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Face au 7-Octobre, c’est l’heure des comptes pour Netanyahu dans les urnes

À Beeri, dévasté par l'attaque du Hamas, ils sont nombreux à vouloir une commission d'enquête, que seul un gouvernement dirigé par un nouveau Premier ministre mettra sur pied

Un résident du kibboutz Beeri montre le tatouage "7.10.2023" sur son bras, en mémoire du pogrom du Hamas du 7-Octobre, au kibboutz Beeri, près de la frontière israélienne avec la bande de Gaza, quelques jours avant le troisième anniversaire de l'attaque, le 4 octobre 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)
Un résident du kibboutz Beeri montre le tatouage "7.10.2023" sur son bras, en mémoire du pogrom du Hamas du 7-Octobre, au kibboutz Beeri, près de la frontière israélienne avec la bande de Gaza, quelques jours avant le troisième anniversaire de l'attaque, le 4 octobre 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

BEERI (Reuters) — Gal Cohen marche le long d’un mur commémoratif revêtu du nom des hommes, femmes et enfants tués lors du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023 contre son kibboutz.

Pour lui, l’idée que l’homme qui dirigeait alors Israël, et continue de le faire, puisse être réélu, mardi, est douloureuse. Un habitant sur dix de son kibboutz, Beeri, fait partie des 1 200 du pogrom du Hamas. Des dizaines d’entre eux figurent parmi les 251 personnes prises en otage et séquestrées à Gaza.

Cette journée demeure la journée la plus meurtrière de toute l’histoire d’Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait dû assumer sa responsabilité et démissionner, souligne Cohen, 61 ans, et le fait qu’il ait effectué un mandat complet est une gifle. L’élection de mardi, dit-il, est cruciale pour Israël.

« Si ce gouvernement reste en place, beaucoup de cœurs et d’esprits seront brisés. Ce sera vraiment difficile de continuer », ajoute-t-il.

De nombreux opposants à Netanyahu voient dans ces élections l’occasion d’exiger enfin des comptes de ce qui est le pire échec sécuritaire depuis des générations. Mais même si le Premier ministre – détenteur du record de longévité au pouvoir en Israël – perd sa majorité, il pourrait très bien échapper au verdict décisif que souhaitent ses adversaires.

Netanyahu rejette toute forme de responsabilité dans la faille sécuritaire et est défavorable à la création d’une enquête indépendante. Il assure que les guerres d’Israël contre le Hamas à Gaza et contre ses alliés au Liban et en Iran déboucheront sur un Moyen-Orient plus paisible.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, chef du parti du Likud, entouré d’agents de sécurité lors d’un meeting électoral organisé dans un marché de Tel Aviv, le 22 octobre 2026, à l’approche des élections législatives. (Crédit : Ariel Schalit/AP Photo)

Or, la tâche ne sera accomplie qu’avec la chute des dirigeants religieux de l’Iran, a indiqué Netanyahu au cours de sa campagne électorale, affirmant que lui seul possédait la détermination et la stature nécessaires pour y parvenir.

Cela fait des mois que les sondages d’opinion prédisent une nette baisse du parti Likud de Netanyahu. Mais l’alliance rivale de partis de droite, de gauche et du centre désireux de le déloger du pouvoir ne dispose pas davantage d’une majorité claire, ce qui laisse présager des mois d’impasse politique avec Netanyahu encore à la tête d’un gouvernement intérimaire.

« Deux crans vers la droite »

Dans les jours qui ont suivi le 7-Octobre, Beeri grouillait de soldats israéliens patrouillant au milieu de maisons brûlées et détruites, de sols gorgés de sang et de portes percées de balles.

À certains endroits, l’odeur des corps sans vie flottait encore dans l’air.

Le bruit des bombardements et des avions de chasse israéliens survolant Gaza était incessant.

Des maisons résidentielles, gravement endommagées lors de l’assaut du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre, bordent une rue dans le quartier des Oliviers du kibboutz Beeri, le 1er janvier 2024. (Crédit : Canaan Lidor/Times of Israel)

Trois ans plus tard, le kibboutz s’est remis à vivre et le bruit des engins de construction qui font sortir de terre de nouvelles maisons se font entendre partout sur ce terrain verdoyant.

La plupart des membres, installés pour l’heure dans un autre kibboutz, devraient revenir d’ici l’été prochain.

Communauté collective créée en 1946 et forte d’un millier d’habitants, Beeri est l’incarnation des valeurs socialistes qui ont dominé la politique israélienne lors de ses premières décennies d’existence. La quasi-totalité de ses voix s’est portée sur le centre gauche au précédent scrutin de 2022, avec seulement 4 % des électeurs qui ont voté pour les partis de la coalition nationaliste-religieuse de Netanyahu.

Le pogrom qui a eu lieu a amené les habitants à remettre en question la conviction, parfois ancienne, que la paix avec les Palestiniens était à portée de main de cette génération.

« Tout le monde à Beeri a tourné de deux crans vers la droite. Mais je pense toujours que la plupart d’entre nous resteront dans l’opposition, du côté des partis qui veulent remplacer ce gouvernement », confie-t-il.

Un nouveau quartier dans le kibboutz Beeri, près de la frontière avec Gaza, dans le sud d’Israël. (Crédit : Kibboutz Beeri)

Miri Gad Messika, 48 ans, troisième génération à Beeri, ne sait pas encore pour qui elle votera. Mais ce ne sera pas pour Netanyahu.

« En tant que dirigeant, il a échoué à tellement de reprises. Il ne devrait plus faire de politique », explique-t-elle. « Je cherche un leader. Malheureusement, il m’est difficile de voir le moindre leader en Israël pour le moment. »

« Je veux rester optimiste », ajoute-t-elle, « et espérer un changement positif. »

« L’espoir est plus fort que la peine »

Pendant la majeure partie des trois dernières années, l’opposition au gouvernement Netanyahu s’est articulée autour des familles d’otages séquestrés à Gaza, dont certaines ont accusé le gouvernement de fuir ses responsabilités et de ne pas en faire assez pour les faire libérer.

Une place de Tel Aviv, lieu de nombreux rassemblements et veillées, a fini par porter le nom de « Place des Otages ». Bien que les derniers otages aient été libérés à la faveur d’un cessez-le-feu négocié par les États-Unis il y a de cela un an, leurs familles continuent d’exiger des comptes.

« Je ne vois aucune raison légitime pour laquelle ce gouvernement se représente au suffrage », estime Ofri Bibas, dont les jeunes neveux, âgés de 4 ans et 9 mois, ont été tués en captivité à Gaza avec leur mère. Leur père, Yarden, le frère d’Ofri, a été libéré à la faveur d’un cessez-le-feu début 2025.

Ofri Bibas explique que son objectif est de faire en sorte que tous les Israéliens se souviennent du 7-Octobre, « pour qu’ils l’emportent avec eux le jour du scrutin et se souviennent de ce qui s’est passé ici et de qui n’a toujours pas assumé ses responsabilités ».

Ofri Bibas, dont le frère Yarden Bibas et l’épouse de Yarden, Shiri, et les enfants Ariel, 5 ans, et Kfir, 1 an, sont tous retenus en otage à Gaza, s’exprimant lors d’un rassemblement au nom des otages, à Tel Aviv, le 16 novembre 2024. (Crédit : Forum des familles des otages et disparus)

Samedi, des milliers d’Israéliens se sont retrouvés sur la Place des Otages. Danielle Aloni, enlevée à Nir Oz avec sa fille de 5 ans et libérée de Gaza à la faveur d’un bref cessez-le-feu, quelques semaines plus tard, a pris la parole.

« Allez voter », a-t-elle dit à la foule.

« Dans trois jours, nous pourrons commencer à écrire un nouveau chapitre pour nos enfants. Un chapitre dans lequel la vérité est plus forte que la peur, la responsabilité plus forte que l’abandon, et l’espoir plus fort que la peine. »

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