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Lapid affirme que l’Amérique n’est « pas perdue », mais Lander rejette son plan

Le chef de l’opposition préconise une tournée pour rétablir le soutien bipartisan à Israël, mais le nouvel élu new-yorkais réclame avant tout le respect des droits humains

Yair Lapid, numéro deux du parti Beyahad, quitte une réunion des dirigeants des partis d’opposition dans un hôtel, à Herzliya, le 3 novembre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Yair Lapid, numéro deux du parti Beyahad, quitte une réunion des dirigeants des partis d’opposition dans un hôtel, à Herzliya, le 3 novembre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Au lendemain des élections de mi-mandat américaines, qui ont propulsé plusieurs responsables politiques (très) anti-Israël à des fonctions électives, Yaïr Lapid a affirmé que l’Amérique n’était pas « perdue » et a proposé un plan visant à enrayer l’érosion du soutien bipartisan à Israël, avant de se heurter au refus d’un nouvel élu progressiste américain critique d’Israël, qui se définit comme un « sioniste libéral ».

Dans une publication en hébreu diffusée mercredi sur X, le chef de l’opposition a exhorté le futur gouvernement israélien à chercher à isoler les Démocrates farouchement anti-Israël, tout en rétablissant les relations avec les modérés du parti, qui contrôle désormais les deux chambres du Congrès.

Plus précisément, il a proposé que les dirigeants israéliens entreprennent une tournée aux États-Unis pour écouter leurs interlocuteurs, afin de s’entretenir non seulement avec des responsables politiques, mais aussi avec des dirigeants de la communauté juive américaine et d’autres communautés religieuses et ethniques de toutes tendances politiques.

Yair Lapid, numéro deux du parti d’opposition Beyahad, a une nouvelle fois plaidé en faveur du départ du gouvernement israélien de droite actuel, dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qu’il a qualifié de « toxique ». La plupart des responsables démocrates [aux États-Unis], a-t-il affirmé, ne s’opposent pas à l’État hébreu, mais sont consternés par le comportement de la coalition sortante, qui a perdu sa majorité lors des élections de la semaine dernière.

Quelques heures après la publication de son message, cependant, le député new-yorkais nouvellement élu Brad Lander, qui a accusé Israël de « génocide », a rejeté les propos de Lapid, affirmant que ce que recherchent les électeurs américains, c’est le respect par Israël du « droit international et des droits de l’Homme », et non une « tournée de meetings politiques ».

Cet échange a suscité des réactions de commentateurs, ainsi qu’une nouvelle publication de Lapid, cette fois en anglais, dans laquelle il déclarait : « Nous savons que quoi qu’il arrive, certaines personnes nous détesteront, et que d’autres s’opposeront à nous. »

Brad Lander, candidat démocrate au Congrès, s’exprime lors d’un rassemblement destiné à mobiliser les électeurs avant les primaires, dans l’arrondissement de Brooklyn, à New York, le 18 juin 2026. (Crédit : Ryan Murphy/AP)

La vague démocrate a permis à une nouvelle génération de parlementaires américains, qui accusent Israël de « génocide » et, dans certains cas, se sont prononcés contre l’existence d’un État juif, de remporter des sièges à la Chambre des représentants et au Sénat. Leurs victoires interviennent alors que l’opinion publique américaine s’est considérablement détournée d’Israël, en particulier parmi les Démocrates, et que les électeurs ont exprimé leur colère face à la guerre contre la République islamique d’Iran, déclenchée conjointement par les États-Unis et Israël en février.

La frustration qui règne dans ce pays, qui a longtemps été l’allié le plus proche et le plus puissant d’Israël, semble transcender les clivages politiques. Mardi, le président américain Donald Trump a annoncé la suspension de l’aide militaire à Israël à la fin de l’année. Mercredi, le vice-président américain JD Vance a imputé la défaite électorale des Républicains à la guerre contre l’Iran et a déclaré que les électeurs souhaitaient un « changement » dans les relations entre les États-Unis et Israël.

Dans ce contexte, Lapid a exhorté les Israéliens à ne pas dramatiser la situation.

« Ce dont nous avons besoin de toute urgence, c’est de dirigeants capables de proposer un plan d’action, pas de responsables politiques qui cèdent à la panique », a écrit Lapid. « Il est plus facile de crier ‘L’Amérique est perdue’, car si elle est perdue, cela nous dispense de faire quoi que ce soit. Mais ce n’est pas vrai. Pas du tout. »

Il a reconnu que « le noyau dur anti-Israël à la Chambre des représentants s’est renforcé », mais a souligné que les dirigeants démocrates à la Chambre et au Sénat, le député Hakeem Jeffries et le sénateur Chuck Schumer, ce dernier étant juif, sont tous deux favorables à Israël.

« Le vrai problème, ce ne sont pas les extrémistes », a déclaré Lapid, ajoutant que même si les Démocrates votaient de plus en plus contre les livraisons d’armes à Israël, la plupart de leurs élus « ne nous haïssent pas ».

« Ces gens ne sont pas contre Israël », a-t-il affirmé. « Ils sont contre les ministres extrémistes qui tiennent des propos ahurissants. Ils sont contre la violence des habitants des implantations. Ils sont contre un gouvernement dont ils ne comprennent pas les agissements. Mais surtout, ils sont contre Netanyahu. À leurs yeux, tout ce qui porte son empreinte est toxique. »

Il a appelé à revenir à un principe qui prévalait autrefois, selon lequel « Israël ne prend pas parti aux États-Unis. Nous travaillons avec tout le monde, quelle que soit son appartenance politique. »

Lapid a déclaré que la première délégation de dirigeants israéliens du prochain gouvernement devrait se rendre non seulement à la Maison Blanche, mais aussi au Congrès, pour rencontrer des représentants « des deux partis ».

« Il ne s’agit pas simplement d’aller prononcer des discours, mais d’écouter, d’échanger, d’accepter les critiques, d’expliquer les faits et de rétablir la confiance. »

Il a également proposé qu’une délégation sillonne les États-Unis pour rencontrer des gouverneurs et des élus locaux, des personnalités des médias ainsi que des responsables religieux et communautaires, « afin de renouer le dialogue avec les Américains, au-delà des clivages politiques », a-t-il écrit.

Il a notamment souligné que les communautés juives « ne demandent qu’à rencontrer les dirigeants israéliens et à entendre ce qu’ils ont à leur dire ».

Le chef de file démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, s’exprime lors d’une soirée électorale organisée dans un hôtel de Capitol Hill à Washington, le 4 novembre 2026. (Crédit : J. Scott Applewhite/AP)

Lapid a appelé à renouer le dialogue avec « les Hispaniques, les églises afro-américaines et les jeunes évangéliques, qui se sont détournés de nous ».

« L’Amérique n’est pas perdue. Elle attend simplement qu’on rétablisse le dialogue », a-t-il conclu.

Lander: « Vous n’entendez pas » les électeurs

Lander, qui est juif et représentera une circonscription de New York à partir de l’année, se décrit comme un « sioniste libéral ». Il accuse Israël de « génocide » et a été brièvement interpellé par les troupes israéliennes le mois dernier alors qu’il participait à la récolte des olives avec un groupe de militants pro-palestiniens en Cisjordanie.

Dans une publication adressée à Lapid, il a déclaré être quelqu’un qui « se soucie d’Israël ».

« Vous n’entendez pas ce que vous disent les électeurs américains, qu’ils soient juifs ou non. Ce n’est pas d’une grande tournée politique dont nous rêvons. Ce que nous voulons, c’est qu’Israël respecte le droit international et les droits de l’Homme. »

Dan Senor, éminent commentateur spécialisé dans les questions israéliennes, a écrit que si Lapid identifiait à juste titre les « angles morts » des dirigeants israéliens concernant les évolutions de la vie politique américaine, l’homme politique de l’opposition révélait quant à lui ses propres lacunes.

« Ils sont sincèrement convaincus que c’est ce genre d’initiative que les progressistes américains, de plus en plus influents, veulent entendre. Et bien sûr, comme on pouvait s’y attendre, Lander le rabroue », a écrit Senor. « Cet échange est déprimant de bout en bout. »

Dan Senor, co-auteur de The Genius of Israël. (Crédit : Dor Malka)

Lapid a répondu à Senor que « certains voudront sincèrement dialoguer pour renouer les liens entre nos deux pays et réparer ce qui a été abîmé. D’autres poursuivront leur combat contre Israël, quoi qu’il arrive ».

« Ce sont ceux qui sont prêts à nous écouter et à discuter avec nous qui m’intéressent », a-t-il conclu.

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