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Reportage

Dans la ville d’Akko, l’espoir d’une coalition mixte anti-Netanyahu

Dans les échoppes du vieux marché, les habitants appellent les partis sionistes et arabes à s'unir pour faire bouger les choses, mais la réticence des chefs de l'opposition risque de faire de leur vision une simple utopie

Jarjee, un commerçant, dans son échoppe au marché d'Akko, le 28 octobre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)
Jarjee, un commerçant, dans son échoppe au marché d'Akko, le 28 octobre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

AKKO — L’odeur de l’encens brûlé flotte dans les ruelles du marché ; sur les étals, des keffiehs côtoient des jouets Spider-Man et des colliers ornés d’une étoile de David.

Au restaurant Hummus Said, des femmes musulmanes portant le hijab, des Israéliens juifs et des hommes chrétiens aux pendentifs ornés de croix dorées sont assis côte à côte, trempant leur pita dans des assiettes de houmous tiède garni de pois chiches et généreusement arrosé d’huile d’olive.

Cette scène se déroule au lendemain matin des élections législatives. Avec 85 % des bulletins dépouillés, la Commission centrale électorale a publié des résultats partiels attribuant 53 sièges au bloc dirigé par le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu. Quant au bloc d’opposition sioniste anti-Netanyahu mené par Gadi Eisenkot, du parti Yashar, il en a obtenu 48, tandis que les partis arabes du Raam et de la Liste arabe unie en ont récolté 19 à eux deux.

De nombreux Arabes israéliens de cette ville mixte de 65 000 habitants ont confié au Times of Israel qu’ils étaient fiers du nombre de sièges remportés par les partis arabes – un nombre record et une augmentation considérable par rapport aux 10 sièges qu’ils détenaient à la Knesset sortante. Ils ont exprimé l’espoir de pouvoir devenir des partenaires de coalition viables, afin de renverser le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Pourtant, cette perspective pourrait bien être vouée à l’échec dès le départ. Certains membres de l’opposition sioniste ont en effet exclu de rejoindre toute coalition intégrant les partis arabes, en dépit de leurs bons résultats.

« Et pourtant, tout le monde continue à vivre ensemble et à partager des repas », explique Said Abu Bakar, propriétaire du restaurant, en balayant du regard les tables bondées de son établissement.

Une foule hétéroclite de clients au restaurant Hummus Said, dans le marché d’Akko, le 28 octobre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Debout devant l’étal où il vend des jus de fruits fraîchement pressés, Mahmoud Shamai, âgé de 85 ans, né et élevé à Akko, ne voit aucun inconvénient à ce que les partis arabes rejoignent les rangs de l’opposition menée par les sionistes contre Netanyahu.

« J’espère qu'[ils] se joindront à Eisenkot pour former un nouveau gouvernement, pour l’aider à devenir Premier ministre », déclare Shamai, tout en fumant une cigarette jusqu’au filtre.

Pour Shamai, une coalition inclusive est la seule voie viable qui permettrait de sortir de l’impasse politique et d’amorcer le changement.

« Sinon, Netanyahu restera en place pendant quatre années supplémentaires, et nous en avons assez de lui », ajoute-t-il. « C’est ce que j’espère. Je ne vois aucun autre moyen de sortir de cette impasse. »

Mahmoud Shamai dans une ruelle du marché d’Akko, le 28 octobre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Un autre marchand du quartier partage son point de vue.

« Le fait que les partis arabes aient remporté au moins 17 sièges nous réjouit beaucoup », déclare ce commerçant, qui a souhaité rester anonyme. « Nous voulons qu’ils entrent au gouvernement. Nous refusons qu’ils restent en marge. Nous voulons que des Arabes occupent des postes de ministres, et qu’ils viennent en aide à la communauté arabe. »

« L’espoir d’un changement »

À l’entrée du bazar d’Akko, Keren Meyer confie au Times of Israel qu’elle a voté pour le parti Yashar d’Eisenkot.

« J’espérais un changement. Mais ce matin, à mon réveil, ce n’était malheureusement pas le cas », explique Meyer, déplorant une situation d’impasse politique qui semble tristement familière.

« Sur le plan personnel, je suis très déçue par le choix des électeurs, après tout ce que nous avons traversé ces trois dernières années, de faire confiance à quelqu’un qui refuse d’assumer ses responsabilités », regrette Meyer, rappelant la réaction de Netanyahu face à l’attaque meurtrière perpétrée par le Hamas le 7 octobre 2023, sous son mandat.

« Je dois vous avouer que je me suis réveillée avec un sentiment d’amertume », poursuit-elle, avant de marquer une pause. « Malgré mon sourire, qui est tout ce qui me reste. »

Keren Meyer dans la vieille ville d’Akko, le 28 octobre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Évoquant les 19 sièges remportés par les partis arabes, Meyer déclare : « Nous ne pouvons ni les ignorer, ni les écarter. »

Elle ajoute qu’elle préfère travailler avec ces partis plutôt qu’avec le parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit de l’actuel ministre des Finances Bezalel Smotrich, le mouvement haredi Shas, « ou des personnes qui ne font rien pour le pays ».

Shimon Malka, qui se présente comme « le dernier marchand juif du marché d’Akko », dans son étal, le 28 octobre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Dans une échoppe voisine vendant des épices et des céréales, Shimon Malka raconte qu’il tient son stand au marché depuis 40 ans.

« Je suis le dernier commerçant juif du marché », déclare-t-il fièrement.

Malka assure que lui et les autres commerçants entretiennent de bonnes relations depuis toutes ces années. Mais ses enfants ne souhaitent pas reprendre l’affaire : « Ils préfèrent travailler dans le secteur des hautes technologies. »

À la question de savoir qui, selon lui, formera le prochain gouvernement, il répond : « On ne sait pas encore ce qui va se passer. La situation change constamment. »

Une échoppe du marché d’Akko, le 28 octobre 2026. (Diana Bletter/Times of Israel)

Quelques étals plus loin, un vendeur se présentant sous le nom de Jarjee propose des remèdes naturels, des éponges naturelles et des savons.

S’il préfère ne pas révéler pour quel parti il a voté, Jarjee se dit toutefois très fier du fort taux de participation des Arabes.

« Les abris anti-bombes, les guerres, rien de bon », explique-t-il. « À quoi ça sert ? Nous devons vivre ensemble dans ce pays et mener nos vies. Cet endroit est notre foyer. Je veux simplement la paix, et que nous vivions tous comme des frères. »

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