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Une directrice de crèche et 2 employées accusées de plus de 400 actes de maltraitance sur des enfants

Selon le parquet, 17 bébés et jeunes enfants ont subi étranglements, contraintes physiques et gavage dans une crèche d'Ariel ; une mère témoigne : “Mon fils se réveille en hurlant 15 fois par nuit”

Des parents s'en prennant à trois femmes accusées d'avoir maltraité des enfants à la crèche Luchik d'Ariel, alors que celles-ci sont rapidement escortées hors du tribunal, le 8 novembre 2026. (Crédit : Capture d'écran/Kan 11/X)
Des parents s'en prennant à trois femmes accusées d'avoir maltraité des enfants à la crèche Luchik d'Ariel, alors que celles-ci sont rapidement escortées hors du tribunal, le 8 novembre 2026. (Crédit : Capture d'écran/Kan 11/X)

Le parquet a déposé dimanche un acte d’accusation contre la directrice d’une crèche privée située dans l’implantation d’Ariel, en Cisjordanie, ainsi que contre deux éducatrices. Elles sont accusées de plus de 400 actes de maltraitance et d’agression à l’encontre de dix-sept bébés et jeunes enfants, dont certains n’avaient que six mois.

Natalia Kisilevsky, 37 ans, qui dirigeait la crèche Luchik, ainsi que les employées Daryna Khalupa, 37 ans, et Anna Pagelsky, 40 ans, ont été inculpées devant le tribunal de Lod pour des infractions comprenant notamment la maltraitance d’un mineur ou d’une personne sans défense, les coups et blessures infligés à une personne sans défense par un adulte responsable et les coups et blessures aggravés.

Les procureurs ont demandé que les trois prévenues restent en détention provisoire jusqu’à la fin de la procédure judiciaire.

Des images de la salle d’audience diffusées par la chaîne publique Kan montraient plusieurs parents bouleversés, confrontant les trois accusées et leur lançant des injures, tandis que les agents de sécurité les emmenaient.

L’acte d’accusation, déposé par Yehonatan Hirsch du parquet du district central, fait état d’un schéma de violence inhabituellement grave et prolongé à l’encontre de bébés et d’enfants en bas âge.

Selon l’acte d’accusation, l’une des méthodes présumées consistait à obstruer les voies respiratoires des enfants avec les mains, du papier ou un tissu, tout en leur tenant la nuque pour les empêcher de bouger.

Les accusées auraient secoué les enfants, penché leur tête et leur corps vers l’avant et les auraient plaqués contre des matelas pendant de longues périodes. Dans certains cas, elles auraient obstrué à plusieurs reprises la respiration des enfants, même après qu’ils eurent commencé à s’étouffer, à rougir et à lutter pour respirer, les laissant étourdis et leur faisant perdre l’équilibre.

Une autre méthode présumée consistait à envelopper étroitement les bébés et les tout-petits dans des tissus ou des couvertures, en immobilisant leurs bras contre le corps pour les empêcher de bouger, puis à les allonger sur le ventre.

Selon les procureurs, Pagelsky et Khalupa nourrissaient parfois de force les enfants alors qu’ils étaient immobilisés, en inclinant leur tête vers l’arrière, en exerçant une pression physique pour leur ouvrir la mâchoire et en leur faisant ingérer rapidement de la nourriture mixée. Ils auraient ensuite essuyé le visage des enfants de manière agressive et douloureuse avec du papier.

Les enfants auraient également été enfermés seuls dans une pièce sombre et fermée pendant de longues périodes à titre de punition, sans surveillance, malgré leurs pleurs et leurs tentatives pour en sortir.

Le ministère public a également accusé les prévenues d’avoir infligé des violences psychologiques à d’autres enfants de la crèche en commettant à plusieurs reprises les actes de violence présumés devant eux. Certains enfants pleuraient ou s’approchaient de leurs camarades qui avaient été maltraités, selon l’acte d’accusation.

Dans sa demande visant à maintenir les femmes en détention jusqu’à la fin de la procédure, le parquet du district central a déclaré qu’elles représentaient un risque élevé en raison de la nature et de la fréquence des actes présumés, du jeune âge des victimes, mais aussi de ce qu’il a qualifié de trahison flagrante de la confiance des parents.

« Au lieu d’être un environnement sûr, protecteur et propice au développement, la crèche est devenue un lieu où les tout-petits vivaient dans la crainte constante d’une nouvelle agression », peut-on lire dans le communiqué.

Une source policière a déclaré au site d’information Walla : « J’ai regardé la scène, et les larmes me coulaient sur les joues. »

« Tout le monde avait le cœur brisé. C’est une affaire sans précédent, même parmi les cas les plus graves. »

Une mère dont le fils, âgé d’environ 18 mois, fréquentait cette crèche, a confié au site d’information Ynet que l’enfant n’y avait passé que 26 jours, mais qu’il avait radicalement changé.

« Mon fils se réveille en hurlant 15 fois par nuit », a-t-elle déclaré.

« Il voit les enfants de la crèche et devient anxieux – il est tout simplement à l’opposé de ce qu’il était. Sa confiance en lui s’est envolée ; on m’a rendu un garçon en état de choc post-traumatique. »

Ynet a rapporté que la mère avait commencé à soupçonner que quelque chose n’allait pas après avoir remarqué des blessures sur son fils. « Après la première blessure, je me suis dit : ‘Bon, il est peut-être tombé.’ Mais la deuxième ne m’a pas semblé normale, et j’ai décidé de me pencher sur la question – mais la police est tout simplement arrivée avant moi », a-t-elle expliqué.

La chaîne N12 a rapporté que les enquêteurs avaient également mis au jour des messages échangés entre Pagelsky et la mère de l’un des enfants. Dans l’un de ces échanges, la puéricultrice a envoyé à la mère une photo de l’enfant en précisant qu’il s’était fait une égratignure en jouant dehors, et a ajouté : « Il va bien, je l’ai pris dans mes bras et je lui ai mis de la pommade. » La mère a répondu : « Mon petit chéri, merci, Anush. »

L’ancien député du Likud Oren Hazan, dont l’enfant fréquentait cette crèche, a déclaré à N12 lorsque les accusations ont été rendues publiques pour la première fois : « Ils ont assassiné l’âme de mes enfants. »

Ces dernières années, Israël a connu une série d’affaires très médiatisées d’abus dans des crèches, dont beaucoup ont été révélées grâce à des images de caméras de sécurité et impliquaient de très jeunes enfants.

Le mois dernier, la police a arrêté trois femmes travaillant dans une école maternelle du centre d’Israël, après qu’elles ont été filmées en train de soulever de force des tout-petits, de les jeter violemment au sol, de les tirer par les oreilles et de leur lancer des objets. L’enquête a été ouverte après qu’un petit garçon de 11 mois a été amené au centre hospitalier Meïr de Kfar Saba avec une oreille contusionnée.

Depuis septembre 2020, Israël impose à la plupart des crèches accueillant au moins sept enfants de moins de trois ans d’installer des caméras de sécurité, sauf si 70 % des parents s’y opposent. Cette mesure a été prise à la suite d’une série de cas de maltraitance qui ont déclenché des manifestations dans tout le pays et des revendications en faveur d’une surveillance accrue.

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