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Analyse

Alliance avec les partis arabes, gouvernement d’union ou nouveau scrutin : 3 scénarios

Les blocs pro- et anti-Netanyahu étant loin de la majorité, les analystes envisagent trois issues, dont certaines contraindraient les dirigeants politiques à revenir sur leurs promesses

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu salue ses partisans tôt dans la matinée au siège électoral du Likud à Jérusalem, du 28 octobre 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu salue ses partisans tôt dans la matinée au siège électoral du Likud à Jérusalem, du 28 octobre 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

JTA – Alors que les résultats des élections législatives de mardi continuent de tomber au compte-gouttes, un constat semble déjà s’imposer, aucun des deux camps ne disposera de suffisamment de sièges pour former un gouvernement majoritaire, laissant entière la question de l’identité du prochain Premier ministre.

Alors que plus de 85 % des suffrages ont été dépouillés, le Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu obtient 26 sièges et son bloc, composé de partis de droite et ultra-orthodoxes, en totalise 53, ce qui est insuffisant pour atteindre les 61 sièges nécessaires à la formation d’un gouvernement majoritaire à la Knesset, qui compte 120 députés.

Yashar, le parti dirigé par le principal rival de Netanyahu, l’ancien chef d’état-major de Tsahal Gadi Eisenkot, semble en passe de devenir le deuxième parti du pays, avec environ 21 sièges. Le bloc sioniste anti-Netanyahu, dit « du changement », dirigé par Eisenkot, ne recueillerait quant à lui que 48 sièges, bien loin de la majorité nécessaire pour gouverner seul.

De leur côté, les partis arabes d’Israël, avec lesquels plusieurs dirigeants des deux blocs ont exclu de former une coalition, devraient remporter ensemble un nombre record de 19 sièges et pourraient jouer un rôle décisif en aidant l’opposition à mettre fin au règne de Netanyahu.

Le processus officiel, dans le cadre duquel chaque parti sera consulté par le président Isaac Herzog pour lui recommander un candidat au poste de Premier ministre, devrait débuter la semaine prochaine. Les analystes politiques envisagent déjà différents scénarios.

Leur conclusion provisoire indique que les réalités politiques pourraient contraindre les dirigeants des partis à revenir sur leurs promesses solennelles de ne pas collaborer avec certaines autres formations.

Quelles sont donc les options envisageables si les résultats définitifs confirment une scène politique aussi profondément divisée ? Voici les trois scénarios les plus probables.

  1. Le bloc du changement et les partis arabes

Tous les partis du bloc du changement, à l’exception de HaDemocratim, dirigé par Yaïr Golan, se sont engagés tout au long de leur campagne pour dire qu’ils ne formeraient pas de gouvernement avec l’un ou l’autre des partis arabes, même si Mansour Abbas, le chef de Raam, une formation islamiste, avait rejoint une coalition hétéroclite en 2021-2022, brisant ainsi un tabou jusque-là bien ancré. Abbas propose à nouveau d’unir ses forces à celles du bloc du changement.

« C’est une option qui semble tout à fait envisageable, tant sur le plan mathématique que politique », a déclaré mercredi Yohanan Plesner, président de l’Institut israélien de la démocratie, à la Jewish Telegraphic Agency (JTA).

Il a toutefois ajouté que « cela reviendrait de toute évidence à rompre des promesses de campagne », ajoutant que selon lui, « l’opinion publique israélienne n’est absolument pas prête à accepter une telle option ».

La tolérance à l’égard d’une éventuelle coopération avec un parti islamiste s’est considérablement réduite depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

Le chef du parti Raam, Mansour Abbas, aux côtés de membres de son parti sur scène après la publication des sondages à la sortie des urnes, à Sakhnin, dans le nord d’Israël, le 27 octobre 2026. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

Une autre possibilité serait que le bloc du changement, composé du parti Yashar d’Eisenkot, de Beyahad, dirigé par les anciens Premiers ministres Naftali Bennett et Yaïr Lapid, de Yisrael Beytenu, le parti d’Avigdor Liberman, ainsi que de HaDemocratim, forme un gouvernement minoritaire.

Si la formation d’un gouvernement majoritaire exige 61 sièges, rien n’interdit à un gouvernement disposant d’un nombre inférieur de sièges de voir le jour, à condition de pouvoir compter sur des soutiens lors des votes législatifs décisifs.

Ce serait le cas si les partis arabes apportaient de l’extérieur leur soutien au bloc du changement lors des votes déterminants, sans pour autant participer au gouvernement. Le bloc du changement pourrait alors compter sur un soutien parlementaire allant jusqu’à 67 députés, en incluant les voix des partis arabes restés en dehors de la coalition.

Cette option a été rejetée par Liberman. Mais Jonathan Rynhold, professeur au département de sciences politiques de l’université Bar-Ilan, estime qu’Eisenkot pourrait faire pression sur lui pour qu’il revoie sa position.

« Même si Liberman a rejeté cette possibilité, il pourrait changer d’avis s’il devenait Premier ministre », a estimé Rynhold.

Les partis arabes, en revanche, et en particulier la Liste arabe unie, pourraient exiger en contrepartie de leur soutien des concessions qu’Eisenkot lui-même aurait du mal à accepter.

  1. Formation d’un gouvernement d’union nationale

Un rapide coup d’œil à la répartition des forces politiques à l’issue du scrutin de mardi montre que les partis de centre-droit, allant du parti Yashar d’Eisenkot à Yisrael Beytenu de Liberman, en passant par le Likud et Beyahad, ont remporté un nombre considérable de sièges. Certains de ces partis pourraient donc être amenés à s’allier, malgré leurs profondes divergences politiques.

« Des négociations sérieuses en vue de former un gouvernement d’union nationale me paraissent plus probables », a déclaré Plesner. « J’imagine que Netanyahu préférerait sans doute réunir tous les partis de son bloc au sein d’une coalition, avant de tenter de convaincre l’une des formations du bloc du changement de le rejoindre. »

Cela impliquerait d’inclure les partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah, ainsi que les partis d’extrême droite dirigés par Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich.

Le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, aux côtés de membres de son parti au quartier général de campagne, après la fermeture des bureaux de vote et la publication des sondages à la sortie des urnes, à Tel Aviv, le 28 octobre 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Plesner estime toutefois que les partis du bloc du changement exigeraient probablement un « véritable gouvernement d’union nationale », qui obligerait Netanyahu à se séparer « de l’un des partis d’extrême droite qui ont considérablement terni l’image d’Israël à l’étranger, voire d’un parti ultra-orthodoxe qui a refusé de faire adopter une loi sur la conscription ».

Il faisait référence à une loi qui obligerait davantage de haredim à effectuer leur service militaire, alors qu’ils bénéficient depuis des années d’exemptions. Une telle coalition constituerait, a-t-il ajouté, une « option sioniste, davantage ancrée au centre ».

« Cette formule serait acceptable pour l’opinion publique israélienne, qui pourrait même la préférer aux autres options, mais je ne saurais me prononcer sur sa viabilité politique », a déclaré Plesner.

Le bloc du changement a fait campagne pour remplacer Netanyahu, et nombre de ses électeurs se sentiraient sans aucun doute trahis par une telle issue.

  1. Un nouveau tour de scrutin

Dans son discours du soir des élections, Eisenkot a déclaré « qu’après un scrutin ayant enregistré une participation aussi élevée, ce serait une erreur de retourner aux urnes ». Environ 77,7 % des électeurs se sont en effet rendus aux urnes, soit le taux de participation le plus élevé depuis 1999, selon les responsables électoraux.

Toutefois, aucun des deux blocs n’ayant obtenu la majorité et les partis étant profondément divisés sur le plan idéologique, de nouvelles élections pourraient bien constituer l’issue la plus probable. Pour Netanyahu, qui dirige le pays depuis de nombreuses années, laisser le processus politique suivre son cours tout en demeurant Premier ministre sortant jusqu’à un nouveau scrutin pourrait même être le scénario le plus favorable, selon Plesner.

Un scénario semblable s’est déjà produit à partir de 2019, lorsque le bloc de Netanyahu n’était pas parvenu à obtenir la majorité. Israël avait alors enchaîné les scrutins jusqu’aux élections de mars 2021, à l’issue desquelles le bloc de Netanyahu avait été écarté du pouvoir par une alliance de centre-gauche menée par Bennett et Lapid. Les élections de novembre 2022 avaient ensuite permis à Netanyahu de revenir au pouvoir.

« Difficile de savoir quelle voie s’ouvre désormais », a déclaré Gideon Rahat, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem.

« Il y a dix ans, j’aurais envisagé d’autres issues, peut-être un gouvernement d’union nationale ou une autre solution », a-t-il ajouté. Mais compte tenu de la rigidité actuelle des positions des différents camps politiques, le pays pourrait bien se diriger vers de nouvelles élections.

Des électeurs déposent leur bulletin dans une urne lors du scrutin législatif, à Jérusalem, le 27 octobre 2026. (Crédit : Ohad Zwigenberg/AP)

Toutefois, la vie politique israélienne étant par nature imprévisible, Plesner a fait remarquer que le moment était peut-être venu pour les responsables politiques de « faire preuve d’imagination ».

« Il ne serait guère étonnant de voir émerger, dans les prochaines semaines, toutes sortes d’idées auxquelles personne n’a encore songé », a-t-il déclaré, ajoutant qu’au vu des nombreuses incertitudes, il pourrait s’écouler « des semaines, voire des mois » avant que l’identité du prochain Premier ministre ne soit connue.

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