quatre autres membres de sa famille qui sont toujours portés disparus. Il a également reçu une menace de la part d’une personne se disant affiliée au Hamas, qui lui promettait des représailles pour les efforts de Ziadna visant à sauver des Juifs après qu’ils ont été relatés dans un journal local. Il craint que ses compatriotes bédouins, une minorité qui reste marginalisée à bien des égards dans la société israélienne, ne soient en danger en raison de l’absence d’abris anti-atomiques à Rahat.

Tout ce stress l’a déjà contraint à se rendre aux urgences pour des douleurs à la poitrine, mais il reste déterminé à continuer.

« Quand j’y pense, je me demande comment nous avons pu sortir de là », se souvient Ziadna le 17 octobre, dix jours après le massacre. « Je suppose que c’est le destin qui veut que nous vivions plus longtemps dans ce monde. »

Des voitures brûlées sur le site de l’attaque trois jours plus tôt par des terroristes palestiniens sur le lieu de la rave party qui a tourné au massacre, près du kibboutz Reim, dans le désert du Néguev dans le sud d’Israël, le 10 octobre 2023. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Ziadna a commencé tôt le 7 octobre pour accompagner Hadar et huit de ses amis de la ville d’Omer à la rave du kibboutz Reim à 1h du matin.

Mais à 6h du matin, il reçoit un appel à l’aide de Hadar. Croyant que l’appel à l’aide était dû à un code rouge indiquant l’arrivée de roquettes tirées depuis Gaza, Ziadna s’est précipité vers son minibus.

« Je ne me suis pas lavé le visage, je ne me suis même pas habillé », a déclaré Ziadna. « C’est la norme ici, dans le sud. »

Mais dès qu’il a atteint le carrefour Saad, à un kilomètre de Kfar Azza, l’une des communautés de la frontière de Gaza qui a été le théâtre de certaines des pires horreurs du massacre du 7 octobre, une nouvelle image a commencé à se dessiner. Un homme qui s’était échappé de la fête a couru vers lui, faisant furieusement signe à Ziadna de faire demi-tour. Ziadna, ne comprenant pas, est sorti du minibus pour lui parler. Quelques instants plus tard, Ziadna, l’homme et la femme qui l’accompagnait ont été pris dans une fusillade.

« Les balles volaient partout », a déclaré Ziadna, ajoutant qu’ils ont tous trois plongé dans un fossé sur le bord de la route. « J’ai levé la tête et l’homme m’a dit : ‘Mais ne fais pas ça ! Tu vas recevoir une balle dans le cerveau !' »

Ziadna a dit au couple incrédule qu’il continuerait jusqu’au lieu de la fête. « J’ai regardé la mort en face », a-t-il déclaré. « Mais je savais que je ne pouvais pas abandonner ma mission. Je devais aller les secourir. »

Un extrait d’une vidéo UGC publiée sur Telegram le 9 octobre 2023 montre un terroriste palestinien armé marchant autour du festival de musique Supernova, avec un corps derrière lui, près du kibboutz Reim, dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël. (Crédit : ANONYMOUS/AFP)

Naviguant au milieu des tirs de balles, Ziadna a réussi à rejoindre ses clients sur les lieux de la fête à Reim, où régnait un enfer de corps, de sang et de balles. « Je leur ai dit d’emmener le plus de monde possible », raconte-t-il. Vingt-quatre personnes supplémentaires se sont entassées dans le véhicule de 14 places et, en chemin, ils ont secouru un autre couple, dont l’un avait reçu une balle dans la jambe. Ziadna raconte qu’il a également vu un parapente motorisé du Hamas planer au-dessus des fêtards, les criblant de balles de mitrailleuse.

Sous les tirs incessants, le minibus s’est éloigné en trombe. La parfaite connaissance du terrain de Ziadna s’est avérée salvatrice, et il a pu se frayer un chemin à travers des chemins de terre, en évitant l’artère principale où les terroristes tendaient des embuscades aux fuyards. De nombreuses autres voitures ont suivi le minibus.

Des cris de terreur et d’angoisse ont envahi le minibus, tandis que ses occupants soignaient leurs blessures et tentaient désespérément d’appeler leurs proches, alors que les signaux cellulaires étaient brouillés. Ils sont arrivés à un barrage routier tenu par la police. Leur expliquant qu’il était impossible de se rendre à l’hôpital pour soigner la femme blessée parce que la route était envahie par les terroristes, un officier les a dirigés vers un kibboutz voisin, Tzeelim, où ils sont restés jusqu’à la fin de l’après-midi, lorsque le Commandement du Front intérieur a finalement annoncé qu’il était possible d’évacuer en toute sécurité.

Hadar a confirmé le récit de Ziadna mais n’a pas voulu en dire plus à la JTA.

Quatre cents festivaliers se sont réfugiés dans le kibboutz et, selon Ziadna, ils ont été bien accueillis. « Ils nous ont donné tout ce dont nous avions besoin, de la nourriture, des chargeurs et même des cigarettes », a-t-il déclaré.

Des troupes israéliennes inspectant le site ravagé par l’attaque du week-end du festival de musique Supernova dans le désert par des terroristes palestiniens près du kibboutz Reim dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël, le 10 octobre 2023. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Ziadna est finalement retourné à Rahat où sa maison, comme l’écrasante majorité des habitants de la ville, ne dispose pas de mamad – pièce sécurisée. Rahat, où vivent 75 000 Bédouins, ne compte que 10 miklatim – abris publics – ce que son maire, Ata Abu-Madighem, déplore depuis des années. Mardi, ce dernier a déposé une demande pour 60 abris mobiles.

Victimes bédouines

Selon Abu-Madighem, qui a rencontré Ziadna pour le remercier quelques jours après l’attaque avec des représentants de l’armée et de la police, trois habitants de Rahat ont été tués le 7 octobre, dont deux membres de la famille du maire. L’un d’entre eux était de la famille de Ziadna : Abed Ruhman a été assassiné par des terroristes du Hamas alors qu’il dormait dans une tente sur la plage de Zikim, a déclaré Ziadna.

Sept habitants de Rahat ont été blessés, dont un élève de CE1 année qui a reçu une balle dans la poitrine. Cinq autres personnes sont portées disparues, dont quatre membres de la famille Ziadna, a indiqué Abu-Madighem. (Parmi les centaines d’otages connus à Gaza figurent des Bédouins, et le Hamas retient également en captivité un Bédouin israélien, Hisham al-Sayed, depuis 2015).

Le plus grand risque, selon le maire, concerne ceux qui vivent dans des villages de tentes non reconnus dans la région, qui ne bénéficient d’aucune protection contre les projectiles.

« L’État doit changer de mentalité et commencer à respecter la communauté bédouine. Il est également stupide de continuer à refuser d’utiliser la main-d’œuvre massive dont nous disposons ici », a-t-il déclaré à la JTA.

Ziadna espère que son action suscitera une plus grande appréciation et un plus grand soutien de la communauté bédouine. « Après cela, le gouvernement doit mieux s’occuper de nous, car nous faisons également partie de cette nation », a-t-il déclaré. « Nous sommes un seul peuple, nous sommes des Israéliens. Nous vivons ici ensemble et nous devons avancer main dans la main. »

Pour l’instant, il cherche à renforcer sa santé mentale et à mettre de côté ses inquiétudes concernant la menace de mort qu’il a reçue. « Tu as sauvé la vie de 30 Juifs. Je viens de Gaza, mais ne t’inquiète pas, nous t’aurons », se souvient Ziadna.

Abu-Madighem a confirmé l’appel à la JTA et Ziadna a déclaré que la police israélienne enquêtait sur sa source ; les porte-parole de la police n’ont pas répondu aux demandes de commentaires. D’autres Arabes israéliens qui ont attiré l’attention du public pour avoir aidé des victimes juives ont dû faire face à des représailles en même temps qu’à des éloges.

Selon Ziadna, le nombre impressionnant de messages de soutien qui lui sont parvenus du monde entier est supérieur aux menaces. Il a fait une apparition publique aux côtés de Yaïr Golan, un général à la retraite et ancien législateur qui s’est lui-même lancé dans des opérations de sauvetage. Il a également été invité par l’ambassade d’Israël à Dubaï à raconter son histoire à un public émirati.

Il y racontera une histoire qui aurait pu facilement se terminer en tragédie.

« J’avais la possibilité de reculer. Un homme plus faible aurait peut-être fait demi-tour à ce carrefour », a déclaré Ziadna. « Mais j’ai dit non ! Plutôt mourir si cela signifie que je peux sauver des vies. »

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