Ossoff contre Collins : les choix qui s’offrent aux électeurs juifs dans la course au Sénat en Géorgie
Ce scrutin décisif de mardi mettra à l’épreuve les limites à ne pas franchir concernant Israël et l’extrémisme de droite
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JTA — Les Juifs de Géorgie devront choisir entre un homme politique démocrate qui souhaite limiter les ventes d’armes à Israël et un républicain qui entretient des liens avec les nationalistes blancs lorsqu’ils se rendront aux urnes dans la journée de mardi, à l’occasion d’une élection sénatoriale qui contribuera à déterminer quel parti contrôlera la chambre haute.
Cette élection oppose le sénateur juif sortant Jon Ossoff – il devrait être candidat à la présidence en 2028, selon de nombreux observateurs – au député républicain Mike Collins. Le candidat républicain a fait l’objet d’une forte couverture médiatique, ainsi que d’attaques de la part de son adversaire, en raison des opinions politiques d’extrême droite de certains membres de sa famille et d’anciens collaborateurs.
Ossoff, de son côté, a indigné une partie de la communauté juive quand il est devenu l’un des premiers sénateurs démocrates à voter en faveur de l’arrêt de certaines ventes d’armes à Israël.
Le gendre de Collins, David Alan Scheer II, a invoqué la théorie du complot des « bolcheviks juifs » – théorie qui avait été propagée par l’Allemagne nazie et qui attribuait aux Juifs la responsabilité des atrocités commises par l’Union soviétique. Il a égaement déploré l’enseignement de la Shoah et la couverture médiatique sur ce sujet.
« On ne nous raconte pas l’histoire de l’Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale », disait Scheer dans une vidéo YouTube intitulée « Je ne suis PAS judéo-chrétien », qui avait été diffusée l’année dernière.
Il poursuivait : « Tout ce qu’on nous dit, c’est que l’Allemagne est mauvaise, qu’Hitler est le mal, qu’il ne faut pas poser de questions. L’Holocauste, l’Holocauste, l’Holocauste… On nous propose 50 films par an sur l’Holocauste et sur les raisons pour lesquelles ça a été tellement grave ».
Dans la même séquence, Scheer avait également affirmé que « des dirigeants juifs contrôlent l’ensemble du complexe médiatique grand public », ainsi que « la propagande homosexuelle ; ils dirigent tous les systèmes bancaires frauduleux et les escroqueries à l’assurance. Ils sont à l’origine de cette chute orchestrée de ce qui était autrefois la nation la plus prospère du monde ». Le journal israélien Haaretz a rapporté que Scheer vivrait apparemment dans une maison construite sur un terrain appartenant à Collins.
L’équipe de campagne de Collins n’a pas répondu à la demande de commentaires de la Jewish Telegraphic Agency. Mais ailleurs, Collins a réagi aux déclarations de Scheer en notant que « je ne partage ni ne soutiens ces opinions ».
Scheer n’a pas répondu à une demande de commentaires.
Par ailleurs, un ancien employé de Collins avait posté des images nazies et une photo sur laquelle il semblait être vêtu d’une robe du KKK, comme l’a rapporté le Washington Post au mois d’août dernier. Collins a remplacé un autre membre de son équipe — son chef de cabinet Kip Talley — en 2024 après que Slate a révélé qu’il prenait part à une discussion de groupe avec le streamer Nick Fuentes qui, selon les internautes, est l’une des personnalités les plus antisémites de la Toile, et avec le suprémaciste blanc Richard Spencer. Slate a rapporté que ce groupe de discussion visait à aider Charles Johnson, accusé de faire la promotion du négationnisme de la Shoah. Il se trouvait en prison à l’époque.
Dans une déclaration, Talley a expliqué à Slate qu’il avait agi « à titre strictement personnel après avoir entendu dire que quelqu’un que je connaissais depuis des années faisait l’objet de maltraitances en cellule et se voyait refuser des soins médicaux de base ».
Le député de Géorgie avait également assisté au gala du New York Young Republican Club de l’année dernière, qui avait suscité la polémique car il avait accueilli des nationalistes blancs et plusieurs responsables du parti d’extrême droite allemand AfD. Nick Fuentes avait indiqué qu’il avait initialement reçu une invitation qui lui avait ensuite été retirée, tandis que la conseillère municipale juive de New York, Inna Vernikov, s’était désistée de l’événement, laissant entendre que cette décision était liée à l’antisémitisme présent au sein de la droite.
Collins a répondu aux questions concernant ses liens avec ces éléments nationalistes blancs en affirmant qu’il condamnait « toutes les formes d’antisémitisme » et de haine, et en rappelant son soutien à Israël.
J Street, le groupe de défense juif libéral spécialisé dans les questions du Moyen-Orient, a mis l’accent sur les liaisons dangereuses de Collins avec l’extrême droite dans un spot publicitaire de 15 secondes qui a été diffusé la semaine dernière, qui se terminait par le message : « Mike Collins : dangereusement extrême pour la Georgie ».
Ce spot attaquant le candidat a été le premier à être rendu public dans le cadre de la campagne de 3 millions de dollars qui est menée par J Street, cette année, dans le but de faire tomber six candidats républicains soutenus par le groupe de pression pro-israélien AIPAC. Dans un article qui a été publié dans l’Atlanta Jewish Times, Collins a écrit au début du mois qu’il apportait son soutien à Israël « parce que ma foi me le dicte et parce que c’est la bonne politique pour les États-Unis ».
Ossoff, quant à lui, s’en prend depuis longtemps à Collins concernant ses liens avec les nationalistes blancs. Il l’a qualifié de « fanatique, antisémite et extrémiste notoire » au mois de juin dernier. Lors d’un débat, Ossoff a expliqué à Collins qu’il avait « embauché la moitié du Troisième Reich pour composer le personnel de son bureau au Congrès ».
Une boutade qui a suscité quelques réactions négatives. « Jon Ossoff, le conseil que je lui donne, c’est que s’il commence à traiter ses adversaires politiques de nazis, il est peut-être temps qu’il se taise », a commenté David Brooks, chroniqueur de centre-droit à The Atlantic, lors d’une conversation sur PBS NewsHour qui était consacrée aux attaques personnelles dans la course au Sénat américain de cette année. « Ce n’est tout simplement pas une manière de faire pôur nous ici, dans ce pays ».
Dans le même temps, les partisans juifs de Collins ont expliqué que le fait qu’Ossoff appartienne au parti démocrate – un parti qui compte de plus en plus de voix antisionistes virulentes – était plus accablant que les gros titres concernant Collins.
« À une époque où l’antisémitisme gagne du terrain, à une époque où les Juifs américains ont besoin d’amis, Mike Collins a montré qu’il est un ami de la communauté juive », a confié à la JTA Sam Markstein, le porte-parole de la Coalition juive républicaine (RJC). Il a ajouté que Collins avait été « un ami de la communauté juive au lendemain du 7-Octobre » et il a mis en avant son bilan de vote sur la question israélienne.
Eric Levine, membre du conseil d’administration de la RJC, a fait savoir qu’il n’avait pas été impliqué dans cette campagne en particulier, mais que les positionnements extrêmes « devaient être condamnés » des deux côtés.
« Ce n’est jamais une bonne chose d’entretenir des liens avec des personnalités antisémites ou d’extrême droite », a-t-il confié à la JTA dans un SMS. « J’ajouterai également que ce n’est jamais une bonne chose d’entretenir des liens avec des personnalités antisémites ou d’extrême gauche comme Hasan Piker, [le maire de New York] Zohran Mamdani, [le candidat au Sénat du Michigan] Abdul el-Sayed et une grande partie du DSA et du groupe parlementaire démocrate ».
Piker, un streamer anti-Israël qui a fait campagne aux côtés de certains candidats démocrates de gauche, a suscité la polémique pour ses propos sur les liens qui unissent les Juifs américains et Israël. Au début de l’année, il avait qualifié Ossoff de « candidat surprise » pour l’investiture démocrate à la présidence de 2028. Ossoff a, par la suite, pris ses distances face à Piker et il a expliqué qu’il ne se présenterait pas à la présidence en 2028.
Ossoff a apporté son soutien à El-Sayed après que ce dernier a remporté l’investiture démocrate dans le Michigan.
Ossoff a aussi été critiqué pour sa décision de voter contre certaines ventes d’armes à Israël au plus fort de la guerre de Gaza, au mois de novembre 2024, un positionnement auquel il est globalement resté fidèle depuis lors.
Au mois de juillet 2025, il a voté en faveur du blocage d’une vente de fusils à Israël, invoquant une famine massive présumée à Gaza qui aurait été causée par « les politiques du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu ». Il s’est toutefois opposé à une résolution qui cherchait à bloquer une vente de munitions air-sol.
Ossoff avait écrit à l’époque que les États-Unis « doivent continuer à soutenir le peuple israélien, qui fait face à la menace persistante d’attaques à la roquette et aux missiles et qui a été soumis à d’intenses bombardements aériens depuis l’Iran, le Liban et le Yémen ».
Si Ossoff avait qualifié son engagement à l’égard de la sécurité d’Israël de « sans faille » lors d’un discours prononcé au Sénat avant le vote sur les ventes d’armes, certains électeurs et organisations juives ont estimé que ces propos sonnaient creux.
Michael Morris, éditeur de l’Atlanta Jewish Times, avait rédigé, au mois d’août dernier, une lettre ouverte où il fustigeait Ossoff pour avoir « m’avoir menti et pour avoir menti à vos électeurs » au sujet de son soutien à Israël.
Le premier vote d’Ossoff contre les ventes d’armes, au mois de novembre 2024, avait entraîné une autre lettre de la part de plusieurs organisations juives de Georgie – notamment des synagogues, des écoles juives, la section locale de l’Anti-Defamation League et d’autres groupes – où ses auteurs critiquaient le positionnement adopté par le démocrate. Ce même vote avait attiré l’attention de l’AIPAC, qui avait diffusé des spots publicitaires de 30 secondes attaquant les sénateurs américains — dont Ossoff — qui s’étaient prononcés en faveur du blocage des ventes d’armes.
Interrogé sur les liens unissant Collins à l’extrême droite, Morris a dit à la JTA qu’il ne pensait pas qu’ils constituaient un motif de disqualification.
« La plupart des critiques à son encontre concernent son gendre, qui est un antisémite virulent », a commenté Morris dans un SMS. « Mais son gendre n’a pas le droit de vote, et en tant que père de quatre filles, je peux vous dire que nous n’avons AUCUN mot à dire sur le choix du mari de nos filles ; donc, de ce point de vue, cela ne m’inquiète pas ».
Morris a également fait remarquer que ni le président Donald Trump ni le président Joe Biden n’avaient condamné les éléments les plus extrêmes parmi leurs électeurs, et il a estimé qu’en ce qui concerne les partisans les plus extrêmistes de Collins, ce dernier « peut tout à fait conserver leur soutien sans pour autant adopter leur position ».
Un certain nombre de lecteurs ont toutefois contesté les critiques acerbes de Morris à l’égard d’Ossoff, adressant des lettres à la rédaction pour exprimer leur désapprobation, ainsi que leurs inquiétudes concernant Collins.
« Mike Collins a colporté l’antisémitisme. Il s’est entouré de personnes intolérantes tout en refusant de dénoncer la suprématie blanche », a écrit un lecteur nommé Richard Mitchell, qui a précisé être originaire d’Atlanta. « Ces valeurs ne représentent pas les habitants de la Georgie et elles constituent la raison fondamentale pour laquelle je ne soutiendrai pas Collins lors de cette élection ».
Halie Soifer, PDG du Jewish Democratic Council of America, qui a apporté son soutien à Ossoff, a déclaré dans un communiqué adressé à la JTA que son organisation saluait « le soutien indéfectible d’Ossoff à la sécurité et à l’avenir d’Israël en tant qu’État juif et démocratique ».
« Les électeurs de Géorgie doivent garder à l’esprit qu’un vote pour Mike Collins est un vote pour Donald Trump, et que Collins est l’un des candidats les plus extrêmes en lice », a-t-elle écrit.
la Communauté du Times of Israël !







