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Fraude présumée pour Raam : un suspect libéré, un autre maintenu en détention

Plusieurs suspects de corruption électorale restent assignés à résidence ; l'un dénonce l'attitude de la police, un autre nie avoir détenu des fonds

Illustration : Le tribunal de Beer Sheva, dans le sud d'Israël, le 1ᵉʳ décembre 2019. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Illustration : Le tribunal de Beer Sheva, dans le sud d'Israël, le 1ᵉʳ décembre 2019. (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

L’un des quatre hommes interpellés jeudi dans le cadre d’un réseau présumé d’achats de voix au profit du parti à majorité arabe Raam a été libéré de son assignation à résidence, alors que les accusations d’ingérence électorale continuent de faire des vagues près d’une semaine après le scrutin de mardi dernier.

Un autre suspect dans cette affaire, arrêté le jour du scrutin, a vu sa détention provisoire prolongée.

L’affaire compte sept suspects : trois arrêtés mardi — jour du scrutin — et quatre autres interpellés jeudi. L’enquête porte sur des soupçons de détention d’enveloppes d’argent liquide et de bulletins de vote de Raam destinées à payer des électeurs pour voter en faveur de ce parti.

Deux des personnes arrêtées le jour du scrutin ont été libérées, l’une d’entre elles ayant été assignée à résidence. La troisième est toujours maintenue en détention.

Le tribunal d’instance de Beer Sheva avait assigné à résidence les quatre suspects interpellés jeudi le jour-même de leur arrestation. Désormais, trois d’entre eux restent assignés à résidence, tandis que le quatrième, Said Abu Saad, a été libéré grâce à l’intervention de son avocat.

Les autorités ont confirmé à la population la validité des résultats des élections, malgré les accusations contre Raam et une autre enquête pour ingérence étrangère – en l’occurrence du Qatar.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est emparé de ces accusations pour tenter de semer le doute sur les résultats du scrutin, qui ont vu sa coalition perdre la majorité.

Les autorités ont souligné que la portée de ces enquêtes était limitée.

Dimanche, le président de la commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, a redit dans une vidéo que le scrutin s’était « déroulé normalement », dans le but de faire taire les rumeurs de fraude électorale massive.

Sohlberg est apparu dans la vidéo aux côtés du chef du Shin Bet, David Zini, du directeur-général par intérim de la commission électorale centrale, Dean Livne, et de la procureure générale, Gali Baharav-Miara, les quatre responsables faisant front contre ces accusations.

(De gauche à droite) : Dean Livne, directeur par intérim de la commission électorale centrale, David Zini, chef du Shin Bet, Noam Sohlberg, président de la commission électorale centrale, et Gali Baharav-Miara, procureure générale, dans un message vidéo publié le 1ᵉʳ novembre 2026. (Crédit : Autorisation)

Malgré cela, le parti Likud de Netanyahu a publié un communiqué qualifiant de « très surprenant » le fait que Sohlberg qualifie les rumeurs d’ingérence étrangère de « très graves », tout en « disant à l’avance qu’elles n’ont eu aucun impact sur le résultat de l’élection », avant même les conclusions de l’enquête.

Selon le parti du Likud, ces rumeurs font planer « une ombre sur les résultats des élections ».

La garde à vue d’un suspect prolongée de deux jours

Lundi, le tribunal de district de Beer Sheva a prolongé jusqu’à mercredi la détention provisoire d’un des trois suspects arrêtés le jour du scrutin, Ibrahim al-Garibi, acceptant ainsi l’appel de la police contre la décision de première instance de dimanche qui prévoyait sa libération assortie d’une assignation à résidence.

Citant un dossier confidentiel soumis par la police, la juge du tribunal de district Dina Cohen a autorisé la police à maintenir Garibi en garde à vue pendant deux jours de plus, le temps d’effectuer des vérifications que la police jugeait à risques d’être « altérées » en cas de remise en liberté.

La nature « dynamique » de l’enquête justifie la « prolongation de la garde à vue à des fins d’investigation, les soupçons raisonnables ayant été suffisamment établis à ce stade », a tranché la juge Cohen après avoir entendu l’appel de la police contre la décision du tribunal de première instance de Beer Sheva.

Dimanche, ce tribunal avait rejeté la demande de la police de prolongation de huit jours de la détention de Garibi, estimant que les soupçons à son encontre s’étaient affaiblis et que les enquêteurs n’avaient pas réussi à réfuter les explications fournies par Garibi concernant l’argent liquide découvert par la police lors d’une perquisition sans mandat à son domicile.

Le tribunal avait ordonné la libération de Garibi assortie d’une assignation à résidence, mais avait suspendu l’exécution de la mesure jusqu’à lundi midi de façon à laisser à la police le temps de faire appel.

Selon son avocat, le suspect a été arrêté alors que la perquisition sans mandat n’a pas permis de trouver d’argent liquide

L’avocat d’un autre suspect arrêté le jour du scrutin, Saef Abu Raesh, a déclaré que son client avait été placé en détention alors même que la perquisition effectuée par la police, sans mandat, à son domicile n’avait pas permis de trouver d’argent liquide.

L’avocat Ali Abu Laban a fait ces déclarations au lendemain de la décision du tribunal de première instance de Beer Sheva de mettre fin sans condition à la détention d’Abu Raesh.

Le parlementaire israélien Mansour Abbas, chef du parti Raam, dépose son bulletin de vote entouré de ses proches lors des élections législatives israéliennes dans un bureau de vote à Maghar, en Israël, le 27 octobre 2026. (AP Photo/Mahmoud Illean)

À l’antenne de la radio de l’armée, Abu Laban a indiqué que le montant d’argent liquide trouvé au domicile des deux autres suspects s’élevait à 12 000 NIS. Les suspects ont affirmé que cet argent était destiné à des œuvres de bienfaisance.

Selon les médias israéliens, le domicile des suspects a été perquisitionné sans mandat, sur la base d’informations transmises quelques heures plus tôt à la haute hiérarchie policière par le chef de cabinet de Netanyahu, Ido Norden.

Netanyahu, dans une vidéo publiée ce jour-là, avait affirmé que les accusations portées contre ce qu’il décrivait comme les « trois hauts financiers de Raam » étaient la preuve d’une tentative de « nous voler l’élection ».

Contrairement aux affirmations de Netanyahu, Abu Laban a déclaré lundi à la radio de l’armée qu’Abu Raesh, médecin à la tête d’une petite clinique de Rahat, n’était pas membre de Raam, mais s’était engagé dans cette ville bédouine du sud pour inciter la population à aller voter afin de changer « la réalité très difficile de la société arabe ».

Abu Laban a également contesté la décision initiale du tribunal de prolonger la détention de son client jusqu’à dimanche, malgré l’absence « d’argent et d’enveloppes » au domicile d’Abu Raesh.

« Que la police agisse pour des motifs politiques, c’est une chose… Mais il faut surtout que le tribunal l’en empêche », a-t-il affirmé.

Un suspect : les policiers m’ont fait me sentir « dégradé » et « humilié »

S’exprimant sur la chaîne N12 dimanche soir, l’un des suspects a décrit le moment où des policiers des garde-frontières sont entrés à son domicile, expliquant que cette expérience avait été humiliante.

« Je suis toujours sous le choc, comme si je ne m’étais pas encore réveillé », a déclaré ce suspect anonyme via un filtre modifiant sa voix, indiquant avoir été interpellé devant ses enfants.

« Je me suis senti humilié », a-t-il ajouté. « Croyez-moi, c’est une expérience que je ne souhaite à personne. »

L’homme a expliqué que les garde-frontières étaient entrés chez lui mardi, à 4 heures du matin, en défonçant sa porte. Il a affirmé leur avoir dit qu’ils se trompaient de personne, mais que les agents lui ont confirmé qu’ils venaient effectivement l’arrêter, numéro d’identité à l’appui.

« Ils sont entrés chez moi, ont fouillé, tout mis sens dessus dessous et même procédé à une fouille humiliante », a-t-il déclaré avant d’ajouter qu’un jeune policier lui avait dit : « Tu as chassé [le ministre de la Sécurité intérieure Itamar] Ben Gvir ? Tu es content maintenant ? »

L’homme affirme ne pas lui avoir répondu.

« Ils m’ont emmené, menotté et humilié, jusqu’à Lahav », l’unité des crimes graves en charge du dossier, a souligné l’homme.

Policiers et gardes-frontières interviennent dans la ville bédouine de Tarabin al-Sana, dans le cadre d’une opération coup-de-poing de plusieurs jours, le 30 décembre 2025. (Police israélienne)

Il estime que les accusations portées contre lui sont « un pur délire », rejetant les allégations de fraude massive.

« Les gens sont allés voter dans un pays de droit », explique-t-il. Évoquant la forte participation des citoyens arabes, il ajoute : « C’est vrai qu’ils ne votent habituellement pas en si grand nombre, mais après ce que nous avons vécu… ces quatre dernières années, tout le monde s’est déplacé. »

Il estime que ces accusations de fraude, qui viendraient de Norden, le conseiller de Netanyahu, « ne feront qu’éloigner les Arabes de la loyauté envers le pays ».

Un suspect aurait affirmé que les enveloppes d’argent étaient destinées à des œuvres caritatives

Le reportage de la chaîne N12 comprenait également une retranscription de l’interrogatoire de l’un des suspects, dans lequel il confirmait avoir voté pour Raam et déclarait que les enveloppes d’argent liquide découvertes à son domicile étaient destinées à des œuvres caritatives.

« Cet argent va à de bonnes œuvres, à la mosquée », a déclaré le suspect, selon le verbatim. « Nous n’écrivons pas de noms sur les enveloppes. Elles appartiennent au Mouvement islamique et sont distribuées en secret. »

L’interrogateur a ensuite souligné les liens historiques entre le Mouvement islamique, une association religieuse, et le parti Raam, ce à quoi le suspect a répondu : « Il n’y a aucun lien entre les deux. »

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi il avait également chez lui des bulletins de vote de Raam, le suspect a affirmé qu’il les utilisait pour montrer aux gens comment voter pour le parti. Accusé de tenter d’acheter des voix, il a rejeté cette affirmation.

Une source policière a déclaré à la chaîne que les forces de l’ordre étaient tenues d’enquêter sur les soupçons d’infraction pénale et que « nous n’avons aucune raison de maintenir un détenu une minute de plus que nécessaire ».

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