Tirs sur un véhicule palestinien : un coordinateur de la sécurité civile inculpé
À un barrage non autorisé, le coordinateur d'une implantation a grièvement blessé une femme
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Le parquet du district de Jérusalem a inculpé le coordinateur de la sécurité civile du bloc d’implantations de Gidonim Ridge, dans le nord de la Cisjordanie, qui a grièvement blessé une femme en tirant sur un véhicule palestinien à un barrage routier non autorisé qu’il avait installé dans le village d’Aqraba, près de Naplouse, le 18 septembre dernier.
Selon l’acte d’accusation déposé devant le tribunal de district de Jérusalem, le coordinateur de la sécurité, Pinhas Shem Tov Ran, avait installé ce barrage routier en dehors de son périmètre d’action.
Ran, qui est âgé de 37 ans, avait été régulièrement rappelé à l’ordre par les militaires, « à la suite de plusieurs incidents », afin qu’il reste dans son secteur et « se conforme aux directives générales, et aux règles d’engagement en particulier », peut-on lire dans l’acte d’accusation qui ajoute que l’intéressé se rendait de Giv’ot Olam, où il a son domicile, vers une autre implantation voisine, lorsqu’il a décidé d’entrer dans Aqraba, où il « a arrêté des passants et contrôlé leurs pièces d’identité sans justification ni autorisation ».
Il était accompagné d’un homme armé, identifié comme un militaire de carrière de l’armée israélienne, bien que le barrage n’ait pas été installé à titre militaire, précisent les procureurs.
Les deux hommes circulaient à bord d’un quad Ranger, un véhicule généralement fourni par le gouvernement aux implantations agricoles désignées de Cisjordanie, bien que l’acte d’accusation ne précise pas si Ran conduisait un véhicule fourni par l’État. De tels véhicules ont été utilisés à plusieurs reprises lors d’attaques de résidents d’implantations contre des Palestiniens.
Lors du contrôle à Aqraba, un conducteur palestinien a refusé de se plier aux ordres de Ran lui demandant de présenter une pièce d’identité et a démarré en trombe, indique l’acte d’accusation. Le texte ajoute que le conducteur, ayant remarqué que les deux hommes sur le quad n’étaient pas des soldats et que l’un d’eux portait un masque, a déclaré avoir craint qu’ils ne l’attaquent.
Alors que la voiture s’éloignait à grande vitesse, Ran a tiré trois coups de feu dans sa direction, ce qui a blessé l’épouse du conducteur, laquelle a été hospitalisée durant plusieurs jours et a dû subir une intervention chirurgicale pour extraire les balles, précise l’acte d’accusation.
L’une des balles s’était logée dans son poumon, près de son cœur, indique le document.
Ran et l’autre homme armé ont poursuivi leur route jusqu’à leur destination, puis, sur le chemin du retour vers Giv’ot Olam, se sont arrêtés à Aqraba, où Ran « a cherché les douilles sur le lieu du tir afin d’entraver la procédure judiciaire », affirment les procureurs.
Plus tard, lorsque des responsables de la sécurité lui ont demandé s’il avait entendu parler de tirs dans le secteur, Ran a nié y être allé ou avoir entendu parler de quoi que ce soit, lit-on dans l’acte d’accusation.
Il est inculpé de coups et blessures graves avec intention de donner la mort, infraction passible de 20 années de prison, ainsi que d’entrave à la justice, ce qui est passible de trois années de prison.
Ran affirme avoir tiré en l’air après que le conducteur a foncé avec sa voiture sur lui et son compagnon « ce qui leur a fait craindre de se faire renverser », ce qui les a forcés à faire un bond de côté face à une « menace imminente pour leur vie », selon un communiqué de l’organisation d’aide juridique de droite Honenu, qui le représente.
Le communiqué ne répond pas à l’affirmation de l’armée selon laquelle les deux hommes tenaient un barrage routier non autorisé, pas plus qu’il n’explique comment des tirs de sommation, en l’air, auraient pu toucher le poumon d’une passagère.
Ran est le fils du militant d’extrême droite Avri Ran, fondateur de Giv’ot Olam, qui y a lui aussi sa résidence. Un fils plus jeune, Or, a été tué en défendant le kibboutz Kfar Aza lors du pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, rappelle Honenu.
La semaine dernière, la police avait déclaré que deux suspects avaient été arrêtés en raison de « violences extrémistes » à Aqraba, le mois dernier, mais une ordonnance stricte d’interdiction de publication avait été appliquée sur les détails de l’incident et l’identité des suspects.
Honenu avait alors identifié les deux détenus comme étant des membres du personnel de sécurité, avant d’indiquer plus tard que l’un d’eux avait été assigné à résidence.
Cette semaine, d’autres coordinateurs de la sécurité civile de Cisjordanie — connus sous l’acronyme hébreu Ravshatzi — ont formé un convoi sur l’autoroute Ayalon et se sont rassemblés devant le quartier général de l’armée israélienne à Tel-Aviv pour protester contre le maintien en détention de Pinhas Ran.
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