Les fournisseurs irlandais à la rescousse des Britanniques privés des livres de Sally Rooney
"Un livre interdit est un livre qui s'achète", a déclaré Jenni Doherty, propriétaire de la librairie Little Acorns, en Irlande du Nord, qui continue de vendre ses romans
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Depuis l’arrêt de la distribution des romans de Sally Rooney au Royaume-Uni, conséquence de son soutien au groupe interdit Palestine Action, des librairies irlandaises permettent aux Britanniques de continuer à se procurer les livres de la célèbre auteure de Normal People.
Jenni Doherty, propriétaire de la librairie Little Acorns à Derry, en Irlande du Nord, explique qu’elle continue de vendre les romans de la romancière irlandaise de 35 ans grâce à des fournisseurs situés en Irlande.
« Nous n’avons pas l’interdiction de vendre ces livres. Nous pouvons toujours nous les procurer », a-t-elle déclaré à l’AFP, entourée d’ouvrages de Rooney dont Normal People, Intermezzo et Où es-tu, monde admirable ?.
Le groupe Palestine Action a été classé « terroriste » par le gouvernement britannique en juillet 2025 après des actes de vandalisme perpétrés par ses partisans sur une base de l’armée de l’air et une grave attaque à Bristol contre un site de l’entreprise d’armement israélienne Elbit Systems.
Depuis lors, tout soutien financier ou matériel au mouvement est prohibé.
Or, l’auteure avait annoncé en août 2025 son intention de reverser à l’organisation anti-Israël une partie de ses droits d’auteur, y compris les redevances issues des adaptations télévisées de ses romans.
Mi-octobre, son éditeur britannique Faber a indiqué qu’il ne pouvait pas reverser à Rooney les revenus générés par son travail au Royaume-Uni, et a donc annoncé qu’il cessait de distribuer ses ouvrages dans le pays.
« L’exécution des contrats de publication de mes œuvres au Royaume-Uni pourrait désormais constituer une infraction pénale grave », a expliqué l’auteure, qui a pris cette décision d’un commun accord avec l’éditeur.
La ville nord-irlandaise de Derry, aussi appelée Londonderry, fait partie du Royaume-Uni mais se situe à la frontière avec la République d’Irlande. Elle peut donc facilement se fournir en livres de l’autrice auprès de distributeurs irlandais, et les réexpédier ensuite à des clients, y compris en Grande-Bretagne.
Les livres eux-mêmes n’ont pas été interdits et les exemplaires stockés dans les librairies britanniques peuvent continuer à être vendus. En revanche, les commerçants ne peuvent plus renouveler leurs stocks via le réseau de distribution habituel de Faber au Royaume-Uni.
Nouveaux lecteurs
Depuis l’interdiction, Doherty explique avoir reçu des demandes de libraires britanniques à la recherche de fournisseurs alternatifs.
« J’ai eu beaucoup de nouveaux clients », ajoute-t-elle, soulignant que l’annonce d’une restriction des ventes avait suscité la curiosité et élargi le lectorat des romans de Rooney.
Cette Irlandaise, souvent présentée comme la « voix d’une génération » avec ses romans chroniquant les amours modernes, a connu un succès mondial avec son deuxième livre, Normal People (2018), adapté en série par la BBC en 2020.
Doherty a disposé ses livres bien en évidence sur le comptoir de sa librairie, ce qui suscite « des conversations honnêtes et personnelles » avec les clients, selon elle.
« Un livre interdit est un livre qui s’achète », constate-t-elle.
Ventes décuplées
Le regain d’intérêt pour l’auteure est aussi perceptible en République d’Irlande.
À Galway, la librairie Kenny’s Bookshop a ainsi indiqué que les ventes de ses romans avaient décuplé après la décision de Faber.
Même à Londres, dans la librairie Bard Books, les exemplaires restants se sont écoulés en quelques jours.
Rooney « capte l’air du temps d’une manière qui lui est vraiment propre. Les gens aiment ses livres et son écriture », décrit sa propriétaire Vicki Shenkin Kerr.
Mais celle-ci a décidé de ne pas importer d’autres exemplaires : « Nous ne serions pas à l’aise de vendre un livre dont l’auteur ne perçoit pas les droits », a-t-elle expliqué à l’AFP.
« Cela ressemble vraiment à une volonté de réduire au silence », ajoute-t-elle.
La cofondatrice de Palestine Action, Huda Ammori, a engagé un bras de fer judiciaire avec le gouvernement pour faire annuler l’interdiction du mouvement. Une audience est prévue mercredi et jeudi devant la Cour suprême britannique.
Par ailleurs, l’un des plus grands agents littéraires britanniques avait déclaré en octobre qu’aucune des grandes maisons d’édition du Royaume-Uni n’avait accepté de publier les mémoires de l’ancien otage Eli Sharabi.
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