Aux abois, Netanyahu nous dit que c’est lui ou la mort assurée
Le Premier ministre, qui a diffusé une image de propagande digne de l'Iran, montrant Tel Aviv sous un nuage atomique, ferait pression sur l'armée pour agir contre l'Iran
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David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tellement peur de perdre le pouvoir que dimanche, à deux jours du scrutin, il a agité la menace d’une
« seconde Shoah », s’il n’était pas réélu, dans une publication illustrée par un champignon nucléaire généré par l’IA s’élevant au-dessus d’un Tel Aviv victime d’une bombe nucléaire.
Il faut manifestement comprendre de cet avertissement apocalyptique que ce n’est qu’en le gardant au pouvoir que le président américain Donald Trump s’associera à Israël pour faire enfin tomber le régime iranien.
Mais Netanyahu ne croit manifestement pas que cet alarmisme éhonté suffira à motiver suffisamment d’électeurs israéliens pour lui accorder, à lui et ses alliés d’extrême droite et ultra-orthodoxes non sionistes, un nouveau mandat.
C’est pourquoi il aurait fait pression sur l’armée israélienne pour qu’elle mène une action militaire non précisée mais « liée à l’Iran » — dès maintenant, à la veille des élections — action dont l’armée, selon de récentes informations, craint qu’elle relève d’une erreur de calcul ».
L’information faisant état de cette pression inadmissible du Premier ministre sur son chef d’État-major, Eyal Zamir, a été révélée tard dimanche soir lors du journal télévisé de la chaine N12 par le journaliste diplomatique Yaron Avraham, qui venait manifestement d’obtenir l’autorisation de la censure militaire de diffuser une partie de ce qui lui avait été rapporté, et qui était pâle d’effroi au moment de communiquer ces informations.
Zamir, a-t-il précisé, a refusé d’exécuter les instructions reçues et a exigé de nouvelles consultations approfondies ainsi qu’une autorisation écrite, officielle, de la part de Netanyahu.
Netanyahu a balayé d’un revers de main cette information qu’il a qualifiée de « sornettes ».
Son ministre de la Défense s’est montré plus loquace, lundi matin : « Je déclare sans équivoque qu’Israël n’a eu aucune intention d’initier une attaque contre l’Iran avant les élections en Israël, mais que si l’Iran attaquait Israël, nous réagirions avec une grande force », a déclaré Israel Katz.
C’est précisément là tout le problème.
L’information, démentie, de la chaine N12 ne laissait pas entendre que Netanyahu projetait d’attaquer l’Iran avant les élections, mais que son intention était de mener une action non spécifiée que Tsahal estime relever d’une possible erreur de calcul — en d’autres termes, d’une action susceptible de provoquer une attaque iranienne contre Israël.
Si cela devait se produire, évidemment — si des missiles balistiques et des drones iraniens devaient à nouveau s’abattre sur Israël avant le jour du scrutin voire le jour-même —, le vote devrait être reporté.
Cette provocation de Netanyahu envers l’Iran semble totalement improbable, mais il est facile de démontrer qu’elle ne l’est pas tant que ça.
Selon plusieurs sources, l’armée de l’air israélienne a envoyé la semaine dernière des dizaines d’avions de chasse et de ravitailleurs au-dessus de la Syrie et de l’Irak, en direction de la frontière iranienne, selon une trajectoire de vol semblable à une attaque contre l’Iran. Ils n’ont fait demi-tour que peu de temps avant d’atteindre le territoire iranien.
Israël, qui aurait averti l’administration Trump de ses projets, a fait savoir qu’il s’agissait d’une démonstration de force destinée à dissuader l’Iran de toute velléité d’attaque pré-électorale.
Eyal Zamir a manifestement accepté cette action militaire.
Mais, selon d’autres informations, il aurait estimé que ce que Netanyahu a ou avait en tête pour cette semaine était bien plus susceptible de provoquer une attaque iranienne que de la décourager.
L’information donnée par la télévision israélienne, dimanche soir, a été suivie, quelques heures plus tard, par la nouvelle – attendue – de CNN disant que Netanyahu avait fait pression sur le président américain Donald Trump pour qu’il s’associe à lui dans un nouvel assaut contre l’Iran avant les élections israéliennes et américaines (de mi-mandat), mais que Trump, bien qu’ayant soutenu à deux reprises la candidature de Netanyahu, avait catégoriquement refusé de s’associer à une telle attaque à ce stade.
Trump « n’a pas donné le feu vert », a rapporté CNN, citant une source de sécurité israélienne, en partie parce que Zamir a dit à Dan Caine, le chef d’État-major interarmées américain, que cela entraînerait le report de nos élections.
« Les points de situation les plus récents des renseignements américains indiquent que Netanyahu et ses alliés n’ont toujours pas d’objectif stratégique clair » pour un nouveau cycle de conflit, a noté CNN.
Dans un discours prononcé peu avant les révélations dévastatrices de la chaine N12, dimanche soir, le principal rival de Netanyahu, à savoir l’ex-chef d’État-major de Tsahal, Gadi Eisenkot, a averti de manière presque prophétique : « Je vois les sondages, je connais les chiffres et je connais Netanyahu. Rien ne l’arrêtera — aucun mensonge, aucune mesure extrême — pour rester au pouvoir. »
Suite à la diffusion du reportage, Eisenkot a écrit sur X : « Netanyahu, je t’ai à l’oeil », ajoutant que le Premier ministre « refus[ait] de comprendre que la sécurité d’Israël n’est pas une monnaie d’échange politique, que la vie des citoyens d’Israël et des soldats de Tsahal n’est pas sacrificielle, et que l’État d’Israël n’est pas sa propriété privée ».
D’autres dirigeants de l’opposition se sont montrés plus lapidaires : « Ce type a complètement perdu les pédales », a déclaré l’ex-Premier ministre Yair Lapid.
Netanyahu ne peut tolérer l’éventualité qu’à 77 ans et après 19 années passées au poste de Premier ministre, il puisse perdre le pouvoir. (Les sondages ne sont pourtant pas si mauvais ; malgré son importante responsabilité, non assumée, dans l’échec à stopper le pogrom du Hamas, malgré l’enfer qu’il a fait vivre à Israël ces quatre dernières années, ils montrent que ses rivaux n’ont pas de majorité claire à la Knesset.)
Accroché à son poste, il s’est convaincu depuis longtemps que son propre bien-être et celui d’Israël ne faisaient qu’un, et que la véritable survie d’Israël dépendait de sa propre survie politique.
L’homme qui n’a pas réussi à empêcher la pire attaque contre les Juifs en une seule journée depuis la Shoah, à l’intérieur des frontières du pays qu’il avait pour devoir primordial de protéger, met aujourd’hui en garde contre une seconde Shoah, faisant écho à la propagande iranienne visant à détruire Israël avec des images générées par l’IA de Tel Aviv sous le feu nucléaire.
L’homme qui, cette année, a conduit Israël dans la tentative conjointe – et manquée – avec les États-Unis de faire tomber le régime, et qui de son propre aveu implicite n’a pas réussi à éliminer la menace existentielle posée par le programme nucléaire iranien, serait prêt à provoquer une nouvelle guerre, sans objectif stratégique clair et sans partenaire américain.
Tout cela pour améliorer ses chances de rester Premier ministre.
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