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Souccot en Nouvelle-Zélande : la mission quasi impossible pour se procurer les quatre espèces

Les exigences phytosanitaires font de cette fête juive la plus complexe qui soit dans le pays : seuls 14 ensembles des Quatre Espèces y sont autorisés, au brin d'herbe près

Daniel Rosenbaum (à gauche) et le rabbin Elchanan Kuperman tenant des ensembles des « quatre espèces » devant l'arche de la synagogue du Centre communautaire juif de Wellington, à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 22 septembre 2026. (Crédit : Daniel Rosenbaum)
Daniel Rosenbaum (à gauche) et le rabbin Elchanan Kuperman tenant des ensembles des « quatre espèces » devant l'arche de la synagogue du Centre communautaire juif de Wellington, à Wellington, en Nouvelle-Zélande, le 22 septembre 2026. (Crédit : Daniel Rosenbaum)

MELBOURNE, Australie — Chaque année, dans les semaines qui suivent Pessah, l’Israélo-Néo-Zélandais Daniel Rosenbaum commence à préparer Souccot, une autre fête juive qui a lieu six mois plus tard.

En sa qualité de futur président du Centre communautaire juif de Wellington, Rosenbaum passe des mois à naviguer entre exigences légales et administratives pour importer les ensembles des Quatre Espèces — ces végétaux que la Bible ordonne aux Juifs de rassembler et d’agiter lors de la fête de Souccot.

Chaque année, les quelque 5 500 Juifs de Nouvelle-Zélande, qui ne représentent qu’une infime minorité de la population de 5,3 millions d’habitants, sont confrontés aux difficultés de l’approvisionnement en vue de Souccot, car la Nouvelle-Zélande possède l’une des réglementations phytosanitaires les plus strictes au monde.

Tout élément naturel, feuille, plante ou fruit est en effet considéré comme un risque pour la sécurité phytosanitaire du fragile écosystème insulaire de la Nouvelle-Zélande, et son importation est strictement contrôlée. Le loulav et l’etrog (la palme et le cédrat), tout comme les branches de myrte et de saule utilisés au moment de Souccot, sont soumis à ces restrictions rigoureuses.

Cette année, Rosenbaum supervise l’importation de 14 lots des Quatre Espèces pour l’ensemble de la Nouvelle-Zélande, dont une partie sera acheminée à la congrégation hébraïque d’Auckland. Sous sa responsabilité, deux équipes sont mobilisées : l’une chargée de veiller à la conformité et à la loi, et l’autre chargée des formalités d’importation.

« Nous devons passer par les mêmes démarches fastidieuses qu’une grande entreprise, comme celles qui font venir 1 000 tonnes de tomates d’Espagne en Nouvelle-Zélande », explique Rosenbaum.

Illustration : Des Juifs vêtus de châles de prière prient au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, lors de la bénédiction sacerdotale à l’occasion de la fête juive de Souccot, le 12 octobre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Pour obtenir les autorisations d’importation, le Centre communautaire juif de Wellington et la congrégation hébraïque d’Auckland vérifient séparément leur plan de gestion des risques phytosanitaires, qu’ils soumettent au ministère des Industries primaires, et conduisent eux-mêmes des audits individuels de vérification du respect des normes phytosanitaires.

Le ministère vérifie les protocoles des bâtiments communautaires et les plans de gestion des ensembles de végétaux, ce qui lui permet de rédiger un rapport indiquant si la gestion des risques phytosanitaires de la synagogue est acceptable ou si des ajustements sont nécessaires.

Chaque feuille est sacrée, chaque feuille compte

Toutes les personnes qui manipulent les Quatre Espèces doivent suivre une « formation professionnelle » pour apprendre à traiter ces végétaux réglementés. À Wellington, la synagogue rappelle les protocoles phytosanitaires communautaires lors de son assemblée générale annuelle ainsi que dans les bulletins d’information hebdomadaires avant la fête.

Un lot de quatre espèces dans un emballage officiel de biosécurité, Wellington, Nouvelle-Zélande. (Crédit : Daniel Rosenbaum)

Les ensembles des Quatre Espèces sont cultivés en Israël, mais sont importés via la communauté juive d’Australie, plus importante et plus proche. Avant l’arrivée des plantes en Nouvelle-Zélande, dans chaque synagogue, l’équipe chargée des questions phytosanitaires placarde des affiches à toutes les entrées, histoire de rappeler aux fidèles qu’ils pénètrent dans un établissement sécurisé et agréé par la réglementation phytosanitaire.

Des affiches situées à toutes les sorties rappellent également aux fidèles de ne pas sortir les ensembles de la synagogue. Une ligne verte et une ligne rouge sont tracées pour délimiter les zones sécurisées et non sécurisées de la synagogue ; les ensembles ne peuvent pas franchir la ligne rouge, même pour aller dans la souccah, où ils sont traditionnellement agités au sein des autres communautés. Dans le reste du monde, les Juifs achètent leur propre ensemble, mais ici, à Wellington ou à Auckland, personne ne peut en avoir un à domicile : la synagogue conserve tous les lots dans ses locaux sécurisés.

Ce processus est extrêmement coûteux. Une fois toutes les démarches accomplies, le coût d’un lot de quatre espèces — généralement le plus simple et le moins cher du marché — atteint 1 200 voire 1 700 dollars. Dans d’autres communautés, ailleurs dans le monde, ces lots dépassent rarement les 40 dollars. En Israël, il faut compter 150 shekels.

Yael Armitage, une autre membre du Centre communautaire juif de Wellington, aide à la coordination.

Un soldat israélien et des Juifs ultra-orthodoxes faisant leurs achats au marché des « quatre espèces », situé à l’extérieur du marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 15 octobre 2024, à l’approche de la fête juive de Souccot. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Les ensembles sont récupérés à l’aéroport et transférés au Centre communautaire juif de Wellington », explique Armitage. « Une équipe [de la synagogue] ouvre le carton, fait le décompte des éléments et procède à une inspection à la fois religieuse et phytosanitaire. Les ensembles destinés à la congrégation hébraïque d’Auckland sont sélectionnés, emballés hermétiquement dans des conditionnements étanches, inaccessibles pour les nuisibles, puis ramenés à l’aéroport d’où ils sont envoyés à Auckland. Ensuite, si tout se passe comme prévu, les ensembles sont approuvés… et nous poussons tous un grand soupir de soulagement. »

Si ne serait-ce qu’une seule feuille tombe, les autorités ne plaisantent pas

Tant que la synagogue est en possession des ensembles des Quatre Espèces, chaque feuille qui tombe ou chaque débris végétal doit être ramassé et conservé dans un récipient sécurisé. Le tout devra être remis au ministère des Industries primaires de Nouvelle-Zélande après la fête, en même temps que les 14 ensembles, aux fins de destruction.

« Nous ne pouvons pas les jeter à la poubelle ; nous devons demander [aux autorités] de venir les récupérer », précise Rosenbaum. « Nous les enveloppons dans plusieurs sacs-poubelles lorsqu’ils viennent les chercher. »

Des assortiments des « quatre espèces » disposés sur une table au Centre communautaire juif de Wellington, à Wellington, en Nouvelle-Zélande. (Crédit : Daniel Rosenbaum)

Pour l’instant, certains signes laissent penser que le processus d’importation des Quatre Espèces pour la petite communauté juive de Nouvelle-Zélande pourrait s’alléger, à l’avenir.

« En 2023, le ministère des Industries primaires nous a informés entamer des travaux de refonte des règles sanitaire d’importation des fleurs coupées et feuillages, dans l’espoir d’y adjoindre les palmes et la myrte », précise Armitage.

En novembre 2025, les règles sanitaires d’importation ont été mises à jour et incluent désormais ces deux espèces en provenance d’Israël.

Mais dans la mesure où les Quatre Espèces sont importées sous forme d’ensembles complets et que le cédrat, tout comme le saule, ne figurent pas encore sur la liste de la flore autorisée, ces nouvelles normes ne règlent pas encore toutes les questions de la communauté juive néo-zélandaise.

« Cela ne nous aidera pas beaucoup, en tout cas tant que nous n’aurons pas de norme sanitaire d’importation pour les etrogim (cédrats), mais comme les etrogim sont des agrumes, les risques sont très différents », explique Armitage.

« Le ministère des Industries primaires a besoin de données… sur la façon dont les etrogim sont cultivés en Israël, sur les parasites et maladies qui les affectent… sur la manière dont ils sont récoltés et traités après récolte — notamment les traitements phytosanitaires appliqués pour gérer le risque de parasites et de maladies », ajoute-t-elle.

« Sans ces informations de base, le ministère des Industries primaires ne peut pas élaborer de norme phytosanitaire d’importation. »

Malgré ces difficultés, la démarche conserve toute sa beauté.

« Cela redéfinit le sens du ‘Hiddour Mitsva’, » confie Rosenbaum, en utilisant le terme hébreu qui désigne le fait d’embellir l’accomplissement d’un commandement divin en allant au-delà de ce qui est strictement requis.

« Un certain nombre de personnes impliquées dans cette mitzvah ne sont pas particulièrement pratiquantes, mais c’est un commandement pour lequel elles travaillent d’arrache-pied. L’ampleur des efforts déployés nous oblige à être plus conscients de ce que d’autres considèrent parfois comme un acquis », conclut-il.

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