Sur les bulletins de vote israéliens, des lettres de l’alphabet pour faire passer un message
Une grande partie des 36 formations politiques se présentant cette année ont fait des choix classiques, de lettres renvoyant aux noms de leurs partis ou de leur tête de liste
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Sur les bulletins que les électeurs israéliens glisseront dans l’urne mardi, les différents partis en lice seront représentés par des lettres de l’alphabet hébreu. Une, deux, ou trois, choisies par les candidats, qui décident parfois d’y glisser un message.
Tous les choix ne sont pas validés. Le tout petit parti Gan Eden (« Jardin d’Éden ») [ה], qui avait demandé les lettres « yod » et « hé », n’aura que la seconde sur son bulletin. La commission centrale électorale (CCE) a craint de « heurter les sentiments de la population » : réunies, les deux caractères forment l’une des appellations de Dieu, que la tradition juive interdit de nommer.
Une grande partie des 36 formations politiques se présentant cette année ont fait des choix classiques, de lettres renvoyant aux noms de leurs partis ou de leur tête de liste.
Le bulletin de l’ancien ministre de la Défense, Avigdor Liberman, porte ainsi l’initiale de son nom de famille. Et depuis sa première candidature en 1973, le Likud de Benjamin Netanyahu est représenté par les trois mêmes lettres tirées des noms des partis réunis sous cette bannière, M, H et L.
« Votez Mahal », encourage souvent le Premier ministre en campagne.
Une lettre, ou une combinaison de lettres, peut être réclamée si elle cesse d’être utilisée.
Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a ainsi pris un malin plaisir à récupérer cette année pour sa liste d’extrême-droite le B, qui était auparavant celui du Parti national religieux, un de ses farouches adversaires et longtemps allié de la gauche.
T pour « transfert »
Quant à Bezalel Smotrich, ministre ultra-nationaliste (chargé des Finances) qui veut expulser les Palestiniens de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, il a repris le T aux candidats de l’ancien parti Moledet (« Patrie »).
Ils l’avaient choisi car c’est l’initiale du mot « transfert » – le sort que le mouvement souhaitait déjà réserver aux Palestiniens.
Le système de lettres existe depuis les premières législatives de 1949, juste après la création d’Israël. Elles avaient à l’époque été attribuées automatiquement (A pour les travaillistes, B pour l’Union des religieux…).
Mais les règles ont évolué au fil du temps et des alliances politiques, permettant aux formations de jouer sur l’esprit et la lettre.
Principal rival de Netanyahu, le parti Yashar, qui signifie « tout droit » ou « droit, honnête », du centriste Gadi Eisenkot, a choisi pour son bulletin trois lettres formant le mot « chemin ».
HaDemocratim, qui regroupe la gauche et l’extrême-gauche, a repris les trois lettres de « vérité » de leurs ancêtres travaillistes, au pouvoir pendant plusieurs décennies en Israël.
La Liste arabe unie (Raam – à majorité arabe) dirigée par Mansour Abbas a opté pour deux caractères formant le mot « main », comme celle qu’elle tend au bloc de l’opposition, dans l’espoir de faire enfin tomber le gouvernement, « raciste » selon elle, de Netanyahu.
Les quelques électeurs qui voteront pour le parti HaPiratim (Les Pirates) [צף] – une formation libertaire – pourront eux glisser un bulletin « naviguer » dans l’urne. Et il y aura marqué « ça suffit » en deux lettres sur ceux du mouvement HaMilouimnikim (« Les Réservistes »), qui militent pour que les Juifs ultra-orthodoxes fassent enfin leur service militaire.
« Zaïn » a été choisie la première fois en 1973 par le mouvement contestataire des Panthères noires. Puis quatre fois par des petites listes sans aucune chance de passer le seuil pour entrer au Parlement, cette année comprise.
En hébreu, la lettre désigne le sexe masculin en argot. Elle est utilisée dans plusieurs expressions, permettant notamment de signifier de façon peu aimable qu’on ne se sent que très peu concerné.
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