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Analyse

Si certains présentent la fin de l’aide militaire US comme une transition vers le partenariat, les Israéliens s’inquiètent

La suppression d'une aide annuelle de 3,8 milliards de dollars obligerait Israël à repenser sa planification militaire ; Netanyahu et Huckabee affirment que les relations peuvent évoluer au-delà des subventions

Le président américain Donald Trump (à droite) écoutant lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans la salle à manger d’État de la Maison Blanche, à Washington, le 29 septembre 2025. (Crédit : Evan Vucci/AP)
Le président américain Donald Trump (à droite) écoutant lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dans la salle à manger d’État de la Maison Blanche, à Washington, le 29 septembre 2025. (Crédit : Evan Vucci/AP)

JTA — La perspective d’une cessation de l’aide militaire américaine à Israël d’ici quelques mois a alarmé les Israéliens, faisant planer le spectre d’une vulnérabilité nouvelle en matière de sécurité à un moment où le pays combat encore des ennemis sur tous les fronts.

Mais l’ambassadeur américain en Israël a estimé que cette décision était dans l’intérêt des relations qui unissent les États-Unis et Israël, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu a laissé entendre que cette initiative visant à modifier le statu-quo avait peut-être été coordonnée avec Jérusalem.

Dans un message qui a été diffusé sur le réseau social X, dans la matinée de vendredi, le cabinet du Premier ministre a écrit : « Aujourd’hui, Israël dispose d’une économie forte et stable. Ce passage de l’aide au partenariat, qui se fera sous la houlette du Premier ministre Netanyahu et du président Trump, témoigne de la solidité et de la maturité de nos relations, ainsi que de leur capacité à s’adapter et à rester solides au fil du temps ».

L’annonce qui a été faite cette semaine par le président américain Donald Trump – il a fait savoir que les États-Unis mettraient un terme à une aide annuelle apportée par les États-Unis à Israël à hauteur de plusieurs milliards de dollars d’ici fin 2026 – est survenue à un moment politiquement délicat pour les deux pays.

Le président s’est exprimé le jour où des millions d’Américains se sont rendus aux urnes pour déterminer la future composition du Congrès, à l’issue d’une campagne électorale qui a été marquée par les vives critiques du camp démocrate à l’égard du parti républicain concernant l’aide à l’État juif. Cette déclaration est également intervenue une semaine après les élections israéliennes – un scrutin au cours duquel ni Netanyahu, ni l’opposition ne sont parvenus à obtenir la majorité et où les deux parties se disputent désormais le soutien de l’opinion publique, chacun tentant de former une coalition gouvernementale.

« Supprimer l’aide militaire à Israël est une grave erreur », a commenté le député Moshe Tur-Paz, du parti d’opposition Yesh Atid, auprès de la Jewish Telegraphic Agency.

« Même si nous aimerions bien penser que nous sommes en mesure de nous débrouiller seuls, il est important de comprendre que cette aide militaire n’est pas un simple transfert de fonds vers Israël », a ajouté Tur-Paz, lieutenant-colonel à la retraite de la réserve de Tsahal qui a récemment siégé au sein de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

Le député Moshe Tur-Paz s’exprime lors
d’une conférence à la Knesset à Jérusalem, le 19 janvier 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De son côté, l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a fait valoir que la coupure de cette assistance garantissait la pérennité des liens entre les deux alliés en matière de sécurité.

Huckabee, qui est, depuis des décennies, l’un des plus fervents défenseurs d’Israël aux États-Unis, a dit à la chaîne d’information N12 que le projet de réduction progressive de l’aide militaire à Israël avait été convenu conjointement par le Premier ministre Netanyahu et par Trump — ce que le communiqué qui a été diffusé vendredi par le cabinet du Premier ministre a semblé confirmer.

La somme annuelle de 3,8 milliards de dollars est principalement dépensée aux États-Unis pour l’achat de composants d’armes ou de systèmes d’armement qui sont par ailleurs fabriqués dans des usines américaines. Huckabee a souligné que cette production avait créé des emplois sur le territoire américain. Un protocole d’accord entre les deux pays prévoit le maintien de ce niveau d’aide jusqu’en 2028. Si certaines spéculations ont pu laisser entendre que Washington et Jérusalem pourraient ne pas renouveler cet accord – comme cela s’était produit à l’expiration de précédents protocoles d’accord – l’annonce faite par Trump d’une coupure anticipée de l’aide s’est avérée être inattendue.

Ce qui se passe actuellement, a expliqué Huckabee, c’est qu’Israël comme les États-Unis « souhaitent évoluer vers une relation différente, qui ne s’apparente pas à un programme d’aide, mais plutôt à une relation commerciale. »

L’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, s’adresse à la presse lors de sa visite au domicile d’un résident américano-palestinien, dans la ville de Turmus Ayya, en Cisjordanie, le 5 septembre 2026. (Crédit: John Wessels/AFP)

Ce qui a toujours été l’objectif quand les deux parties ont été amenées à négocier le prochain cycle du protocole d’accord qui sous-tend l’assistance militaire, a-t-il déclaré. Il a ajouté que le passage d’une relation d’aide à une relation commerciale pourrait endiguer les critiques croissantes aux États-Unis concernant ces dépenses.

Toutefois, si une telle approche semble correspondre à la pensée de Netanyahu, la rapidité avec laquelle Trump est passé à l’acte a entraîné la consternation à Jérusalem – des personnalités israéliennes des milieux financiers et militaires ayant exprimé leur surprise et leur inquiétude face à cette décision.

Lors d’une interview radiophonique qui a eu lieu dans la matinée de mercredi, le général de division à la retraite Giora Eiland, ancien chef du Conseil national de sécurité israélien, a qualifié l’annonce de Trump de « coup inattendu » – un coup qui causera « d’énormes dégâts », a-t-il averti.

Outre le fait qu’elles obligeront Israël à débourser des milliards de shekels pour des contrats de Défense qui ont d’ores et déjà été signés, les coupes budgétaires de Trump porteront également atteinte aux « initiatives conjointes existantes, comme c’est le cas du développement de la technologie laser en Israël », a-t-il indiqué.

Huckabee a lui-même annoncé, devant les caméras de la chaîne N12, qu’il ne savait pas si le financement qui avait été négocié par l’administration Obama prendrait fin dès la fin de l’année 2026. Il a précisé qu’il cherchait, aux côtés du gouvernement israélien, à obtenir des éclaircissements.

« Nous leur donnions quatre milliards de dollars… mais ce financement prendra fin à la fin de l’année », a assuré Trump lors d’une intervention téléphonique dans l’émission « Fox & Friends » qui est diffusée sur Fox News dans la matinée de mardi, jour des élections de mi-mandat.

Tur-Paz, le député de Yesh Atid, a indiqué que ces fonds soutenaient de nombreuses initiatives fructueuses de collaboration et de partenariat, pour un montant annuel de 12 milliards de shekels – une somme qui devra être compensée par des coupes budgétaires dans d’autres domaines.

« Si les besoins de l’armée ne sont pas satisfaits, le déficit devra être comblé soit par le secteur civil — ce qui est très problématique —, soit par le budget de la Défense lui-même, ce qui est tout aussi préoccupant », a-t-il confié.

Le protocole d’accord actuel accorde à Israël 3,8 milliards de dollars par an et il court jusqu’à l’exercice 2028. En conséquence, il est difficile de déterminer dans quelle mesure il sera aisé, pour la Maison Blanche, de mettre fin à ce financement cette année – tout comme il est difficile de dire si Donald Trump est réellement déterminé à modifier l’accord concerné.

Trump s’est exprimé avant que les démocrates ne remportent une victoire écrasante mardi, reprenant le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat – ce qui, compte tenu de la frustration croissante du parti à l’égard d’Israël, a suscité des inquiétudes quant à l’avenir de l’alliance américano-israélienne.

Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant de traverser la pelouse sud de la Maison Blanche pour monter à bord de Marine One, le 6 novembre 2026, à Washington. (Crédit: AP/Mark Schiefelbein)

Jeudi, le président Isaac Herzog a fait savoir que la déclaration de Trump concernant la suspension de l’aide militaire avait eu, chez lui, « l’effet d’un coup de tonnerre » alors qu’il abordait la question lors d’une réunion avec le parti Yashar de Gadi Eisenkot, le plus grand parti d’opposition issu des élections israéliennes, à sa résidence dans le cadre des consultations pour la formation d’un nouveau gouvernement. Herzog décidera prochainement quel parti aura la première opportunité de tenter de former une coalition gouvernementale.

« Cela m’inquiète beaucoup », a reconnu Herzog à propos de cette annonce concernant l’assistance. Yashar est à la tête du bloc qui espère évincer Netanyahu et il s’est fixé comme priorité absolue de rétablir les relations avec les démocrates américains.

Le docteur Avishay Ben Sasson-Gordis, chercheur senior au sein de l’Institut d’études sur la sécurité nationale basé à Tel Aviv, a estimé que la déclaration qui a été faite par Trump était « une alerte rouge » sur le plan politique, mettant en évidence « une facette de la popularité d’Israël et du soutien dont le pays bénéficie actuellement aux États-Unis auprès d’une certaine partie de l’électorat, même du côté républicain ».

Si Sasson-Gordis a dit ne pas penser que Trump puisse immédiatement couper les financements « dans la mesure où le budget de l’exercice 2027 est déjà en commission », il a précisé que Jérusalem devrait « redéfinir » ses priorités militaires en cas de fermeture du robinet.

« La planification militaire s’effectue des années, voire des décennies à l’avance. Ainsi, le type d’armée dont nous disposerons dans une décennie va se décider dès maintenant. Et si nous décidons de nous retirer des accords [de Défense existants] [en raison des coupes budgétaires], alors nous devrons repenser le type d’armée que nous cherchons à construire », a expliqué Sasson-Gordis à la JTA.

Un avion de chasse F-35I de l’armée de l’air israélienne décolle d’une base aérienne en Israël pour mener des frappes en Iran, sur une photo d’archive publiée le 4 mars 2026. (Crédit : Armée israélienne)

Les Israéliens s’étaient bien préparés à un réajustement du fonctionnement de cette aide, mais rares étaient ceux qui avaient anticipé un changement aussi brutal.

S’adressant à The Economist au mois de janvier dernier, Netanyahu avait appelé à une « réduction progressive » de l’aide militaire américaine au cours de la prochaine décennie et ce jusqu’à sa suppression pure et simple, arguant que son pays avait « atteint sa maturité » et qu’il s’employait à développer sa propre industrie de Défense nationale.

Depuis des décennies, Israël reçoit des milliards de dollars d’aide à la Défense de la part des États-Unis – la grande majorité de cette assistance sert à acheter des armes auprès d’entreprises américaines — alors même que l’État juif a investi dans la production locale d’équipements de Défense et qu’il s’est hissé au rang de septième exportateur mondial d’armes.

Malgré cela, la dépendance de Jérusalem vis-à-vis des livraisons américaines s’est considérablement accrue à la suite du pogrom commis par le Hamas dans le sud du pays, le 7 octobre 2023, et des guerres qui ont suivi à Gaza, au Liban, en Syrie et contre l’Iran.

Aux États-Unis, les détracteurs ont qualifié la déclaration de Trump « d’esquive », soulignant que, si le soutien en faveur d’une réduction de l’aide à la Défense accordée à Israël ne cesse de croître sur le territoire national, certains législateurs exercent également des pressions en faveur d’une intégration plus étroite des appareils de Défense des deux pays. Un groupe bipartite de députés souhaite inclure dans le projet de loi annuel sur la politique de Défense des dispositions qui permettraient d’ élargir la coopération américano-israélienne en matière de technologies.

« Ils ne réduisent pas vraiment l’aide, ils la reprogramment simplement sous forme de ‘projets conjoints’ et ils la dissimulent dans le budget de la Défense. Les Américains paieront davantage, avec encore moins de contrôle de la part du Congrès », a écrit Matt Duss, PDG du Center for International Policy et ancien conseiller en politique étrangère du sénateur démocrate du Vermont, Bernie Sanders, dans un post qui a été publié sur X.

Une section de la loi d’autorisation de la Défense nationale pour 2027 exigerait que le secrétaire à la Défense désigne un « agent exécutif chargé de coordonner les efforts de coopération entre les États-Unis et Israël, notamment en matière de recherche, de développement, d’essais, d’évaluation, d’intégration et de coopération industrielle bilatéraux dans le domaine des technologies de défense ».

De droite à gauche : le général de division Tal Politis, attaché militaire des Forces de défense israéliennes (IDF) à Washington ; Shlomo Toaff, vice-président senior de Rafael et directeur de sa division de défense aérienne ; Moshe Patel, directeur de Homa ; Tom Cotton, sénateur de l’Arkansas ; Sarah Huckabee Sanders, gouverneure de l’Arkansas ; Tom Liberty, responsable des systèmes aériens et terrestres chez Raytheon ; Jonathan Casey, PDG de R2S ; Bruce Westerman, membre du Congrès de l’Arkansas ; le général de division Jason Cothern, directeur adjoint de l’Agence américaine de défense antimissile ; et Adi Farjon Israel, consul général d’Israël dans le sud-ouest des États-Unis, lors d’une cérémonie commémorant le premier intercepteur du Dôme de fer entièrement construit et assemblé aux États-Unis, à East Camden, dans l’Arkansas, le 8 octobre 2026. (Crédit: Ministère de la Défense)

En réalité, c’est précisément ce que certaines organisations pro-israéliennes de la droite américaine n’ont cessé de réclamer.

« Nous plaidons depuis un certain temps déjà pour que l’aide à la sécurité accordée à Israël passe progressivement du programme de financement militaire étranger (Foreign Military Financing) à celui des ventes militaires à l’étranger (Foreign Military Sales) », a noté sur X Victoria Coates, vice-présidente de la fondation conservatrice Heritage Foundation, appelant à un transfert des financements de l’aide directe vers des programmes conjoints.

Une fois qu’Israël sera devenu « partie intégrante d’un nouveau paradigme régional en matière de sécurité et de commerce », le pays sera en mesure de « se permettre de mettre progressivement fin à sa relation de financement militaire avec les États-Unis », avait fait valoir le groupe dans une prise de position de 2025 — ajoutant que « de 2029 à 2047, les États-Unis devront faire évoluer leur financement militaire des achats d’armes vers des ventes militaires directes à Israël », tout comme ils s’étaient sevrés de l’aide économique directe dans les années 1990.

Une telle approche pourrait également réduire, sans toutefois la supprimer, la capacité du Congrès à utiliser l’aide pour influencer la politique israélienne, ce qui serait probablement bien accueilli par les responsables israéliens — d’autant plus que de plus en plus de démocrates se prononcent en faveur d’une réduction ou d’une suspension de l’aide militaire.

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