Tel Aviv: Environ 2 000 personnes manifestent pour un gouvernement judéo-arabe
Des contre-manifestants ont dénoncé des élections "volées" alors que des protestataires de gauche ont scandé des slogans contre le racisme, réclamant le partenariat
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Environ 2 000 personnes ont manifesté samedi soir à Tel Aviv en faveur d’un gouvernement judéo-arabe, après que les opposants au Premier ministre Benjamin Netanyahu ont remporté une majorité combinée de 67 sièges lors des élections à la Knesset de mardi.
Une contre-manifestation plus modeste, organisée par la droite et rassemblant quelque 200 personnes, a réclamé l’ouverture d’une enquête sur les allégations de fraude électorale qui ont été lancées après le scrutin, après que le Likud de Netanyahu a accusé les partis arabes d’avoir « volé l’élection » avec le soutien de gouvernements étrangers hostiles.
Alors que les partis anti-Netanyahu ont remporté 67 des 120 sièges de la Knesset mardi, la plupart des partis juifs opposés au Premier ministre refusent de former une coalition gouvernementale avec les partis arabes, qui ont obtenu un nombre sans précédent de 19 sièges.
À eux seuls, les partis anti-Netanyahu dirigés par des Juifs n’ont obtenu que 48 sièges – soit cinq de moins que le bloc de Netanyahu.
Sans le soutien des Arabes et sans défections significatives au sein d’un bloc ou de l’autre, ni Netanyahu ni ses adversaires sionistes ne pourront obtenir la majorité nécessaire pour gouverner au sein de la nouvelle Knesset, dont la prestation de serment est prévue le 10 novembre.
Les manifestants, menés par le groupe militant de base de gauche « Standing Together », se sont rassemblés sur la Place Habima pour un premier rassemblement visant à appeler tous les partis d’opposition à coopérer, avant de défiler vers la Place Rabin en passant par l’avenue Ibn Gvirol.
Les manifestants présents au rassemblement anti-Netanyahu ont scandé des slogans tels que « Juifs et Arabes refusent d’être ennemis » et « Non au racisme, oui au partenariat ».
Au moment de se mettre en marche, les militants ont battu le tambour, brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Il y a une majorité pour le changement » et « L’égalité pour tous », et scandé en hébreu : « Grâce au partenariat et à l’égalité, nous allons remplacer le gouvernement. »
Ailleurs dans le cortège, des manifestants scandaient en arabe : « Paix, liberté, justice sociale ».
Plus tôt dans la journée, une manifestation de moindre ampleur s’était tenue sur la Place de Paris à Jérusalem, tandis qu’à Haïfa, un rassemblement avait eu lieu sur la place de l’UNESCO pour réclamer un gouvernement judéo-arabe.
Quelques manifestants pro-Netanyahu se sont rassemblés dans une zone distincte sur la Place Habima, à Tel Aviv, avant le départ des militants anti-Netanyahu, ce qui a donné lieu à quelques altercations entre les deux groupes rivaux.
Dans une vidéo mise en ligne par l’artiste Yigal Shtayim, on peut voir l’un des manifestants de droite s’approcher des participants au rassemblement adverse et les accuser d’être des ennemis, en les menaçant de « les renvoyer vers les cheminées d’Auschwitz avant même qu’ils ne songent à créer un État palestinien ».
« Vous êtes les premiers ennemis que nous enverrons loin d’ici, à Birkenau, à Auschwitz ; nous reconstruirons Sobibor pour vous », a-t-il déclaré.
Les manifestants du rassemblement pro-Netanyahu ont scandé « État juif » et « Les terroristes à Gaza, pas au gouvernement ».
Certains jeunes, en marge de la manifestation, ont entonné des slogans racistes tels que « Que votre village brûle » et « Un Juif, c’est une âme ; un Arabe, c’est le fils d’une prostituée ».
Les intervenants ont accusé les partis à majorité arabe du Raam et de la Liste arabe unie de soutenir le terrorisme et ils ont déclaré que ce rassemblement constituait le premier acte d’un mouvement de protestation contre un éventuel gouvernement s’appuyant sur des partis arabes.
« Parfois, une flamme gigantesque jaillit de la plus petite étincelle, et voici cette plus petite étincelle », a déclaré le vice-ministre Almog Cohen, élu à la Knesset sortante sous la bannière du parti Otzma Yehudit du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, mais qui s’est présenté cette fois-ci sous les couleurs du Likud de Netanyahu.
« Nous ne laisserons personne voler les élections », a-t-il ajouté.
« Si vous pensez que nous vous laisserons vendre la seule nation du peuple juif au plus offrant, vous vous trompez lourdement. »
Une pancarte brandie à ses côtés indiquait : « Les Arabes ne dicteront pas le caractère juif de l’État juif. »
Eli Shtivi, dont le fils Idan a été enlevé et assassiné lors du festival de musique Nova, le 7 octobre 2023, dans le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, a appelé à la formation d’un gouvernement s’appuyant sur une majorité de 101 sièges, tous les partis à l’exception de Raam et de la Liste arabe unie.
Shtivi, qui a brigué les primaires du Likud mais qui n’entrera pas à la Knesset, a appelé les manifestants à rejoindre « les familles des otages de droite » et à « se battre jusqu’au sang pour notre pays, notre identité et l’intégrité des élections ».
« Seule une majorité juive pourra déterminer l’avenir de l’État d’Israël », a-t-il déclaré.
La hausse historique du taux de participation des électeurs arabes lors du scrutin de mardi a propulsé les partis israéliens à majorité arabe au rang de faiseurs de rois potentiels, soumettant ainsi la réticence de l’opposition sioniste à s’appuyer sur leur soutien à un test potentiellement décisif.
La commission centrale électorale (CCE) a répété à plusieurs reprises que la portée de l’enquête sur les allégations d’une prétendue manœuvre étrangère visant à payer des électeurs arabes pour augmenter leur participation était de nature limitée et que les résultats des élections de mardi n’étaient pas remis en cause.
Bien qu’il soit à la tête du plus grand parti avec 27 sièges, Netanyahu ne dispose d’aucune voie évidente pour élargir son bloc au-delà de ses alliés actuels d’extrême-droite et ultra-orthodoxes afin d’obtenir la majorité de 61 sièges dont il a besoin pour former un gouvernement.
Les quatre partis sionistes d’opposition sont Yashar, dirigé par Gadi Eisenkot, Beyahad, dirigé par Naftali Bennett, HaDemocratim, dirigé par Yaïr Golan, et Yisrael Beytenu, dirigé par Avigdor Liberman. Seul HaDemocratim a ouvertement exprimé son soutien à une coalition avec les partis dirigés par des Arabes, tandis que les autres ont déjà déclaré qu’ils ne coopéreraient pas avec eux.
Depuis des années, Netanyahu mène une campagne visant à présenter les élus arabes comme des partenaires politiques illégitimes – excluant ainsi de facto de la gestion des affaires publiques les représentants d’environ un cinquième de la population israélienne.
Malgré cela, de nombreux témoignages ces dernières années indiquent que Netanyahu a cherché à nouer des alliances avec le parti islamiste Raam.
Depuis que Raam est devenu, en 2021, le premier parti à majorité arabe à rejoindre un gouvernement israélien, son président, Mansour Abbas, s’est efforcé de rendre son parti plus acceptable aux yeux des électeurs juifs et des partenaires de coalition potentiels, notamment en recrutant Yoav Segalovitz, ancien député de Yesh Atid et ministre adjoint de la Sécurité publique – un sioniste juif -, comme numéro deux de son parti.
Parallèlement, la Liste arabe unie a proposé de soutenir un gouvernement alternatif depuis l’extérieur de la coalition ; son chef, Youssef Jabareen, s’est engagé à utiliser la nouvelle force parlementaire de sa formation pour évincer Netanyahu.
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