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Illinois : Des mesures locales pour s’opposer à la loi anti-BDS de l’État

Des dirigeants juifs locaux se mobilisent pour convaincre les électeurs de défendre la loi interdisant à l'État de placer des fonds de pension dans des entreprises qui boycottent Israël

Le Capitole de l'État d'Illinois, le 11 mai 2026, à Springfield, dans l'Illinois. (AaronP/Bauer-Griffin/GC Images via la JTA)
Le Capitole de l'État d'Illinois, le 11 mai 2026, à Springfield, dans l'Illinois. (AaronP/Bauer-Griffin/GC Images via la JTA)

JTA — Un soir de semaine, il y a peu, le responsable d’une fédération juive s’est réuni avec un petit groupe de fidèles de la banlieue de Chicago en vue des élections. Les responsables du groupe en avaient interdit l’accès via Zoom aux journalistes et aux personnes susceptibles de l’être.

Ces dirigeants juifs de Chicago souhaitaient mettre en œuvre, dans la plus grande discrétion, une initiative aux enjeux majeurs, à savoir comment convaincre les électeurs de soutenir une loi de l’État conçue pour protéger Israël contre les boycotts.

« C’est un véritable combat, pour dire les choses clairement », explique à la Jewish Telegraphic Agency Dan Goldwin, responsable des affaires publiques au Jewish United Fund (JUF) de Chicago.

Le JUF et d’autres groupes juifs, souligne Goldwin, vont faire valoir leur « opposition, forte et structurée » aux tentatives des progressistes de faire abroger cette loi, laquelle interdit à l’État d’investir des fonds de pension dans des entreprises internationales qui boycottent Israël.

L’Illinois a été le premier État à adopter une loi contre le mouvement anti-Israël Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS), après quoi de nombreux États ont rapidement suivi.

Désormais, des militants de plusieurs municipalités de l’Illinois mènent la charge pour faire abroger cette loi pionnière. Ces efforts se sont traduits par une poignée de mesures électorales symboliques contre cette loi, qui figureront sur les bulletins de vote dans plusieurs communes de l’État, le 3 novembre prochain.

Le gouverneur de l’Illinois, JB Pritzker, prenant la parole lors d’une conférence de presse du Parti démocrate du Texas avant la Convention nationale républicaine, à Dallas, au Texas, le 9 septembre 2026. (Crédit : Gabriela Passos/AP Photo)

« L’Illinois, laboratoire pour la création de lois d’État anti-BDS il y a des années, subit aujourd’hui le retour de bâton », explique à la JTA James Loeffler, historien de la culture juive à l’Université Johns Hopkins et auteur d’Exceptional Hatred: Antisemitism and the Fight Over Free Speech in Modern America (« Une haine hors du commun : l’antisémitisme et le débat sur la liberté d’expression dans l’Amérique contemporaine »).

Ces mesures ne semblent avoir aucun pouvoir contraignant sur la loi anti-boycott elle-même, en vigueur depuis 2015, dont l’annulation impliquerait une action de la législature de l’État et du gouverneur.

Le représentant de JB Pritzker, gouverneur démocrate et juif de l’Illinois pressenti comme candidat à l’élection présidentielle de 2028, n’a pas répondu à la demande de commentaire sur la position du gouverneur concernant la loi d’État ou ces initiatives électorales.

Pourtant, ces consultations municipales — soumises au vote à Oak Park, dans la banlieue de Chicago, ainsi que dans des communautés proches de Champaign, Peoria et d’autres villes — surviennent à un moment où le soutien à Israël a fortement fléchi, en particulier chez les Démocrates. La riposte militaire israélienne au pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023, a démultiplié l’intérêt de la gauche pour le mouvement BDS en tant que levier de protestation.

Les habitants de Providence, à Rhode Island, voteront le 3 novembre sur une mesure aux conséquences plus directes, susceptible de conduire la ville à retirer ses fonds de pension d’Israël. Somerville, dans le Massachusetts, une banlieue de Boston, a été chargée de trouver le moyen de faire de même après un vote de désinvestissement approuvé l’an dernier.

Mais la campagne menée dans l’Illinois porte sur une loi de l’État en vigueur depuis plus d’une dizaine d’années. Les militants ont entrepris de recueillir des signatures pour inscrire ces consultations locales à l’ordre du jour suite à l’échec des tentatives d’un représentant de l’État d’abroger la loi, lors de la dernière session législative.

La loi en question était l’œuvre du prédécesseur républicain de Pritzker, Bruce Rauner. Au moment de son adoption, elle avait été saluée par des dirigeants juifs, notamment le chef de l’époque du JUF, la branche de la Fédération juive de Chicago.

Bruce Rauner, alors gouverneur de l’Illinois, lors d’une conférence de presse, à Springfield, dans l’Illinois, le 29 novembre 2018. (Crédit : John O’Connor/AP Photo)

« Face au mouvement BDS, les législateurs sont bien décidés à se tenir aux côtés d’un allié clé des États-Unis tout en mettant en correspondance nos valeurs, nos investissements et nos politiques commerciales », écrivait alors Steven Nasatir.

Il avait salué une loi dotée de « véritables moyens d’action », ajoutant : « L’idée est de reproduire au niveau de l’État le succès obtenu au niveau des comtés et des municipalités de l’Illinois, et d’aider d’autres communautés à faire de même, partout ailleurs dans le pays. »

Des dizaines d’autres États, dirigés par des Démocrates ou des Républicains, lui ont emboîté le pas avec des lois similaires, souvent plus restrictives que celle de l’Illinois. Parmi les plus controversées figure celle de l’Arkansas, qui exige de toute personne impliquée dans une relation commerciale avec l’État qu’elle signe un engagement à ne pas boycotter Israël.

Ces lois ont fait l’objet de nombreux recours en justice, leurs opposants estimant qu’elles portaient atteinte à la liberté d’expression.

Loeffler y voit « la continuité d’une histoire déjà ancienne de recherche d’un équilibre entre liberté d’expression et protection égale devant la loi en ce qui concerne les Américains juifs ».

En 2023, la Cour suprême des États-Unis a refusé de se saisir d’un recours contre la loi de l’Arkansas, qu’elle a laissée en vigueur sans trancher sur la constitutionnalité de ce type de dispositions.

Daniel Biss, candidat démocrate et juif au Congrès représentant l’Illinois, a récemment déclaré à la JTA qu’il était favorable aux mesures destinées à faire abroger cette loi d’État.

« Je ne suis pas pour le mouvement BDS », a déclaré à la JTA, à l’occasion d’un déplacement à Détroit, Daniel Biss, qui a eu un temps la nationalité israélienne.

« Je ne pense pas qu’il permette de bâtir une large coalition en faveur de la justice. Mais je ne pense pas non plus que le gouvernement doive participer à la criminalisation de la liberté d’expression, et il me semble important de souligner que la loi en vigueur dans l’Illinois est pour le moins singulière. »

Le maire d’Evanston et candidat démocrate au Congrès, Daniel Biss, prenant la parole lors d’un débat des primaires du 9ᵉ district de la Chambre des Représentants des États-Unis, à Chicago, le 25 février 2026. (Crédit : Nam Y. Huh/AP Photo)

Les partisans de la loi de l’Illinois font valoir qu’elle a une portée plus restreinte que les autres lois anti-BDS prises par d’autres États américains, et qu’elle ne concerne que les entreprises internationales qui boycottent Israël pour des motifs politiques.

« Nous ne voulons pas être perçus comme des empêcheurs de manifester et de boycotter », a déclaré Goldwin à la JTA. L’objectif, selon lui, est de veiller à ce que les « priorités de l’État soient alignées sur sa politique d’investissement ».

Mais même avec ces limites, la liste des entreprises exclues des investissements de l’Illinois pour cause de boycott d’Israël — au nombre de 27 actuellement, selon le conseil d’investissement de l’État qui applique le texte — comprend des entités dont le cas semble dépasser le cadre de la loi.

L’une de ces entreprises est Air Canada.

Selon Goldwin, la compagnie y figure en raison d’articles de presse datant de plusieurs années évoquant le retrait de son menu de bord du houmous Sabra, une marque appartenant à une société israélienne. Goldwin indique que le conseil d’investissement de l’État a donné à la compagnie aérienne la possibilité de confirmer qu’elle ne boycottait pas Israël, ce à quoi Air Canada n’a pas donné suite.

De son point de vue, il s’agit d’une simple omission administrative.

« Cela arrive de faire des erreurs », a indiqué Goldwin.

« C’est amplifié parce que tout ce qui touche à Israël suscite une attention démesurée. »

Le porte-parole d’Air Canada n’a pas répondu à la demande de commentaire de la JTA.

La municipalité la plus importante à se prononcer sur le rejet symbolique de la loi anti-BDS de l’Illinois est Oak Park, qui abrite également la communauté juive la plus structurée des communes concernées par ces votes. La mesure soumise au vote à Oak Park demande à l’État d’ « abroger les lois qui interdisent les investissements publics dans les entreprises qui boycottent l’État d’Israël ».

Le groupe ad hoc Jewish Community and Friends for Democracy s’organise contre cette mesure électorale avec le soutien du JUF.

« Nous espérons que les électeurs d’Oak Park rejetteront cette campagne trompeuse et porteuse de divisions », peut-on lire dans un récent message adressé à ses partisans par l’organisation.

« Le fait que les habitants soient sensibilisés par leurs voisins et amis juifs fait une grande différence — cela pourrait même être un élément déterminant. »

Des anti-Israël manifestant sur le campus de l’université DePaul, à Chicago, le 30 avril 2024. (Crédit : Charles Rex Arbogast/AP Photo)

Les organisateurs du groupe ont décliné les demandes de commentaires de la JTA.

Ce vote fait suite à de précédentes mesures de militants du township d’Oak Park — une entité administrative distincte —, lesquels avaient tenté de faire adopter une mesure BDS plus ferme lors d’un vote à main levée au moment d’une assemblée municipale. L’initiative avait été rejetée à la suite de la mobilisation de groupes juifs.

L’été dernier, à l’issue de la phase de collecte de signatures, deux habitants d’Oak Park ont déposé un recours technique pour tenter d’empêcher la présentation de la nouvelle mesure au scrutin, sans succès. Un autre recours, plus tardif, contestant le rejet de ce recours, n’a pas non plus réussi à faire retirer la mesure de la liste des questions soumises au vote.

En août, le groupe militant local Oak Parkers For Free Speech, à l’origine de cette consultation, avait déclaré à la JTA que la confirmation de son inscription sur cette même liste était « une victoire pour la démocratie ».

« En maintenant notre référendum, la commission a confirmé le droit des membres de la communauté de signifier aux législateurs que leurs électeurs souhaitent l’abrogation de cette loi anti-boycott inconstitutionnelle de l’Illinois », a écrit le groupe dans un communiqué transmis par courriel.

« Le jour du scrutin, nous espérons une victoire pour la liberté d’expression et les droits humains. »

D’autres territoires sont appelés à se prononcer sur l’opposition à cette loi anti-BDS, comme par exemple les communes de Champaign et Cunningham, situées à proximité de l’Université de l’Illinois, celle de Normal, près de l’Université d’État de l’Illinois à Bloomington et plusieurs communes de la région de Peoria, dans le centre de l’Illinois.

Les fédérations juives de Champaign-Urbana et Peoria n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Rebecca Weininger, directrice régionale du bureau Moyen-Orient de l’Anti-Defamation League (ADL), a déclaré à des médias locaux : « L’impact social de l’abrogation de la loi anti-BDS serait catastrophique pour les Juifs. »

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