Des dirigeants juifs de New York défendent la procureure générale démocrate
Letitia James a reçu l'appui de personnalités juives face aux attaques de sa rivale Républicaine, Saritha Komatireddy, sur sa gestion des actes antisémites à New York
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NEW YORK (JTA) – La procureure générale de l’État de New York, la Démocrate Letitia James, et sa rivale Républicaine, Saritha Komatireddy, s’affrontent sur la manière de lutter contre l’antisémitisme à l’approche du scrutin de mardi.
La candidate Républicaine a régulièrement pris à partie Letitia James durant la campagne au sujet de sa manière de gérer les actes antisémites, mais des figures éminentes de la communauté juive se sont mobilisées pour défendre la procureure sortante.
Komatireddy reproche à James de fermer les yeux sur les actes antisémites alors que ceux-ci se multiplient dans l’État qui abrite la plus grande population juive de tout le pays.
Plusieurs dirigeants juifs ont pris la défense de James et de son bilan.
Mark Treyger, directeur général du Jewish Community Relations Council of New York, a déclaré dans un communiqué transmis à la Jewish Telegraphic Agency avoir constaté l’engagement de Letitia James envers les communautés new-yorkaises « de visu ».
« Lorsqu’une petite entrepreneuse israélo-éthiopienne de Harlem a fait face à la haine, elle a réorganisé son agenda dans tout l’État pour être à ses côtés, lui a offert un soutien immédiat et a assuré un suivi personnel », a rappelé Treyger en évoquant les réactions hostiles à Israël subies par le Tsion Cafe.
« Qu’il s’agisse de s’opposer à l’antisémitisme et aux discriminations, de protéger la sécurité publique ou de célébrer la vie juive, elle s’est toujours montrée accessible et à l’écoute des préoccupations de la communauté », a-t-il poursuivi, saluant « ses qualités de cheffe et son appui indéfectible ».
Le district de Letitia James englobait des portions du quartier de Crown Heights, fortement peuplé de Juifs orthodoxes, et elle s’est elle-même qualifiée de « Loubavitch honoraire ». Le comité d’action politique Crown Heights United PAC lui a renouvelé son soutien le mois dernier.
En fonction depuis 2019 comme procureure générale de l’État de New York, James est la principale responsable juridique de l’État et dirige un service de plus de 700 avocats qui mènent des enquêtes civiles et pénales à l’échelle territoriale.
Mais dans la mesure où les actes antisémites dans l’État ont augmenté ces dix dernières années, Komatireddy, ancienne procureure fédérale à New York pendant plus de dix ans, estime que la procureure générale n’en a pas fait assez.
« Les chiffres montrent que les actes antisémites explosent à New York : il faut que quelqu’un fasse quelque chose, car nos procureurs de district sont inefficaces pour endiguer cette tendance », a déclaré Komatireddy dans un entretien accordé à la JTA, en parlant des magistrats qui supervisent les plaintes pour crimes de haine.
Letitia James a rejeté les accusations de sa concurrente.
Un porte-parole de sa campagne a affirmé à la JTA qu’elle avait « été aux côtés de la communauté juive tout au long de sa carrière ».
« Elle s’en est prise à plusieurs reprises aux agitateurs malintentionnés qui s’en prenaient aux New-Yorkais juifs, et elle continuera à lutter contre l’antisémitisme et la haine sous toutes leurs formes », a ajouté le porte-parole.
Plusieurs personnalités politiques démocrates juives de New York soutiennent la candidature de James. Le Représentant fédéral sortant, Jerry Nadler, la présidente du Conseil municipal Julie Menin et six autres élus démocrates juifs ont officialisé leur appui à Letitia James lors d’une conférence de presse, la semaine dernière, saluant son soutien indéfectible à la communauté juive.
Le président de l’arrondissement de Manhattan, Brad Hoylman-Sigal, l’a félicitée pour son action contre les discriminations au logement contre les familles hassidiques dans le comté d’Orange, ainsi que pour avoir mis un terme aux pratiques d’une station de lavage automobile du comté de Rockland qui surtaxait les Juifs orthodoxes.
Julie Menin a remercié Letitia James pour sa participation, chaque année, à la parade de la Journée d’Israël – ce qui fait d’elle, de son point de vue, une dirigeante toujours « aux côtés de la communauté juive dans les moments difficiles ».
« Je suis submergée par l’émotion en ce moment », a réagi Letitia James suite aux propos de Menin.
D’autres personnalités et organisations juives apportent leur soutien à Saritha Komatireddy, qui ambitionne d’être la première Républicaine élue à ce poste depuis plus de trente ans.
Komatireddy bénéficie de l’appui de Donald Trump, qui a traité Letitia James de « corrompue » suite à l’action civile intentée contre lui au sujet de la surévaluation de ses biens immobiliers, et qui avait réclamé son limogeage, du temps où elle était procureure spéciale dans le cadre d’un procès en diffamation et agression sexuelle contre l’Université Cornell.
Komatireddy a fait savoir aux journalistes qu’elle décréterait « un état d’urgence sur l’antisémitisme » dès son premier jour en fonction – un projet que Letitia James a qualifié, auprès de la JTA, de prérogative du gouverneur et non du procureur général.
Interrogée sur la mise en œuvre concrète d’une telle mesure, Komatireddy a expliqué qu’elle ferait usage d’une disposition légale permettant au procureur général « d’intervenir et poursuivre les crimes de haine lorsqu’un procureur de district s’est montré inefficace pour le faire ».
Elle prévoit par ailleurs d’établir des zones tampons aux abords des écoles juives et des synagogues, en s’appuyant sur les lois existantes relatives aux droits civiques.
La campagne de fermeté face à la criminalité et à l’antisémitisme menée par Komatireddy trouve un écho auprès de certains New-Yorkais juifs et pourrait provoquer « de nombreuses défections de l’électorat de James vers Saritha », estime Moshe Davis, ex-directeur du service municipal en charge de la lutte contre l’antisémitisme du temps du mandat d’Eric Adams.
« Je pense qu’une grande partie de la communauté juive adhère à son message », estime Davis.
Un sondage de l’institut Siena, le mois dernier, crédite Letitia James de 54 % des intentions de vote contre 39 % pour sa rivale ; James conserve une avance de 6 points dans les banlieues de New York.
Le rabbin Elie Weinstock, qui officie au Jewish Center of Atlantic Beach, à Long Island, a confié à la JTA qu’un « malaise » persistait chez les électeurs juifs face aux actes antisémites.
« Je pense que la communauté juive veut entendre quelqu’un dire : « Je suis avec vous », et je crois que celui ou celle qui le fera obtiendra de bons résultats au sein de la communauté », analyse le rabbin, qui compte parmi ses fidèles le candidat Républicain au poste de gouverneur, Bruce Blakeman.
Il ajoute que l’opposition au maire de New York, Zohran Mamdani – un Démocrate comme Letitia James –, « pourrait orienter les votes des Juifs » vers Komatireddy.
Saritha Komatireddy a assisté à un office à la synagogue de Park Avenue et publié en octobre une vidéo donnant à voir et entendre le rabbin de la congrégation, Elliot Cosgrove, en train de lui souhaiter « toutes les bénédictions pour votre campagne » depuis la bimah (l’estrade).
Dans un texto à la JTA, le rabbin Cosgrove a tenu à préciser que si la publication était récente, la visite datait de la période « hiver/printemps ».
« Je ne soutiens ni ne soutenais sa démarche. Je souhaite toujours la bienvenue aux visiteurs de manière chaleureuse », a-t-il écrit.
Le média Jewish Insider a rapporté en octobre que Komatireddy avait publié des photos d’une rencontre impromptue dans la rue avec des membres d’une église « Black Hebrew Israelite » qui a qualifié les Juifs « d’imposteurs » et de « synagogue de Satan ».
Komatireddy a déclaré à la JTA qu’il s’agissait d’une « réunion impromptue » en plein air à Rochester, et que « dès que nous avons su qui ils étaient, nous avons rejeté les vues haineuses prônées par ce groupe » et supprimé la publication.
En mars de cette année, Komatireddy a signé une tribune au vitriol dans le New York Post accusant Letitia James de fermer les yeux sur les actes antisémites.
Pourtant, Binyamin Krauss, directeur de la SAR Academy, école confessionnelle juive du Bronx, nuance ce constat : « Cela ne correspond pas à mon expérience » avec Letitia James. La semaine dernière, Krauss a accueilli la procureure générale à la SAR Academy, où elle s’est entretenue avec des élèves. Il a salué son « soutien à la communauté » dans l’Upper West Side à Manhattan après que deux hommes ont été poignardés dans le quartier, cet été.
« Évidemment, on peut être en désaccord avec certaines décisions, sur le moment ou la manière de poursuivre, sur la gestion d’une situation en particulier – mais je ne souscris pas à cette façon de voir les choses », a déclaré Krauss, précisant qu’il n’apportait son soutien à aucun candidat.
De son côté, Moshe Davis estime que l’expression « fermer les yeux » n’est « pas nécessairement la bonne formule », tout en jugeant que « les citoyens veulent des résultats plus visibles ». Il estime par ailleurs que Letitia James « a toujours répondu présent et a toujours été une amie » des New-Yorkais juifs.
Phylisa Wisdom, qui dirige le service de lutte contre l’antisémitisme de Zohran Mamdani et fut directrice exécutive du groupe de plaidoyer progressiste New York Jewish Agenda, a rappelé que Letitia James était « une ardente avocate des communautés juives de New York, et ce depuis des décennies », depuis son mandat au Conseil municipal.
« La procureure générale James a utilisé les prérogatives de sa fonction pour éradiquer l’antisémitisme et veiller à ce que chacun, au sein de cet État, y compris les communautés juives des cinq arrondissements, puisse vivre en sécurité et s’épanouir », souligne Wisdom.
Le groupe de gauche Jews for Racial and Economic Justice n’a pas officiellement soutenu Letitia James, mais l’a recommandée dans son guide de l’électeur, saluant son action judiciaire contre le groupe sioniste d’extrême droite Betar pour « un schéma alarmant et illégal de harcèlement et de violences motivé par les préjugés, conçu pour terroriser les communautés et faire taire les manifestations légitimes ».
la Communauté du Times of Israël !






