« Aucune issue » : des professionnels juifs britanniques témoignent de leur malaise après le 7-Octobre
Une étude à paraître dans la revue Public Relations Review décrit les difficultés de dix professionnels juifs britanniques, tiraillés entre le silence sur leur identité et leurs convictions et le risque de s’exposer à des réactions antisémites
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Selon JNS, dans le contexte post-7-Octobre au Royaume-Uni, des professionnels juifs des relations publiques racontent être confrontés à ce qu’une nouvelle étude décrit comme un « choix impossible » : rester silencieux et invisibles sur les questions liées à leur identité, ou prendre la parole au risque de susciter des réactions antisémites.
L’étude, réalisée par Lee Edwards, professeure de communication stratégique et d’engagement du public à la London School of Economics and Political Science, repose sur des entretiens d’environ une heure menés avec dix professionnels juifs des relations publiques au Royaume-Uni entre octobre et décembre 2024. Elle doit paraître en décembre 2026 dans la revue universitaire Public Relations Review.
Selon Edwards, le « silence organisationnel » qui a suivi le 7-Octobre a contribué à instaurer un « régime de ‘vérité’ qui marginalisait ou excluait les voix juives ». Elle conclut également que ce régime « laissait les participants face à un choix impossible : rester silencieux et invisibles ou prendre la parole et risquer des réactions antisémites ».
La chercheuse rapporte également que les participants avaient le sentiment que l’antisémitisme ne bénéficiait pas, au sein de leurs organisations, de la même attention que d’autres formes de racisme ou de discrimination. Cette perception était vécue, écrit-elle, comme « un manque de reconnaissance, une injustice et un sentiment d’iniquité au sein de la communauté organisationnelle ».
Les professionnels interrogés ont également dû composer avec les tensions liées à leur identité juive et britannique, ainsi qu’avec les débats sur Israël et le sionisme dans leur environnement professionnel.
Les professionnels interrogés « ont dû négocier des tensions dans leur environnement au sens large, notamment les formes d’antisémitisme antisioniste dans le débat public, mais aussi sur leur lieu de travail, dans leurs fonctions liées aux médias et face aux réactions de leurs organisations aux événements », écrit Edwards.
L’un des participants raconte que, quelques jours seulement après le 7-Octobre, un étudiant tenait un stand et scandait qu’ « un terroriste pour l’un est un combattant de la liberté pour l’autre ».
Un autre explique : « Nous ne sommes pas en Israël. Nous ne faisons rien [là-bas]. Alors, de quoi nous accusez-vous ? C’est antisémite en soi. » Mais il souligne dans le même temps le lien que de nombreux Juifs ressentent avec Israël : « Nous sommes intrinsèquement, génétiquement liés à cette terre », dit-il, ajoutant que « beaucoup d’entre nous ressentent cela et veulent la protéger ».
« Donc, nous ne sommes pas Israël, mais nous sommes pro-Israël parce que nous sommes juifs. Il n’y a finalement aucune issue », conclut-il.
Une autre personne interrogée estime que « les gens ont véritablement peur de faire quoi que ce soit concernant l’antisémitisme, parce que cela sera considéré comme impopulaire ». Selon elle, l’antisémitisme « n’est pas considéré comme une forme légitime de haine dès lors que la question d’Israël entre en jeu ».
Une participante raconte pour sa part que son organisation avait publiquement soutenu le mouvement Black Lives Matter et effectué un important don à une association caritative. Après le 7 octobre, son silence face au traumatisme vécu par les Juifs lui aurait toutefois donné le sentiment d’être « complètement abandonnée et que personne ne se souciait » de cette situation.
Edwards souligne toutefois les limites de son étude. Compte tenu du nombre restreint de participants, elle précise qu’« il n’était pas possible de savoir dans quelle mesure les dix professionnels interrogés reflétaient l’ensemble de la population des professionnels juifs des relations publiques au Royaume-Uni ».
La flambée de l’antisémitisme au Royaume-Uni au lendemain du 7-Octobre reste caractérisée par des chiffres : rien qu’au premier semestre 2026, dans le contexte de la guerre opposant les États-Unis, Israël et l’Iran, le nombre d’actes antisémites a progressé de 21 % selon l’organisation Community Security Trust. 1 926 incidents (agressions verbales, physiques, menaces…) visant des personnes juives ont été recensées entre janvier et juin 2026, contre 1 598 au premier semestre 2025.
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