Herzog tente désespérément d’imposer un gouvernement d’union largement rejeté
Le président a transformé une procédure électorale datée en talk-show politique pour pousser les partis à s’allier à Benjamin Netanyahu, mais s’est heurté à la majorité pro-Eisenkot
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Il n’est guère difficile de pardonner à ceux qui, lors de leur venue, mercredi ou jeudi, à la résidence présidentielle de Jérusalem, ont pu avoir l’impression de s’être retrouvés par erreur sur le plateau de « Meet the Press ».
Isaac Herzog y tenait le rôle du présentateur, avec, d’un côté de la table, les responsables des groupes parlementaires fraîchement élus à la Knesset dans le rôle des invités et, de l’autre côté, ses conseillers, qui avaient pris la casquette des commentateurs politiques.
Herzog a bombardé les représentants des partis de questions dignes d’un journaliste politique. Un interrogatoire musclé, manifestement destiné à fabriquer de nouveaux gros titres à partir de sujets déjà ressassés à la radio et à la télévision, histoire de donner artificiellement un peu de relief à une procédure électorale qui, au fond, n’est qu’une formalité et n’a nul besoin d’être retransmise.
Dans le principe, les « consultations » présidentielles retransmises en direct ont quelque chose de désuet. Cette procédure obligatoire, au cours de laquelle les représentants de chaque parti viennent officiellement recommander au président leur candidat au poste de Premier ministre au lendemain des élections, semble appartenir à une autre époque.
Les partis viennent annoncer au président à qui ils souhaitent voir confier la formation du gouvernement. Mais les jeux sont déjà faits et tout le monde sait parfaitement ce que chacun va dire.
Chaque parti aurait tout aussi bien pu communiquer son choix au président par un simple message WhatsApp. Herzog n’aurait alors eu qu’à faire un calcul parlementaire dont n’importe quel enfant serait capable sans calculatrice. Cette solution discrète aurait été autrement plus authentique que le défilé de responsables politiques sur le tapis rouge qui avait été déroulé depuis les marches de l’entrée jusqu’au grand hall de la résidence présidentielle sous l’œil de dizaines de caméras de télévision – contribuant à entretenir un faux suspense autour d’un résultat pourtant facile à prévoir.
Au final, c’est à l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, Gadi Eisenkot, que Herzog va confier la tâche de former le prochain gouvernement. Un moment déjà historique pour ce dirigeant centriste, qui est sorti des consultations avec le soutien d’une nette majorité des élus de la Knesset : 67 députés sur 120 l’ont recommandé pour le poste de Premier ministre.
Le président compte annoncer sa décision dimanche, plutôt que de faire perdre du temps au pays en laissant traîner la procédure bureaucratique pendant une semaine entière, comme la loi le lui permet théoriquement.
Il est toutefois clair que Herzog voit d’un très mauvais œil la perspective qu’Eisenkot forme un gouvernement minoritaire, disposant d’une faible assise parlementaire et soutenu de l’extérieur par les deux principaux partis arabes.
Si cela ne tenait qu’à lui, Herzog se serait présenté jeudi à la résidence présidentielle, flanqué du Premier ministre du Likud, Benjamin Netanyahu, à sa droite, et d’Eisenkot à sa gauche, pour annoncer, tout sourire, que ces deux adversaires acharnés étaient miraculeusement parvenus à un accord pour former un large gouvernement d’union nationale.
Cela ne s’est pas produit et ne se produira probablement pas. Mais Herzog ne renonce pas. Il redouble même d’efforts pour le compte de Netanyahu, s’évertuant à justifier après coup un choix qu’il a fait depuis longtemps.
« Que se passera-t-il lorsque Netanyahu prendra sa retraite ? », a lancé avec colère le président aux représentants du parti de gauche HaDemocratim, jeudi matin. « Tout doit-il donc se résumer à être pour ou contre Netanyahu ? »
Herzog a distribué compliments et remontrances aux représentants des différents partis, dans le but manifeste de les rallier à son objectif politique : un gouvernement d’union nationale.
Le député Gilad Kariv explique au président Isaac Herzog pourquoi il ne peut y avoir de gouvernement d’union nationale avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la résidence présidentielle de Jérusalem, le 5 novembre 2026. (Vidéo : Résidence présidentielle)
Il a manifesté une impatience évidente envers tous ceux qui se mettaient en travers de cette mission personnelle, qu’il s’agisse des représentants du parti d’extrême droite Otzma Yehudit d’Itamar Ben Gvir, de HaDemocratim ou des partis arabes. Au passage, il a tenu plusieurs propos pour le moins étranges, révélant à quel point il semblait déconnecté de la réalité.
« Comment comptez-vous former un gouvernement minoritaire ? Sous le gouvernement du ‘changement’ [de 2021 à 2022], vous n’avez même pas réussi à planter quelques arbres dans le Néguev », a lancé Herzog aux représentants de HaDemocratim.
Le président faisait référence à une crise politique survenue en 2022, sous le gouvernement Bennett-Lapid, un gouvernement qui avait duré 18 mois. Le parti islamiste Raam avait alors temporairement boycotté la coalition pour protester contre des plantations d’arbres menées par le Fonds National Juif (JNF/KKL) dans des zones bédouines non reconnues. À l’entendre, on aurait presque pu croire que Herzog avait été briefé par Netanyahu avant la rencontre, tant le Premier ministre aime ressortir cet épisode pour se moquer de ses adversaires.
Herzog a également tenu des propos pour le moins surprenants devant les représentants de Yahadout HaTorah, qui se sont livrés à un petit jeu politique en refusant de recommander Netanyahu pour le poste de Premier ministre.
« La loi Tal a été invalidée par la Haute Cour à une très courte majorité. Je le regrette », a déclaré Herzog aux responsables ultra-orthodoxes ashkénazes, dans une tentative manifeste de s’attirer leurs bonnes grâces. Eux aussi le regrettent amèrement.
Comme Herzog le sait parfaitement, la loi Tal, adoptée en 2002, était un texte controversé qui accordait aux étudiants des yeshivot haredim des exemptions massives et institutionnalisées du service militaire. La Haute Cour de justice l’avait invalidée en 2012 au motif qu’elle violait le principe d’égalité. Or, cette invalidation était bien la dernière chose dont une armée israélienne aux effectifs décimés avait besoin, alors qu’elle peine désespérément, encore aujourd’hui, à reconstituer ses unités combattantes.
Heureusement que la Cour a abrogé cette loi. Et la plupart des Israéliens ne peuvent qu’espérer qu’elle ne soit jamais rétablie.
Mais c’est chez les représentants du parti centriste Beyahad, arrivés jeudi après-midi à la résidence présidentielle, devenue pour l’occasion un studio de télévision, que le rêve de gouvernement d’union nationale de Herzog s’est heurté à l’opposition la plus farouche.
« Je ne fais pas affaire avec des scorpions », a lancé la députée Meirav Cohen au président, droit dans les yeux, faisant allusion à la fable du scorpion et de la grenouille.
Pour Cohen, le scorpion, c’est Netanyahu. En 2020, ce dernier avait convaincu la faction centriste de Benny Gantz de rejoindre un gouvernement d’union nationale d’urgence pour faire face à la pandémie de Covid-19. L’accord prévoyait une alternance obligatoire au poste de Premier ministre, Gantz devant succéder à Netanyahu à la fin de l’année suivante. « Pas de coups fourrés », avait solennellement promis Netanyahu. Il avait ensuite trahi sa promesse, exploitant une faille dans l’accord en refusant de faire adopter le budget de l’État, provoquant ainsi la chute de son propre gouvernement plutôt que de céder le pouvoir.
Cohen avait toutes les raisons de se souvenir de cet épisode : elle avait été ministre pendant huit mois au sein de ce gouvernement.
Le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, avait refusé de participer à cet accord, convaincu que Netanyahu ne tiendrait pas parole, ce qui avait provoqué sa rupture avec Gantz. Il a déclaré à ses collègues de Beyahad : « Il n’y a pas de gouvernement possible avec Netanyahu, et il n’y en aura jamais. C’est un conte de fées auquel seul le président Herzog croit. »
Pour l’heure, rien ne dit qu’Eisenkot parviendra à former un gouvernement viable, tributaire du soutien d’un parti ultra-orthodoxe hésitant et des partis arabes. Les obstacles sont considérables et les chances de réussite minces.
La stratégie actuelle d’Eisenkot et de ses alliés consiste à prendre rapidement le contrôle de la nouvelle Knesset dès son entrée en fonction, mardi, et à faire jouer pleinement son rôle d’autorité parlementaire souveraine, en s’appuyant sur leur majorité pour faire avancer des lois essentielles. Ils espèrent ainsi créer un rapport de force qui permettra, à terme, l’émergence d’un gouvernement alternatif.
« Nous devons avancer étape par étape », a résumé jeudi l’un des dirigeants du bloc. « C’est une entreprise extrêmement complexe. Quiconque voudra brûler les étapes risque de tout compromettre. »
Et malgré tous les efforts de Herzog, l’issue recherchée n’est certainement pas un gouvernement avec Netanyahu.
Vous avez apprécié cette lecture ? Rejoignez notre communauté et contribuez à faire vivre une information indépendante et de qualité. Merci de votre soutien !
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







